‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 30 sur 321 · Cf. The Governour, qui est de · texte numérisé non relu

Cf. The Governour, qui est de

3. « It is a notable reproache to be well lerned and to be called a great clerke : wWhiche name they accounte to be of so base estymation, that they neuer haue it in their mouthes but whan they speke any thynge in derision » (Elyot, Governour, I, 99). Cf. aussi pp. 113-115 et II, 302).

diable ces sottes lettres », disaient-ils après de copieuses libations, « tous les savants sont des mendiants..… Je le jure par le corps de Dieu, j'aimerais mieux que mon fils se pendît que de le voir étudier. Pouvoir sonner du cor, être habile à la chasse, bien porter un faucon et savoir l'élever, voilà ce qui convient au fils d'un gentilhomme. L'étude des lettres doit être laissée aux fils des paysans 1 ». Cependant, peu à peu, la noblesse — c'était la seule partie de la nation visée par les réformateurs ? — commença à prêter l'oreille aux exhortations des humanistes et des enthousiasmes s’éveillèrent. Quand on vit le roi Henry VIII favoriser les pédagogues, et revendiquer pour lui-même le titre d'érudit, quand on vit des enfants royaux vénérer leur maître à l'égal de leurs parents 5, alors la mode s'en méla. Les générations nouvelles se mirent à épeler avec assiduilé les œuvres antiques et se plièrent de bonne grâce à la discipline et aux conseils des humanistes. L’élan était donné à la Renaissance anglaise.

Parmi ces conseils, il en était un qui allait avoir une fortune singulière. Les premiers amants des lettres anciennes étaient allés chercher à l'étranger, surtout en Iialie, une initiation que leur pays ne pouvait leur donner, et, dans leur plan d'éducation, ils préconisaient maintenant ce moyen qui leur avait été si efficace #. Ils eurent d'autant moins de peine à persuader la noblesse sur ce point, que seule, peut-être, de leurs recommandations naturellement un peu sévères, celle-ci était plaisante et satisfaisait la curiosité et le désir d'aventures naturels aux esprits jeunes.

1. Cette anecdote est rapportée par Pace, dans son ÆEpître à Colet, en tête du De Fructu. Cf. sur le sujet Ascham, Schooïmaster, Bk. I (Works, IV, 135).

2, Voir l'esprit du Governour et, plus particulièrement, I, 27.

3. Voir en quels termes Jane Grey parle de son maître John Aylmer, le futur évêque de Londres (Ascham, Schootmaster, BK. I, Works, IV, 118).

&. Elyot, Governour, I, 113.

Désormais, les gentilshommes, gagnés à l'habitude des voyages, quittèrent en foule l'Angleterre et se répandirent sur le continent. À leurs yeux, comme à ceux de leurs prédécesseurs, les érudits, l'Italie restait le but final du pèlerinage studieux : n'était-ce pas le pays qui avait conservé, comme dans un palais enchanté, toutes les merveilles de cette antiquité que l’on découvrait avec ardeur ? D'abord tout alla bien. Les premiers courtisans qui passèrent les Alpes conservaient fidèlement le souvenir de l’ardente prédication des humanistes religieux; ils étaient bien résolus à suivre le conseil de ne jamais oublier la piété. Et ils revenaient de leur voyage italien, chargés d'un butin encore précieux. Sans doute, ils ne sentaient pas en eux une ardeur aussi généreuse à pénétrer les subtils mystères de la grammaire et de la philologie : ce sont plutôt les concetti pétrarquistes et les œuvres des poètes italiens que des gens comme Wyatt rapportaient dans leur mémoire. Mais leur moralité et leurs convictions religieuses sortaient intactes de ce bain dans un pays peu moral et légèrement sceptique 1. Ils étaient malgré tout selon le cœur des Nestors anglais.

Cependant la vision réjouissante, que l'on avait déjà, d’une Angleterre régénérée n'allait pas tarder à se ternir. Dès la seconde moitié du XVI siècle, ce type du voyageur sérieux et mû par le seul désir de s'instruire était déjà modifié. Avec l’accoutumance, on avait fini par oublier les raisons élevées qui faisaient recommander ces voyages pour n'y plus voir qu'une mode et qu'un privilège de la classe riche. Les premiers voyageurs partaient comme des « marchands en quête de belle marchandise ? »; le plaisir et non le profit attiraient maintenant les voyageurs de la seconde

1. Dans toute l’œuvre de Wyatt on perçoit très distinctement la note grave et religieuse (Cf. Courthope, Hist. of Engl. Poetry, II, 61-62).

