‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 223 sur 321 · Cf. Baker, Introduction à Endymion, cIxxxiii · texte numérisé non relu

Cf. Baker, Introduction à Endymion, cIxxxiii

2. Voir les « Entertainments » à Theobalds (1591), à Cowdrey (1591), à Elvetham (1591), à Quarrendon (1592), à Bisham (1592), à Sudeley, à Rycote (1592), à Harefield (1602), réimprimés dans Nichols's Progresses. Ils sont pour la plupart écrits dans le style lylien, à tel point que M. Bond a cru pouvoir les attribuer à notre auteur.

3. M. Schelling voit aussi dans Samuel Daniel un auteur qui aurait « carried out. faithfully..… the original court drama of Lyly » (Elizabethan Drama, I. 133). Mais les Masques (The Vision of the Twelve Goddesses, Tethys Festival) ne ressemblent nullement aux pièces de Lyly, et les pastorales (The Queen's Arcadia, Hymen's Triumph) sont, à n’en pas douter, d’inspiration italienne (Cf. Greg, Pastoral Poetry, 251).

4. Je dis d’une manière incertaine, car les rapprochements que l’on fait d'habitude entre Lyly et Jonson ne sont pas très convaincants. Sans doute, la proclamation de Vénus pour retrouver Cupidon, dans The Masque at the Lord Viscount Haddington's Marriage, rappelle l’ordre donné par Diane à ses

l'exemple de notre auteur ne fut pas lettre morte pour les dramatistes avides d'obtenir les applaudissements des spectateurs aristocratiques !. D'autre part, le théâtre de Lyly, parce qu'il avait été écrit pour un public restreint et particulier, ne pouvait guère mettre son empreinte sur le théâtre qui se développait normalement au grand jour des scènes publiques. Et, en effet, lorsque l’on dirige les investigations de ce côté, fort rares sont les preuves d'imitation que l'on peut recueillir ; c'est seulement au prix de longues et patientes lectures que l’on parvient à découvrir, de loin en loin, quelque situation éveillant le souvenir d’une scène analogue dans l'œuvre de notre auteur ?, un bout de dia-

nymphes dans Gallathea (III, iv); de même la scène où les nymphes arcadiennes (Pan's Anniversary) répandent des fleurs sur l’autel de Pan fait songer à la scène où les nymphes de Cérès suspendent des guirlandes à l’arbre de la déesse (Love’s Metamorphosis, I, ii), et le Cupidon prisonnier du Sphinx, dans Love Freed from I1gnorance and Folly, ressemble fort au Cupidon captif de Gallathea (IV, ii). Mais ne peut-on pas voir dans ces motifs la simple dramatisation de lieux communs poétiques, dont quelques-uns datent de l'époque de Moschus ? La pièce de Cynthias Revels peut être considérée comme appartenant au même genre dramatique que les pièces de Lyly ; mais ici encore quelles différences essentielles ne pourrait-on pas relever entre cette satire de la Cour et les allégories historiques de notre auteur !

1. Dans le Ode Fortunatus de Dekker, joué à la Cour en 1599, une tirade de Fortunatus sur l'or (p. 96) rappelle la tirade de Mellacrites sur le même sujet (Midas, I, i), et Ampedo, Andelocia et leur serviteur Shadow font, sur la faim qu'ils éprouvent, des plaisanteries qui ressemblent fort à celles de Manès, Granichus et Psellus dans Campaspe (Cf. Fortunatus, pp. 98, 114, et Campaspe, I, ii). W. Percy semble s'être inspiré de Lyly dans sa Faery Pastorall (Cf. Loves Metamorphosis, intrigue des trois forestiers) et dans The Cuck-Queanes (Cf. Mother Bombie, passim). — Dans l’Amyntas de Randolph, représenté devant le roi et la reine vers 1634, on trouve aussi un page Dorylas qui a tout l’entrain et toute l’espièglerie d’un page lylien. — Heywood, dans ZLove’s Mistress, a remis en scène Midas, et certains passages où paraissent Vénus et Cupidon rappellent étrangement des passages analogues dans Sapho and Phao (Cf. Love’s Mistress, I, i, pp. 96, 98, 139, et Sapho and Phao, V, ii, 45-75).

2. La scène où la Sibylle offre l'hospitalité à Phaon (Sapho and Phao, II, i) et lui propose de conter un « old wive’s tale » a probablement fourni à Peele le titre de son O4 Wive’s Tale et l’idée de la scène initiale. Dans cette même pièce, Eumenides, le chevalier errant, obtient (vv. 449-470) d'Erestus « the old man at the cross », un oracle qui rappelle par l’ambiguïté et par quelques-uns des termes l’oracle que l’Eumenides lylien obtient de Geron (£Endimion, LIT, iv). Ford à, lui aussi, écrit plusieurs scènes qui contiennent des réminiscences de Lyly. Dans ’Tis Pity she’s a Whore, Donado, comme Memphio et Stellio dans Mother Bombie, essaie de marier son neveu Bergetto, qui est niais, sans lui laisser l’occasion de trahir sa sottise: Secco, le barbier dans les Fancies Chaste and Noble, comme son devancier Motto (Midas), est tour à tour l’auteur

logue où luit une flamme d'esprit lylien ‘, un serviteur, un page lançant d'une voix de tête d'impudentes et espiègles répliques qui rappellent le ton d’un Manès ou d'un Samias ?. Il est pourtant un auteur chez qui l’on trouve des traces nombreuses de l'influence lylienne. Quand on lit le théâtre de Shakspere, à tout instant, on sent naître en soi la conviction que le grand dramaturge avait étudié les œuvres de son prédécesseur et qu'il avait cherché à en copier la manière 8. Tantôt ce sont des personnages d'allure semblable qui trahissent la parenté entre les deux auteurs Dogberry a même intelligence obtuse que le Master Cons-

et la victime de mystifications qui constituent la partie comique de la pièce. Je n'aurais peut-être pas mentionné ces ressemblances si, dans son Peer's Challenge, Ford n’avait écrit une langue qui a quelques-unes des caractéristiques du style de Lyly et si les deux pièces où l’on peut relever ces traces d'influence n'avaient été écrites à l’époque où Blount fit paraître les Sixe Court Comedies.

