CONCLUSION
La place de Lyly dans la littérature anglaise.
Des études qui précèdent, il ressort que Lyly est moins un chef d'école qu'un habile exploiteur de formules littéraires déjà trouvées avant lui. Quelques progrès qu'il ait fait faire au roman, il n’en avait pas moins eu en Pettie un précurseur immédiat, et il avait bénéficié des exemples donnés par les novellieri italiens. Ses comédies, nous l'avons dit, avaient dû avoir dans le théâtre de cour de nombreux prototypes. Et, en somme, sa contribution au développement de la langue anglaise a été nulle; ici encore, et plus même que dans le roman, nous voyons se pencher sur lui l'ombre de Pettie qui réclame son bien. Mais on ne peut lui refuser le mérite d’avoir su donner aux formules qu'il s’appropriait une expression définitive et frappante qui les a fixées et imposées. Par là, 1l est devenu aux yeux de ses contemporains l’auteur en qui se liait le faisceau de toutes les tendances du moment. Il leur est surtout apparu comme l’homme qui avait su capter le succès avec une habileté incomparable et dans l’œuvre duquel on pouvait apprendre l’art de réussir. Il a été la cynosure de tous les débutants; et, par suite, il a exercé sur la littérature qui a suivi la publication de l'Anatomy of Wit une influence considérable.
C'est d’abord sur le roman qu'il a agi. Sans doute, les gens de son époque ne comprirent pas toute la richesse
de la veine que Lyly avait mise à nu en décrivant la société élégante. Les Elizabethains rêvaient d'atteindre aux étoiles et leur imagination impétueuse ne pouvait guère se plier à cette méthode d'observation précise que l'auteur de l'Anatomy of Wil avait prétendu apporter à la description de la vie réelle et des mœurs anglaises. Pendant longtemps encore, les conteurs jetteront un regard sympathique du côté des romans de chevalerie et leur emprunteront aventures extraordinaires, combats homériques, et coïncidences merveilleuses. Ou encore, sur les traces de la pastorale espagnole, ils exploreront des pays arcadiens, où la représentation de la vie ira s'estompant de plus en plus dans une brume de faux sentiments. Mais si Lyly n'a exercé aucune influence sur le choix des incidents dont les romanciers berceront les rêveries de leurs lecteurs, il n'en a pas moins imposé à la littérature romanesque quelques-unes de ses vues et de ses idées. Après la publication de l’Anatomy of Wil, on ne trouvera guère plus de love-pamphlet qui ne prétende unir le profit au plaisir. Les auteurs, en contant les histoires les plus frivoles prendront soin désormais de mentionner que leur peinture de l'amour n'a pas d'autre but que de montrer « parfaitement anatomisées les vanités de la jeunesse ! ». La mode est, en effet, aux anatomies ?,
1. D'après l’auteur, Greenes Mourning Garment montre « the vanity of youth, so perfectly anatomised, that you may see euery veine, muscle and arterie of her vnbridled follies » (Greene, Works, IX, 193).
2. On peut citer entre autres : Mamillia, de Greene, qui contient une « Anatomie of Lovers Flatteries »; Planetomachia, du même, avec « À Maruelous Anatomie of Saturnistes » (Works, V, 49); Arbasto, the Anatomie of Fortune, du même encore; The Anatomie of Absurditie, de Nash; Barnaby Riche, dans l'Epître aux Gentlemen Readers, nous informe que dans la Deuxième Partie de son Don Simonides, l’on pourra trouver « the Anotomy of wanton youth, seasoned with ouer late repentance ». Il est vrai que le mot avait figuré dans des titres bien avant Lyly; dès 1556 avait paru An Anatomi, that is to say a parling in peeces of the mass, par Antonio di Adamo, et, en 1576, Thomas Rogers avait publié À philosophicall Discourse, entituled The Anatomie of the Minde (Cf. Mc. Kerrow, Works of Thomas Nashe, vol. IV, 3).
aux cooling cards, aux mirrors ou looking-glasses ?. Les déclamations contre la corruption italienne#, contre l'amour, contre les femmes 4 retentissent de toutes parts. Il n'y a pas de héros vraiment digne de ce nom qui n'emprunte à Euphues ses attitudes, son expérience, ses qualités et ses défauts. On rencontre partout comme une obsession ce Lype du jeune homme « beau de Corps et vif d’esprit5 » qui, à vingt ans, ne rêve que de voyages, tombe amoureux, est déçu et, après ses désillusions, rentre dans son pays pour y cultiver la vertu et aussi, quelquefois, pour y écrire des diatribes contre l'amour et contre les voyages 6. Il serait fastidieux d'analyser tous les romans qui mettent en scène ce type aussi fréquent dans l'Angleterre du seizième siècle que le sera le héros mélancolique et fatal au temps du romantisme”; il suffira d'indiquer les noms de Philotimus 8,
1 Voir « Philadors Scrowle » dans Greenes Mourning Garment (Greene, Works, IX, 199), et Don Simonides, II (Sig. O. i et suiv.). De même le Philotimus de Melbancke contient un Caveat (Cf. plus bas, note 8).
2. Mamillia, de Greene, a pour sous-titre : À Mirrour o7T looking-glasse for the Ladies of Englande. Le même auteur écrivit The Myrrour of Modestie, et son Penelopes Web est un Christall Myrror of foeminine perfection. L’Arisbas de Dickenson est qualifié de Myrror of Constancie.