Nichols, Progresses of Elizabeth, II
3. « The late enterprise », disait le même pamphlétaire, « hath also discovered unto us the forces and furnitures of our realm. It hath shewed unto us our own wants. It hath stirred up our minds to look to ourselves » (p. 167).
Harrison ou d’un Stubbes, fit place à des accès d’indépendance frondeuse. Ce nouvel état d'esprit se trahit dans l’audacieuse attaque de Marprelate contre la hiérarchie ecclésiastique et surtout dans la ténacité avec laquelle le Parlement commença presque aussitôt sa campagne de résistance ouverte aux exigences du pouvoir royalt. La reine et son entourage brisèrent momentanément l'assaut du puritanisme, et le temps n'était pas encore venu où l'Angleterre éperdue allait suivre le Parlement dans sa lutte à outrance contre le despotisme. Mais l'élan était donné et il ne pouvait plus être arrêté. Dix ans s'étaient à peine écoulés depuis la dispersion de la flotte espagnole qu'une Angleterre nouvelle était née : une Angleterre dont les assises portaient sur toutes les classes de la société et où ces classes, animées des mêmes aspirations, communiant dans une même ivresse patriotique, sentaient vibrer en elles une âme unique. L’Angleterre existait maintenant en tant que nation et s'engageait dans la voie de ses glorieuses destinées.
À cette nation nouvelle il fallait une littérature nouvelle. Et c'est, en effet, aux alentours de 1588 que commence brusquement la floraison de ce que l’on a appelé la littérature élizabethaine. La mode n'est plus désormais aux œuvres qui flattent les goûts d’une coterie raffinée, mais à celles qui trouvent un écho dans les sentiments du pays tout entier. Les écrivains aristocratiques sont chassés par des auteurs plébéiens, comme Marlowe, Kyd, Jonson, Shakspere. Les nouveaux venus partagent les passions du peuple dont ils sont sortis et ils savent les satisfaire ?. Si
1. A. Hassall, The Results of the Victory, dans Traill, Social England, III, 578.
2. Ceci ne s'applique qu’à la période 1599-1604. Avec l'avènement de Jacques un revirement se fit et, pendant les règnes des Stuarts, les dramatistes se tournèrent de plus en plus vers le public aristocratique et vers la Cour. Cf. Thorndike, Introduction à The Maid’'s Tragedy de Beaumont and Fletcher (Belles Lettres Series), xii.
parfois ils recherchent les applaudissements ou le patronage des grands, c'est par besoin, et en tout cas ils n'écrivent jamais exclusivement pour cette minorité. Ils ne respirent pas l'air étouffant des antichambres, ils vivent au plein jour de la rue; ils souillent leurs pourpoints dans tous les bouges; ils se font parlois tuer dans d'ignobles querelles. Mais au cours de leur existence mouvementée, ils fouillent la vie, dans ses bas-fonds comme sur ses sommets, et c'est la vie qu'ils déposent toute palpitante dans leurs œuvres, écrivant ainsi pour l’humanité entière.
Cette littérature, vigoureuse comme la souche d’où elle sortait, eut bientôt fait d’étouffer le genre mièvre et étiolé qui l'avait précédée. Des poètes quintessenciés continueront, 1l est vrai, à chanter leurs passionnettes sur le ton pleurnicheur, mais le théâtre de cour ne pourra pas résister à la poussée des dramatistes populaires qui vont, pendant des années, tenir l'Angleterre sous leur violent empire. La scène royale ne sera plus le domaine enclos exploité par quelques privilégiés; elle s’ouvre toute grande aux acteurs des théâtres populaires, et ces acteurs apportent avec eux leur répertoire?. Les courtisans eux-mêmes subissent la pression des pensers nouveaux de l'Angleterre. Aux diseurs de fadaises comme Hatton, aux épicuriens débauchés comme Oxford, aux intrigants subtils et sans scrupules comme Leicester succèdent des explorateurs
1. Marlowe, à ses débuts, fut protégé par Walsingham, et Kyd, pendant quelque temps, fut au service d’un gentilhomme dont le nom ne nous est pas parvenu. Leur milieu n’en est pas moins la Bohême du temps et non la maison d’un grand seigneur.
