‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 27 sur 321 · Voir Appendice À, xvi · texte numérisé non relu

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3. Quand ce départ eut-il lieu? Nous n'avons pas de document qui nous permette de régler la question de façon certaine. Mais il est assez vraisemblable de supposer que Lyly quitta Oxford vers juin 1575, après avoir obtenu son grade de Master of Arts. Ses études étaient terminées, rien ne le retenait plus à l’Université, et les griefs qu'il avait contre son Alma Mater devaient l’inciter à quitter le plus tôt possible un milieu antipathique.

4. À laquelle ïil laissait, d’ailleurs, comme souvenir, quelques dettes (V. App. À, xviii). Ce détail nous est fourni par la Billa Petitionis de 1584; mais, comme le fait remarquer le Rev. H. A. Wilson (V. Bond, Lyly's Works, I, 15), cette dette figure parmi d'autres qui, par leur place, appartiennent certainement à une époque antérieure à 1579. Il n’y a, d'autre part, aucune raison de supposer que Lyly soit revenu à Oxford entre 1575 et 1579. La dette n’était pas encore payée en 1586; il est probable qu'elle ne le fut jamais.

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En plein quartier aristocratique, s'élevait, au moment où Lyly arriva à Londres, l'hospice dit du Savoy. Cet hospice avait été fondé par Henry VII pour « loger chaque nuit une centaine de pauvres gens et un certain nombre de prêtres ou autres serviteurs { ». Mais, de ces charitables intentions du fondateur il ne restait, vers la fin du XVI° siècle, que peu de traces. Pour augmenter leurs revenus, les chapelains avaient pris l'habitude de louer des appartements à des membres de la noblesse qui ne remplissaient nuilement, on le conçoit, les conditions requises par les statuts? :; en sorte que cet asile de pauvreté était devenu une espèce de residential hotel à l'usage de l'aristocratie $. C'est dans cet établissement que Lyly se logea à son arrivée à Londres,

1. Testament de Henry VII, cité par Loftie, Memorials of the Savoy, 87. Il semble que, du temps d'Elizabeth, on ait interprété les termes de ce testament d’une façon assez différente, car dans un Acte du Privy Council, il est dit que l’hospice « was ordeined onelie for such poore suitours as should be occasioned to resorte up hether from divers partes of the realm and unhable to defraie the chardges of their diet and lodging during their nedful attendaunce and abroad here about their necessarie buisinesses » (Acts of the Privy Council. New Ser., vol. 24, 253).

2. Lansdowne mss., 20, f. 73 (Cité par Loftie, Memor. of the Savoy, 195-126).

3. Dans la liste des sommes dues, en 1573, par ces locataires irréguliers, je relève les noms de personnages comme Sir Ralph Sadler, Chancelier du Duché de Lancastre; Dorothea Brodbelt, de Ja Chambre de la Reine; Sir Henry Lee. Edward de Vere, Earl of Oxford, au service de qui notre auteur va bientôt entrer, y louait des chambres pour John Hurleston et Barnard Hampton, deux de ses serviteurs. Le prix que payaient ces locataires était parfois étrange : Dorothea Brodbelt, par exemple, devait donner pour sa chambre une livre de poivre par an. Elle était débitrice de dix livres @e poivre!

ou du moins peu de temps après 1. Il se trouvait là en pays de connaissance. Thomas Thurland était mort en 1576 et, le 10 août de la même année, William Absolon? lui avait succédé comme master chaplain du Savoy. Absolon était né à Cantorbéry 3; c'était un protégé de Matthew Parker, qui l'avait en grande estime, et, grâce à la recommandation de l'archevêque, il avait par la suite gagné la bienveillance et obtenu l’appui de Roger Manwood. Le nom de Lyly lui était donc familier, et il est même probable qu'il avait autrefois connu le Registrar chez l'un ou chez l’autre de ses protecteurs 5. En tous cas — la chose est fort humaine —

