Voir Loftie, Memorials, etc
3. Voir le tableau, si évocateur de son intérieur, tracé par Ascham, en tête du Schoolmasier.
anglicane officielle, dans son intérieur il maintenait jalousement l’observance de dogmes et de pratiques plus rigides. Dans ce milieu austère, les manières légères que Lyly avait jusqu'ici affectées n'étaient guère de mise, et notre jeune ambitieux, maintenant placé sous la surveillance directe de son patron, ne pouvait plus songer à mener la vie d’oisiveté et de frivolité qu'il avait vécue à Oxford. Burghley avait sur le Savoy un certain droit de contrôle t, et les moindres actes de Lyly, on en peut être sûr, lui étaient rapportés?. Lyly ne l'ignorait pas et, pour conserver les bonnes grâces de celui en qui il mettait toutes ses espérances, il devait donner au moins l'impression qu'il tenait enfin la promesse, faite solennellement dans la lettre de 1574, de ne rien négliger pour acquérir le savoir et la vertu $.
Cette impression, le livre que, pour ses débuts littéraires, Lyly élaborait dans les murs du Savoy était bien fait pour la créer. Le titre — Euphues, The Anatomy of Wii, avec son long sous-titre prometteur #, disait assez les intentions sérieuses de l'auteur. Et en effet, le jeune Lyly y
AMPOnd AL UTYL AT:
2. Par sa police personnelle, qu'il avait fidèle et perspicace.
3. Voir Appendice A, xv, ad fin. Il eût été aussi bien intéressant de savoir quels étaient, à ce moment-là, les rapports de Lyly avec Lord Delaware, à qui est dédiée l’Anatomy of Wit. Les termes de la dédicace laissent entendre qu'il était protégé par ce seigneur. Les Wests avaient des propriétés dans le Hampshire, comté d’origine de William Lyly, et il est possible qu'il y ait eu entre les deux familles des relations remontant à une époque ancienne. Sur le William West de la dédicace l’on sait très peu de chose; il avait à ce moment-là une soixantaine d’années:; il était donc à peu près du même âge que Burghley (né en 152%); il fit partie du tribunal qui condamna le duc de Norfolk et le comte d'Arundel, et cela prouve non seulement qu’il était bon protestant, mais aussi qu'il avait la confiance des conseillers politiques de la reine.
&. « De lecture très agréable pour tous Gentilshommes, et de souvenance très nécessaire. En lequel sont contenus les plaisirs que l'esprit recherche dans sa jeunesse, par les charmes d'Amour, et le bonheur qu'il recueille dans sa vieillesse, par la perfection de sagesse ». Pour le titre anglais, voir la Bibliographie.
apparaissait absorbé dans des spéculations morales et religieuses d'une orthodoxie indiscutable. D'un style savant, tout incrusté d’allusions à l'antiquité et aux sciences de son temps, 1l recherchait avec gravité et assurance le bien-être moral et intellectuel de ses compatriotes. De fait, il ne prétendait à rien de moins qu'à résoudre un des problèmes sociaux les plus délicats parmi ceux qu'eut à se poser l'Angleterre de la Renaissance. Mais ici, si nous voulons bien comprendre la véritable signification de l'Analomy of Wit et sa portée, il est nécessaire d'analyser avec quelques détails certain état d'esprit qui, depuis plusieurs années, était celui d'une partie considérable de la nation. Car, à côté des événements historiques, et sur le bord seulement des grands courants d'idées, il y a place pour des mouvements particuliers et éphémères de l'opinion publique qui, dans le flou du passé, finissent presque par s'oblitérer, mais qui n'en eurent pas moins à l'époque où ils se produisirent un retentissement profond. Un livre, une habitude, un incident suffisent parfois pour les susciter et, parce que la cause en fut minime ou accidentelle, ils paraissent de portée si restreinte que l'historien des idées est tenté de les négliger ou tout au moins de ne leur accorder qu'une importance secondaire. Pourtant, ils ont fait autour de la table familiale le sujet de maintes conversations ; ils ont passionné pour ou contre la presque totalité des penseurs de la nation ; ils ont ainsi contribué à former une atmosphère journalière et pénétrante dont l'influence doit nécessairement se retrouver dans les œuvres qui ont vu le jour dans cette ambiance; ils ont même pu déterminer la naissance d’une œuvre : c'est précisément le cas de l’Anatomy of Wüil.
Le mouvement d'opinion dont je veux parler se rattache, par ses tendances, à la Renaissance des lettres dont il forme,
pour ainsi dire, l’un des à-côtés. La Renaissance en Angleterre a eu des caractères assez particuliers. Elle fut, à ses débuts, lente et pénible, se frayant un chemin difficile au milieu de l'indifférence de la nation assoupie. Elle fut déterminée par les efforts patients et obstinés d’une troupe peu nombreuse, non moins enthousiaste que les jeunes seigneurs des cours continentales, mais de sens plus grave et de visées moins frivoles. Les premiers humamistes anglais, Grey, Free, Flemming, Gunthorpe, Selling, Linacre, Morton, Grocyn, Latimer, Warham, Colet, William Lyly, More — on pourrait ajouter Erasme, bien qu'étranger — étaient tous des hommes d'une grande piété et de mœurs pures ; la plupart appartenaient aux ordres sacrés, et ceux qui étaient libres de vœux, Lyly et More par exemple, n'en menaient pas moins une vie comme embaumée de sainteté. Pour eux, les mots de savoir, religion et vertu étaient inséparables; ils revenaient sans cesse sous leur plume, dans leurs sermons avec une presque entière synonymie; c'est en invoquant cette indissoluble triade que l'on voulait inaugurer toute réforme t.
Absorbés dans leur idéal de « pieux savoir ? », les humanistes anglais restaient insensibles à la leçon d'art que les nations méridionales, plus sensuelles, apprenaient sous la discipline des littératures antiques retrouvées. L'idée de la beauté intellectuelle ou plastique était voilée pour eux par celle de la beauté morale, et c’est à la clarté de celle-ci qu’ils étudiaient les monuments de la civilisation païenne. Loin de tomber, par la pente du mysticisme néo-platonicien, dans le semi-athéisme de la Renaissance italienne, ils ne voyaient dans la connaissance du grec qu’un moyen de