2. Les troupes d'enfants cessent de jouer à la Cour à partir de 1590 (pour ne reparaître qu’en 1602), et ce sont les acteurs du Lord Admiral, du Lord Chamberlain (avec Shakspere), etc., qui les remplacent. Quelques-unes des pièces jouées par ces troupes sont : The Historie of Orlando Furioso de Greene, The Pleasant Comedie of Old Fortunatus et The Shoemaker's Holiday de Dekker, The Merry Wives of Windsor.
aventureux comme Ralegh‘ ou des capitaines audacieux et brusques comme Essex. La génération des flatteurs efféminés disparaît; elle est remplacée par une génération qui n’est plus une étrangère dans son propre pays et dont le type idéal est peut-être cet Henry V dont Shakspere a tracé la carrière tumultueuse et triomphante.
Lyly sombra avec la coterie sur laquelle il s'était si parfaitement modelé et à laquelle il avait voué son œuvre. Quel sens pouvaient avoir ses élégantes et grêles mignardises aux yeux d’un public grisé d’orgueil national, rêvant de lointaines conquêtes, qui clamait pour qu'on lui donnât des émotions et qui avait pour favoris — outre Shakspere — Marlowe, le surhomme tonitruant; Jonson, le titanesque et morose humoriste ; le farouche et caustique Marston ; le jovial Dekker; le fuligineux, fulgurant Chapman; le versatile et génial Middleton; le sensible et pathétique Heywood ? Aux côtés des Tamburlaine, des Volpone, des Altofronto ?, des Symon Eyre 3%, des Bussy d’Amboise 4 des Beatrice- Joanna 5, des Frankford6, les Phaon, les Gallathea, les Endimion, les Ramis, Silvestris, Montanus et autres créatons lyliennes avaient l'air de fantômes venus pour rappeler aux vivants le souvenir d’une époque déjà oubliée 7. C'est en vain que Lyly essaya par deux fois de se glisser dans
1. Il est vrai que Ralegh débuta à la Cour en 1581 et qu'il fit partie, à un certain moment, du groupe des favoris d’'Elizabeth. Mais, par son tempérament et par sa carrière, il n’en appartient pas moins à la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIE.
. Dans le Malcontent de Marston.
. Dans The Shoemaker’s Holiday de Dekker.
. Dans la pièce du même nom de Chapman.
. Dans le Changeling de Middleton.
. Dans À Woman Killed with Kindness de Heywood.
. Ben Jonson faisait probablement allusion à une reprise de Loves Metamorphosis, lorsqu'il à dit dans l’Znduction de Cynthias Revels : « They say, the vmbrae, or ghosts of some three or foure playes, departed a dozen yeeres since, haue bin seene walking on your stage heere : take heed, boy, if your house bee haunted with such hob-goblins, t’will fright away all your spectators quickly » (Cf. Appendice B).
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la foule allègre qui menait les destinées du théâtre 1; à son nom S'attachaient trop de souvenirs anciens; son succès d'autrefois ne pouvait même que lui être funeste: son œuvre représentait un état de choses vieillot et devait être mise au rebut comme l'accessoire démodé d'une époque pour laquelle on n’éprouvait plus que du mépris?. Il resta en arrière, confus et humilié, comme un intrus qui voit ses avances repoussées.
C'était justice. Lyly a expié ainsi la plus grave faute de sa vie. Il avait toutes les qualités qui font un grand écrivain : la souplesse, l'ingéniosité, l'esprit, la vivacité, l’instinct qui mène tout droit vers les thèmes à succès, la perspicacité du psychologue, l'imagination poétique, le sens de l'élégance et de l’art, le bon goût et surtout l’éloquence. Mais il a manqué d'idéal; il n’a pas eu foi en la grandeur de sa mission. Il a considéré la littérature comme un marchepied pour arriver à la fortune; il n’a voulu être qu'un amuseur; ses intentions n’ont jamais visé plus loin que la circonstance qui les fit naître; la postérité ne lui est jamais apparue comme la toute-puissance qui juge en dernier ressort et qui console ses croyants des incompré-