Voir l’Introduction de Colet à la Grammaire de Ly1y
2. L'expression est de Latimer (Sermon on the Ploughers, p. 98, ed. Arber) : « And if the nobilitie be wel trayned in godly learnynge, the people would folowe ye same traine. »
retourner aux sources originales de la pensée divine et, par là, d'arriver avec plus de certitude à la vérité religieuse !, Ce qui les frappait le plus dans les œuvres latines ou grecques, C'était la grandeur de la doctrine morale qu'elles prêchaient par le précepte et par l'exemple. Ils considéraient cette « bibliothèque de tout savoir » comme un inépuisable trésor où se pouvaient trouver des précédents pour tous les cas difficiles ou délicats de la vie, où l'on apprenait à « imiter les bons, à détester les méchants, à guérir les maux présents, à prévenir les maux futurs ? », et d'où se dégageait un idéal de perfection humaine grâce auquel ils espéraient purifier les mœurs de leurs compatriotes. Car leur amour de l'érudition ne tendait pas à la satisfaction enorgueillissante et égoïste de l'homme qui jouit de son élévation intellectuelle : leur unique but était le bien de leur pays; ils voulaient répandre le savoir à seule fin d'émanciper la conscience anglaise et de faire revivre sur le sol anglais la vertu de l’âge d'or.
Ces rêveurs étaient aussi des gens pratiques. Ils comprenaient qu'en façonnant à leur propre image les généralions grandissantes, ils atteignaient le plus sûrement à la source même de la vie et de la pensée nationales ; qu'ils pouvaient ainsi, d’un seul coup, assurer la révolution
1. C’est l’esprit même de toute l’œuvre d’exégèse biblique de Colet.
2. « To the privat person, antiquitie gives choice of admonicions for obedience to his superiors...…. Fynalle that excellent treasore and full librarye of all knowledge yeldes us frelye presidentes for all cases that maye happen; both for imytacion of the good, detestynge the wycked, avoydynge a present mischiefe, and preventynge any evil afore yt fall ». Cette citation est empruntée à un auteur légèrement postérieur, à Fenton, Tragicall Discourses, I, 4; mais elle résume à merveille l’état d'esprit de ces humanistes. Voici, pour donner un autre exemple, ce que Elyot voyait dans Homère : « For in his bokes be contained, and moste perfectiy expressed, not only the documentes marciall and discipline of armes, but also incomparable wisedomes, and instructions for politike gouernaunce of people; with the worthy commendation and laude of noble princis : where with the reders shall be so all infiamed, that they most feruently shall desire and coueite, by the imitation of their vertues, to acquire semblable glorie » (The Governour, I, 58).
rapide qu'ils méditaient. Et c'est pourquoi l'on vit ces grands savants, sans perdre de temps en spéculations abstraites, ni sans chercher à faire œuvre littéraire originale, se consacrer de toute la force de leur enthousiasme à l'éducation de leurs jeunes compatriotes. C'est encore un trait commun à ces humanistes anglais de la première heure : 1ls sont presque tous pédagogues !. Les uns, comme Colet, Linacre, Lyly, etc., sont des pédagogues dans le sens restreint du mot : ils consacrent leur vie à faire part du savoir qu'ils ont acquis; ils fondent des écoles; ils condescendent même à enseigner les rudiments de la grammaire. D’autres, comme Elyot, sont les théoriciens de la pédagogie et ses prédicateurs : ils s'efforcent avec éloquence de développer le goût de l'étude? ; ils battent le rappel en faveur de ceux que l'on pourrait appeler les « militants », et exposent les moyens les plus sûrs d'arriver à cette connaissance de toutes choses qu'ils admirent tant chez les anciens.
Pendant longtemps, cette troupe d’humanistes pieux et graves resta isolée et peu nombreuse; leurs efforts se heurtaient contre l'indifférence et les préjugés des vieilles générations. Pour ceux qui, naguère, portaient l'armure de fer du chevalier, 1ls étaient les « clercs » et on les méprisait 5. On entendait les attardés du moyen âge ricaner, s'irriter même, quand on parlait devant eux de la nécessité d’inculquer le savoir à leurs enfants. « Quelles aillent au
1. Ils pensaient avec Ascham, selon le mot de Socrate, que « no man goeth about à more godly purpose, then he that is mindful of the good bringing up both of his own & other men’s children... (Schooïmaster. Works, IV, 86). In very deed, in the end, the good ox ill bringing up of children, doth as much serve to the good or ill service of God, our prince, and our whole country, as any one thing doth beside » (Zbid., 97).