Voir Appendice A, xy
4. Statutes of the Realm, 31 Eliz, ch. vi : « An Acte against Abuses in Election of Scollers. »
Le décret commençait par cette phrase pleine de bonnes intentions « Whereas by the intent of the Founders of Colledges, Churches Collegiat, Churches Cathedrall, Scoles Hospitalls Halles and other like Societies within this Realme, and by the Statutes and good Orders of the same, the Eleccions presentacions Nominacions of Fellowes Schollers Officers and other Persons to have roome or place in the same, are to be had and made of the fittest & moste meete persons beinge capable of the same Eleccions presentacions and Nominacions...… Yet notwithstandinge it is sene and founde by experience that the saide Eleccions Presentacions and Nominacions be manye tymes wrought and brought to passe with Monye Guyftes & Rewardes, whereby the fyttest persons to be presented elected or nominated wantinge Money or Friendes are sildome or not at all preferred, contrarie to the good meaninge of the saide Founders,...……. and to the great prejudice of Learning and the Common Wealthe and Estate of the Realme : For Remedye whereof, Be it enacted by the Quenes most excellent Majestie, &C., &c. ».
5. Elle abusait même de son influence à ce point qu’en 1579, le Dr Still, vice-chancelier de Cambridge, prit son courage à deux mains et se plaignit
et nous avons vu que Magdalen College devait souvent s'incliner devant l'impérieuse volonté de la reine et accepter ses protégés avec résignation. Il ne faudrait pas non plus s'étonner outre mesure du ton de flatterie dont Lyly a emmiellé sa demande. Le XVI siècle n'avait pas sur ce « commerce honteux » mêmes façons de sentir que nous autres modernes; la flatterie était une inconsistance morale que l'on tenait pour inévitable dans une Court; et l'on pouvait voir de très grands personnages écrire, par l'effet de l'habitude, en des termes que nous qualifierions de plats mais qui n'impliquaient chez ceux qui les employaient nulle intention d'humilité : en réalité, on n’attachait pas à l'éloge hyperbolique plus de valeur que nous n'en donnons aujourd'hui à certaines formules de politesse. On s'explique, en tous cas, assez facilement qu'un petit étudiant, le cœur ému de reconnaissance et tremblant de respect devant le personnage imposant qu'était Burghley, ait, dans ce trouble de son esprit, exagéré quelque peu les termes de son admiration.
Mais ce qui est vraiment surprenant, et caractéristique, c'est l'impudeur avec laquelle Lyly présente sa requête. Il connaît son audace et son effronterie; il sait ne posséder ni la maturité de jugement, ni la pureté de mœurs, ni la science nécessaires pour ambitionner ce titre de sociétaire. Mais il ne cherche nullement à donner à son protecteur ces semblants de raisons dont l'homme voile en tous temps
à Burghley (Cooper, Annals of Cambridge, II, 368). Burghley reconnut qu’il y avait eu, en effet, des abus, mais il réserva à la reine le droit imprescriptible de recommander qui bon lui plairait. Cf. Nichols, Progresses of Elizsabeth, IT, 3-4.
1. C’est en ces termes que s’exprimait un grave ministre d’Elizabeth : « Though it be inconsistent with the strictest rules of Morality and Vertue, yet of Necessity, if you live in Court, you must sometimes so flatter the Prince as may gain him unto you » (Walsingham'’s, Manual of Prudential Maxims for Staitesmen and Courtiers, dans Instructions for Youth, etc., 129).