2. Le mot est d’Erasme, parlant de son ami Colet (Cité par Lupton, Life of Colet, 45).

EUPHUES, THE ANATOMY OÙ WiT D

généralion, qui voulaient non apprendre, mais s'amuser, Et l'Italie avait de quoi les salisfaire, Ce n'élait plus, en eflet, la nation radieuse telle qu'on l'entrevoyail à travers le mirage de la Rome antique, à laquelle on l'assimilail tout naturellement. Les communes, depuis longlemps privées de leurs libertés publiques, agonisaient sous l'étreinte brutale des tyrans, Dans sa servitude, la société italienne s'élait laissée aller aux pires déchéances, Le clergé était impur et frivole, les laïques irréligieux et superslilieux; la bourgeoisie était relâächée et épicurienne; l'aristocratie légère et paresseuse, [1 y avait bien les savants qui semblaient soutenir le prestige de leur pays ; mais ils mésusaient de leur esprit en des bagalelles, 61 #6 débattaient contre un idéal philosophique qui élait en con tradiction avec celui du christianisme qu'ils professaient, C'est pourquoi la dégénérescence de la nation augmentait de plus en plus ; l'énergie publique, débililéé par des guerres intestines el soigneusement énervée par la poli tique des tyrans, se délendait de plus en plus ; la religion expirait dans le rire, l'ironie et la licence,

On comprend quels dangers assaillaient le jeune Anglais brusquement jeté dans ce milieu corrompu, FA le danger était d'autant plus grand que l'falie avait conservé toutes ses grâces ; ses féles élaient somptueuses, #8 cours bril lantes, son luxe inouï, ses fils aimables él cajoleurs; c'était une « sirène »? à la chanson aussi suave que trompeuse, Sous un climat qui invite aux nonchalantés paresses, l'homme du Nord, n'étant plus soutenu par l'unique amour du savoir, se laissait prendre à toutes ces séductions, était

1. Symonds, lendissance in Ilaly, V, 494, Sur cette transformation de l'Italie, voir aussi Ascham, Schoolmaster (Works, 1V, 144449)

2. C'était, avec les mots de Calinso où dé Circé, l’une des injures que Îles ennemis de la séduisante Italie lui adres#aient lé plus souvent (V, Ash, Works, IV, 151).

jeune et inexpérimenté; des parents imprudents lui avaient peut-être donné une bourse trop bien garnie t; pour la première fois de sa vie, il se sentait libre et entièrement livré à lui-même; il ne manquait pas de flatteurs dont les belles manières l'enchantaient et faisaient honte à sa gaucherie. L'amour-propre s'en mêlant, par gloriole autant que par goût ?, 1l se laissait aller à toutes les débauches; et, comme il arrive aux tempéraments timides quand une fois ils ont triomphé de la fausse honte, il dépassait même ses maîtres en perversité. Un proverbe italien avait crûment noté cet état de choses : Inglese italianato, disait-on, à un diavolo incarnalo.

Puis, quand il retournait de son voyage, l'Anglais italianisé introduisait dans son pays les mœurs italiennes. On le reconnaissait facilement dans la rue qu'il arpentait d'une démarche continentale %, tout à la fois efféminée et fanfaronne, à ses cheveux teints et frisés 4, à ses vêtements de soie froufroutants et bizarres 5, à la troupe de pages somptueusement vêtus qui l’accompagnaient, et dont la beauté disait assez clairement les goûts du maïître5. Sa grande occupation était l'amour 7. On le voyait papillonner incessamment autour des dames dont il flattait la coquetterie par mille compliments, dont il gagnait le cœur par mille gentillesses. Car, dans les cours italiennes, il avait appris toutes les mignardises de la passion : « paroles aimables,

1. Sur la faiblesse des parents, voyez Ascham (Works, IV, 120-193).

2. Greene, À Notable Discouery of Coosnage, Epistle to the Reader (Works, X, 6-7).

3. Harrison, Description of England, BK. II, 130. Cf. le portrait d’Asotus, dans Cynthia’s Revels.

4. Gascoigne, Æearbes. Councell to Mr Withipoll (Works, I, 346).

5. On pourrait citer ici tous les satiristes ou pamphlétaires de l’époque.

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