‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 23 sur 321 · Wood, Athenæ Oxonienses, I, 676, ou Appendice A, xi · texte numérisé non relu

Wood, Athenæ Oxonienses, I, 676, ou Appendice A, xi

3. Voici une liste des « lectures » faites à l’Université pendant l’année 1563, et qui, par conséquent, donne une idée assez exacte du genre d'études que Lyly avait à poursuivre à Oxford : Metaphysics; Moral Philosophy; Natural Philosophy; Astronomy; Geometry; Music; Arithmetic; Logic; Rhetoric; Grammar (A. Clark, Reg. Univ. Oxford, II, i, 96-97).

4. C'est ainsi, du moins, que j’interprète certaine phrase de Ly1y (V. App. A,

à Fe JOHN LYLyY

paroles, — « il s'épuisa en de vaines tentatives pour ürer quelque nourriture de cette mamelle tarie », jusqu'au moment où il s’aperçut enfin qu'il avait beau y mettre tous ses soins il ne profitait en rien. Il prit alors le part de « se sevrer » el « négligea les exercices académiques t ».

Que pouvait faire un jeune homme de dix-huit ans, livré à lui-même ?, et qui n'avait plus les saines préoccupations de l'étude pour le sauvegarder ? Il dut se laisser aller à partager les distractions de la jeunesse joyeuse d'Oxford. Nous avons en effet des raisons de croire que sa vie ne fut pas dès lors exemplaire. Il passait déjà pour un homme d'esprit et pareille réputation est à la fois l'indice et la

xiii) qui a donné lieu à des explications diverses et, à mon avis, impossibles. Oldys avait, le premier, conclu du passage en question que Lyly avait éprouvé quelques déboires et qu'il avait quitté Oxford dans un accès de mauvaise humeur. Dans Fairholt (Introd. to Lyly’s Works, I, xi), ce dégoût se transforme en renvoi de l'Université. M. Baker (Introd. to Endymion, xi) a adopté cette explication. Le Rev. H. A. Wilson, dans une très intéressante lettre à R. W. Bond (Lyly, Works, I, 11), a le premier relevé l'impossibilité d’une pareille hypothèse. La raison qu'il donne de cette impossibilité est simple et péremptoire : le châtiment connu aujourd'hui sous le nom de 7ustication n'existait pas encore au XVIe siècle. Et il émet l'interprétation que j'ai adoptée. C’est, en effet, la plus naturelle. Constatons d’abord que, dans cette phrase, nous nous trouvons en présence d’un fort bel exemple de ce que les rhéteurs appellent une métaphore incohérente. Comment cette mère à laquelle Lyly compare l’Université pouvait-elle avoir sevré son enfant dès la naissance et l’avoir mis en même temps en nourrice pendant trois ans? Et comment cet intéressant gamin, s’il avait été condamné au régime des « os décharnés », pouvait-il commettre cet acte inattendu de se sevrer lui-même ? Ceci nous indique qu’il serait puéril d’attacher un sens trop précis à des expressions issues d’une imprécision; dans le cas de pareilles incohérences, le seul moyen d'arriver au sens véritable est de prendre la signification générale et moyenne. Or, il est une idée qui domine cette couple de comparaisons, ou plutôt ces deux « états » de la même comparaison : c’est l’idée que l’Université, comme une mauvaise mère, à donné à Lyly une nourriture insuffisante. Elle est exprimée d’abord par les mots « bones to gnaw » et reprise ensuite par l'expression « to tire at a dry breast ». Voilà, évidemment, le fond du reproche que notre auteur à fait à Oxford. Il à voulu simplement dire qu'il avait trouvé en celle que l’on se plaisait à appeler l’Atma Matér, une marâtre qui s'était désintéressée du jeune étudiant et ne lui avait pas offert la nourriture intellectuelle qu'il attendait d’elle. Le tableau que nous avons fait des études à Oxford est la meilleure confirmation de cette interprétation. 1. Wood, Athenæ Oxonienses, I, 676.

2. Peter Ly1y était mort peu de temps après l’arrivée de John Lyly à Oxford. 3. Wood, Athenæ Oxonienses, I, 676.

L'ÉDUCATION DE LYLY 33

cause de bien des défauts chez celui qui l'encourt. Un bel esprit ne saurait se passer de société, car la frivolité et l’oisiveté sont l'atmosphère où il prospère ; la société lui rend en minauderies flatteuses le tribut qu'il lui a payé en la recherchant, et ces louanges, ces sourires approbateurs aiguillonnent à leur tour la vanité, éveillent les ambitions démesurées. L'homme qui rencontre ces succès faciles croit bientôt qu'il n’est rien d’inaccessible à sa vive intelligence; sur les ailes de sa propre admiration, 1l s'élève au-dessus des autres hommes qu’il méprise; il n’admet à son imperüinence d'autres limites que celles de sa fantaisie. Lyly n'a pas échappé à ces dangers : il les a décrits en homme qui en avait l'expérience t, et il a reconnu avoir adoré l'esprit avec une telle superstition qu'il avait commis bien des sacrilèges contre la sagesse ?. Un passage de Pierce’s Supererogalion 3 confirme cet aveu. Comparant la gentillesse de Lyly à ses débuts avec la fourberie dont ce même Lyly devait faire preuve dans certaine dispute qui sera contée plus tard, Gabriel Harvey, entre autres aménités, a décoché à notre auteur cette phrase suggestive : « Ils furent grandement déçus à Oxford... ceux qui voyaient seulement en lui un garçon un peu vif et leste, un Jeune et vaniteux impertinent qui avait su amasser quelques jolies phrases, et qui savait prêter libéralement quelques vieilles comparaisons au jeune Euphues ». Au travers de cette allusion, on imagine ce qu'était Lyly à cette époque de sa vie. On le voit, petit 4 et alerte, apportant dans tous les cercles de

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