1. D'après le témoignage de Gabriel Harvey, qui a dit avoir connu Lyly dans le Savoy (V. App. À, xix).

2. Ce personnage a jusqu'ici assez vivement intrigué les biographes de Lyly. Absolon était Clerk of the closet (V. Docquets, Eliz. 20 jan. 1584 et Declared accounts, Audit office. Treas. of the chamber. Bdle 383, n° 20; Rymer, Fœdera, XV, 736). Il avait été nommé Maître du Savoy en 1576. Et, à ce propos, il n’est pas inutile de fixer un tout petit point d'histoire. M. Loftie, dans ses Memorials, etc., p. 127, dit que le successeur de Thurland fut le Dr Mount, et que la date de sa nomination doit être 1575 ou 1577. IL y eut en réalité, ainsi que le prouvent les lettres patentes conservées au Record Office, deux Maîtres du Savoy entre Thurland et Mount. Le premier fut précisément William Absolon, nommé le « x die Augusti 180 Eliz. » (1576) (Patent Rolls, 18 Eliz, p. 4, m. 1), « per mortem naturalem Thome Thurland vltimi magistri ». Le « xx° die ffebruarij 1585 », « the Mastershippe of the Sauoy was graunted to John Thornborough one of hir MatieS ordinarie chaplains during lyfe vppon resignation of Mr Absolon (Docquets, Eliz, Feb. 1585; cf. Pat. Rolls, 28 Eliz, 1, 26, et Watson’s Roll, 1606). Ce Thornborough était le condisciple de Lyl1y dont nous avons déjà parlé (V. p. 34, note 2). C’est seulement en février 1593 que le Dr Mount obtint le mastership « vpon surrender of Doctor Thornbrough » (Docquets, Eliz, Feb. 1593). Pour revenir à Master Absolon, nous savons que, en 1577-1578, il donna à Elizabeth « à Bible covered with cloth of golde, garneshed with silver, and gilte, and two plates with the Queenes Armes » (Nichols, Prog. of Eliz., II, 77). Ce cadeau fut probablement fait à l’occasion de la nomination comme Maître du Savoy. En janvier 1579, il reçut le rectorat de Graneñfield, dans le comté de Bedford (Cal. Patent Rolts, 91 Eliz, 27 Jan.), au sujet duquel, l’année suivante, il eut un procès avec un certain Whetsone (Acts of the Privy Council, New Series, xii, 71).

3. Voir la lettre de Roger Manwood au Mayor de Sandwich, citée dans Boys, Hist. of Sandwich, 483-484.

4. Ibid. Dans cette lettre, Manwood recommande Absolon pour le poste de directeur de l’école que le bienfaiteur de Sandwich venait de fonder. Toutefois, Absolon ne figure pas sur la liste des directeurs de cette école.

5. Il ne faut pas oublier que Peter Lyly était beau-frère du frère de Roger Manwood.

il dut être heureux de rendre service à un compatriote qui touchait de près au puissant Manwood et qui était, en plus, un protégé de Lord Burghley. Il semble bien, en effet, que se soient établies des relations assez étroites entre le Master du Savoy et l'auteur d'Euphues; on ne s'expliquerait pas, sans cela, que Harvey, dix ans plus tard, en songeant à cette résidence de Lyly dans l'hospice, ait aussitôt, par association d'idées, évoqué le nom d'Absolon 1.

Mais il y avait un homme dont la société devait être recherchée par Lyly avec plus d'empressement que celle du modeste Maître du Savoy. Ce personnage n’était autre que Lord Burghley. Cecil House était située dans le Strand, à deux pas de l'hospice?, et l'on imagine aisément que Lyly, profitant de ce voisinage, ne négligea pas de fré quenter assidûment l'antichambre de son protecteur. Dans le milieu des Cecils, il se trouvait mêlé à un monde bien différent de celui qu'il avait quitté récemment, bien diffé rent aussi de celui que l’on s’attendrait à rencontrer chez l'homme qui occupait l'une des situations les plus en vue à la Cour. Lord Burghley resta toujours à l'écart de la société brillante et italianisée qui chatoyait autour d'El zabeth. Sa vie était remplie par le labeur le plus formi dable qu'homme d'Etat ait jamais eu à accomplir; et lors qu'il déposait, pour quelques instants, le lourd fardeau des affaires publiques, c'était pour chercher dans l'élude ou dans le commerce de gens graves et érudits des délasse ments pleins d’austérité3. C'était en outre un sincère protestant, avec une prédilection assez marquée pour les doctrines plus sévères du puritanisme. Et si les nécessités politiques l'obligeaient parfois à faire acte de religion

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