Rabelais, livre II, ch. viii
3. Ascham constatait à Cambridge une inertie toute semblable et il l’attribuait à l'influence du papisme. Il est certain que pendant le règne de Mary les études de théologie scolastique furent rétablies (Huber, Eng. Univ. 2 Band, 27); les mesures opportunistes d'Elizabeth ne furent pas suffisantes pour effacer complètement les effets de ce retour offensif de l'esprit du moyen âge.
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Commonwealth, ou de juges pondérés comme Whitgiftt, sont unanimes à déplorer l'indifférence dans laquelle somnolaient les directeurs et les maïtres. Les premiers ne faisant pas observer les règlements ?, les derniers en prenaient à leur aise; ils négligeaient leurs élèves « aussi bien en ce qui touche l'enseignement que la religion et les bonnes mœurs 8 ». Il y avait seulement six places de prolesseurs el les traitements étaient si dérisoires que personne n'en voulait #; ou ceux qui se laissaient tenter par ce maigre profit, persuadés qu'ils donnaient toujours trop de leur temps pour l'argent qu'ils recevaient, se dispensaient le plus souvent de faire leurs cours. Les étudiants, profitant du relâchement de la discipline, sortaient de leurs collèges sans permission, rentraient quand ils voulaient; quelquesuns même logeaient en ville où ils menaient une vie joyeuse, sinon fort honnête 5. En 1559, le désordre et l’immoralité étaient si grands que Jewel n'osait pas conseiller aux jeunes gens d'aller à Oxford, car ils n'en pouvaient « revenir que dépravés et barbares 6 ». Quand Leicester devint chancelier, le dérèglement augmenta : son mépris des statuts, son
1. Dans « A Paper laid before the Archbishop Whitgift, concerning the neglects of the University of Oxford », avec les observations de l'archevêque (Cité par Strype, Life of Whitgift, I, 610-612). C’est aussi l'opinion des historiens modernes (V. Huber, Eng. Universitäten, 59).
9, Strype, Life of Whitgift, I, 612.
3. Ibid. Cf. Wood, History and Antiquities of Oxford, II, 233.
4, Strype, Life of Witgift, I, 610.
5. Sur la paresse et la débauche des étudiants, les documents sont innombrables. Aux autorités déjà citées, il faut ajouter : Wood, History and Antiquilies of Oxford, II, 184; Harrison, Description of Engiund, BK. II, ch. iii, p. 77-78; Sir Humphrey Gilbert, Queene Elizabethes Achademy, p. 10-12. Ly1y à fait à son tour une vive satire de l’Université dans son « Euphues and Ephoebus » (Works, I, 273-276).
€. Lettre de Jewel à Builinger (22 May 1559) (Dans Zurich Letters, 1558-1579, p. 33) : « Although it would give me the greatest pleasure, under other circumstances, to see even a dog from Zurich in England, yet I cannot at this time recommend you to send your young men to us, either for a learned or religious education, unless you would have them sent back to you wicked and barbarous ».
habitude d'accorder des passe-droits finirent par effacer les quelques vestiges encore existants de la discipline et du bon ordre.
Au milieu de cette anarchie générale, Magdalen College se distinguait par ses dissensions. La vie y était sans cesse saccadée par des troubles intérieurs ?. Laurence Humphrey était président depuis 1561; il affectait un profond mépris pour les ornements du culle et pour les vêtements académiques, et, sous son influence, le collège avait pris une nuance puritaine assez marquée. Mais, si un grand nombre des fellows avaient adopté les opinions de leur président, bien des nominations étaient encore faites par la reine et l’évêque de Winchester, et ces élus de la faveur officielle étaient, comme on peut le penser, des anglicans convaincus ; il paraît aussi que ce n'étaient pas toujours les membres les plus recommandables du collège. Il s'ensuivait des querelles continuelles entre ces derniers et les adeptes intransigeants du puritanisme, compliquées de disputes entre le président et les fellows. « L'impression qui se dégage de la lecture des registres pour l'époque de Humphrey et de ses successeurs immédiats », dit l'historien de Magdalen, « c'est que le collège devenait un foyer d'insurrection au lieu d’être l'asile du savoir 8 ».
Un pareil milieu, où l'esprit ne sortait de sa torpeur que pour frémir aux criailleries de vaines discussions ou pour
1. Leycesiers Commonwealth, 97-100. Cette opinion a été endossée par Strype, Annals of the Reform., II, ii, 390-391, et par Huber, Eng. Univ., II, 80 (Cf. Wood, History and Antiquities of Oxford, IT, 232).
2. Les retours fréquents de la peste contribuaient aussi, pour une large part, à jeter le désarroi dans l’Université, car à tout instant les collèges étaient obligés d'aller chercher à la campagne un refuge contre le fléau (Clark, Reg. Univ. Oxford, IT, i, 158 et Wood, History and Antiq. of Oxford, I1, 170). En juillet 1571, Magdalen College était à Brackley, d’où il revint vers 1572, à une date indéterminée (H. A. Wilson, cité par Bond, Lyly's Works, I, 11).
3. Rev. H. A. Wilson, Magdalen College, dans A. Clark, The Colleges of Oxford, p. 245. Cf. Wood, History & Antiquities of Oxford, II, 172-178.
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s'user en des exercices de sublilitét, était peu fait pour plaire à notre jeune étudiant. Car, en digne petit-fils du Grammairien, il arrivait — les reproches qu'il fit plus tard à son Alma Maler ne nous permettent pas d’en douter — avec ce courage à l'étude qui avait « enflambé » les premiers humanistes, el qui eût fait dire à Rabelais que « tel élait son esprit entre les livres comme est le feu parmi les brandes, tant il l'avait infatigable et strident ». Pour satisfaire cette soif de savoir, il ne trouvait à Oxford que quelques rares cours faits par des professeurs sans enthousiasme ! Il avait, en outre, la tête pleine d’ambitions littéraires, « son génie », nous dit élégamment son premier biographe, « le dirigeant tout naturellement vers les sentiers plaisants de la Poésie, comme si Apollon lui avait donné une guirlande de ses propres baies sans qu'il ait eu la peine de la saisir ou de la conquérir? ». Et ce protégé d'Apollon, qui joignait à son goût pour la poésie un mépris bienséant des « arides leçons de la logique et de la philosophie ? », était obligé de s’assimiler des programmes où ces austères sciences étaient tenues pour indispensables et suffisantes 3! Le malheureux poèle semble avoir fait de louables et sérieux efforts pour s'adapter à ce milieu antipathique. Pendant trois ans4, — je cite ses propres
1. Quelques-uns des sujets donnés pour les Questiones philosophicae sont d’une futilité qui en dit long sur ce que ces exercices avaient de puéril.
En 1576, les questions proposées étaient : « An mare sit salsum? An mares sint diuturnioris vitae quam foeminae ? » Quelquefois les sujets étaient franchement comiques : « An uxor perversa humanitate potius quam asperitate
sanetur. An reprehendendus sit Aristoteles quia inter bona felicis bonam uxorem non commemoravit ? » (A. Clark, Reg. Univ. Oxford, II, i, 170, 174, 176).