et en tous lieux ses entreprises contre la justice, et qui sont destinés à calmer les susceptibilités de l'hypocrisie humaine. Il est persuadé que la faveur des grands est un succédané efficace du mérite et du droit, et 1l laisse percer cette conviction, il l'étale avec une ingénuité et une naïveté étonnantes : « Je sais que la bonté d’un grand personnage est un refuge universel, et c'est pourquoi, avec des prières el des supplications, j'approche cette tienne excellence que j'ai eue chaque jour sous les yeux, dont je n’ai jamais douté et que j'ai souvent mise à l'épreuve. Les mains jointes, j'implore ton aide, ta faveur et ta bienveillance. En un mot, voici le point capital : Veuille ta Grandeur arracher à la Reine un mandement (si je puis ainsi dire en latin) adressé aux administrateurs de Magdalen College, afin que, sous ta conduite, je puisse me glisser dans leur société. Sur ce mandement comme sur une base, sur toi comme sur un support s'appuie ma fortune. Si je ne suis ainsi étayé et soutenu, je croule lamentablement, car je ne saurais imaginer d'autre remède capable de me soulager. Lyly n'est rien, si ton Honneur ne brille au-devant de moi comme une divinité protectrice, comme un astre favorable, comme une Cynosure t ». Il est rare de voir rassemblés, comme ici, en quelques lignes, autant de mots à valeur psychologique. Même si l’on ne tenait pas compte du sens général de la
1. « Tamen cum optimi cuiusque bonitas commune omnium sit perfugium, subinde percogitans esse animi excelsi cui multum subuenit ei velle plurimum opitulari, ad tuam amplitudinem quam perspectam indies, suspectam nunquam, probatam sæpius habui, supplici prece accedo, passis manibus tuam operam, studium, humanitatem implorans. Hæc summa est, in hoc cardo vertitur, hæc Helena, vt tua celsitudo dignetur serenissimæ regiæ magistatis literas (vt minus latine dicam) mandatorias extorquere, vt ad Magdalenenses deferantur quo in eorum societatem te duce possim obrepere. his fortunæ nostræ tanquam fundamento, tibi tanquam firmamento, connituntur : Nisi his subleuer, et sustenter, misere corruo, nihil enim potest quod me consoletur excogitari remedij, nec aliquid esset L. nisi tuus honor tanquam numen quoddam propitium, aut sacra anchora, aut salutare sydus, et Cynosura præluxerit ».
LA
lettre, des expressions comme « la bonté d’un grand personnage est un refuge universel (optimi cujusque bonitas commune omnium sit perfugium) », « arracher à la reine un mandement (regiae majestatis literas mandatorias extorquere) », « me glisser dans leur société (in eorum societatem obrepere) « seraient suffisantes pour livrer le secret d'une âme humaine : au travers de ces dénonciations de son inconscient, Lyly nous apparaît déjà — et l’ensemble de sa vie ne démentira pas ce jugement — comme le type de ce que j'appellerai d’un mot très moderne (la chose est très vieille) : un arriviste.
Ces ambitions étaient un peu hâtives; tel dut être aussi l'avis de Burghley, car il ne prononça pas le mot demandé et Lyly dut se résigner à continuer de vivre la vie sans gloire et sans profits du simple étudiant!. Mais chez un jeune homme qui venait de laisser percer des désirs aussi impatients, semblable résignation ne pouvait être de longue durée, et puisque l'Université se laissait si difficilement conquérir, il était de toute nécessité de chercher ailleurs la fortune. Où pouvait-on aller, sinon à Londres, alors encore plus qu'aujourd'hui, cœur fiévreux de l'Angleterre, asile de la richesse et du faste, rendez-vous de tous les aventuriers d'épée ou de plume en quête d’un patron?2? Lyly résolut d’abréger son séjour à Oxford: un an s'était à peine écoulé depuis l'échec de sa candidature, qu'il de-
1. Il n’y a aucune raison d’ « imaginer » avec Wood que Lyly était « one of the demies or clerkes of Magdalen » (Cf. App. À, xi), car lies registres de l'Université (ils sont complets pour cette époque) ne mentionnent pas son nom sur la liste des privilégiés du collège (V. Bloxam, À Register of the Presi dents, etc. The Demies).
2. D'ailleurs, les rapports entre Londres et les Universités étaient alors plus étroits que de nos jours (V. à ce sujet George Saintsbury, dans Traill, Social England, III, 520).
3. IL demanda en effet une dispense de près d’un an et demi, ce qu'il n'eût certainement pas fait s’il avait eu l'intention de rester plus longtemps à l’Université.
manda une dispense pour subir l'examen de Master oj Arts. Cette dispense lui fut accordée; le 1° juin 1575, il commença de remplir les formalités scolaires et dans le courant du mois il obtenait son grade ?. Il partit alors 5, le cœur plein de rancune contre son « ingrate marâtre 4 », et se rendit dans la capitale : il se rapprochait d'un milieu où il allait éprouver de plus amères désillusions qu'un simple désappointement universitaire.
1. Ceci découle du fait qu'il passa son M. A. en 1575, car, d’après les règlements, un étudiant ne pouvait obtenir le M. A. que trois ans après le B. A. (Clark, Reg. Univer. Oxford, II, i, 67). Ces dispenses étaient accordées assez facilement, mais non sans raison valable.