1. Dans The Three Lords and Three Ladies of London de R. Wilmot, dans An Humorous Day’s Mirth de Chapman, surtout dans The Isle of Gulls de Day et dans The Maid’'s Metamorphosis, le dialogue a une vivacité et un esprit tout lyliens.

2. Ici encore Day Se place au premier rang des imitateurs de Lyly. Les clowns de Heywood descendent eux aussi des serviteurs Iyliens, car ils ont même gaieté, même goût pour les jeux de mots; parfois ils emploient le style de Lyly avec ses antithèses, balancements, etc.

11 faut ajouter que dans Amphrissa, or the Forsaken Shepherdess 4e Heywood (Dialogues and Dramas), le passage qui commence par : « You have an heate, on which a coldness waits » est une paraphrase d'une réplique de Cupidon dans Gallathea (I, ii, 16-18) (Cf. Greg, Pastoral Poetry, 375); de même le Prologue du Knight of the Burning Pestle, de Beaumont and Fletcher, n’est pas autre chose que le Prologue de Sapho and Phao, et l’'Epître aux Lecteurs, dans la même pièce, est une paraphrase des premières lignes du Prologue de Midas ; enfin le nom d’Euphues est donné à l’un des personnages du Old Couple de Thomas May et celui de Philautus à l’un des personnages de Holland's Leaguer, par Shackerley Marmion.

3. Je ne crois pas qu'il faille accepter comme évidentes toutes les ressemblances purement verbales que l’on a relevées entre les deux auteurs (Voir, en particulier, Rushton, Shakespeare's Euphuism, et Bond, Lyly, Works, I, 165-175). Supposer que ce magicien des mots qui a nom Shakspere ait eu besoin, pour exprimer les idées les plus simples, de s'appuyer sur un écrivain de second ordre comme Lyly, c’est nier son génie. Etait-il donc nécessaire que l’auteur de Hamlet, qui a su pénétrer tous les mystères de la pensée humaine, eût lu l’'Anatomy of Wit (II, 39, 1. 4) pour remarquer que le soleil luit aussi bien sur la chaumière que sur la Cour (Winters Tale, IV, iv, 455)? Si Euphues ne s'était pas montré impertinent à l'égard d’Eubulus (I, 192, L. 36), Falstaff, ce rusé connaisseur des sottises humaines, n’aurait-il pu savoir que les vieillards

table d'Endimion 1; Apemantus, le philosophe bourru et franc de Timon, est presque une réplique du Diogène de Campaspe; Armado, le courtisan ridicule et prétentieux, à en lui quelques gouttes du sang de Sir Tophas, et cette filiation devient indubitable, quand on songe que ces personnages sont tous deux accompagnés d'un minuscule page et que dans le contraste entre le maître et le serviteur réside en partie le comique des caractères ?. Tantôt ce sont des situations qui rappellent des situations analogues, quoique plus gauchement présentées chez Lyly; la punition infligée à Falstaff dans les Merry Wives of Windsor fut certainement imaginée par un homme se souvenant que des fées malicieuses avaient couvert de bleus le trop galant Corsites 3; le monologue de Gloucester sur l’efféminement de la Cour a son pendant dans les tirades d'Héphestion et de Parménion #. Viola, à l'abri de son déguisement, équivoque de la même façon que Phillida lorsqu'elle dit au Duc : « Je suis tous les fils de la maison de mon père et toutes

n'ont aucune indulgence pour les faiblesses de la jeunesse (21 Henry IV, I, ii, 196) ? Supposerons-nous que celui qui mit au pillage toutes les sciences et toutes les croyances de son temps pour en nourrir son œuvre, ignorait que les comètes présageaient de graves changements (Cf. Æuphues, 1, 293, 1. 95, et 1 Henry VI, I, i, 2), que les abeilles ont un gouvernement merveilleux (Cf. Euphues, II, 44-46, et Henry V, I, ii, 183-200), que du silex on extrait du feu (Cf. Euphues, II, 224, 1. 10, et Troilus and Cressida, III, iii, 257) ? Pourtant il y à quelquefois entre les deux auteurs des ressemblances assez frappantes, celle-ci par exemple : Lyly a dit : « If she be well sette, then call hir a Bosse, if slender, à Hasill twigge, if Nutbrowne, as blacke as coale » (Euphues, I, 254); Shakspere, de son côté, a la phrase suivante : « Kate, like the hazeltwig, Is straight, and slender; and as brown in hue As hazel-nuts » (Taming of the Shrew, II, i, 247). Quant à la statue de Pygmalion « newly made woman, to be had now, for putting the hand in the pocket and extracting it clutched », dont parle Shakspere dans Measure for Measure (III, ii, 45), elle a été certainement empruntée à l’Euphues (I, 188), car c'est très vraisemblablement une invention de Lyly.

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