‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 35 sur 321 · Wornxs, L · texte numérisé non relu

Wornxs, L

$, Voir p, A1 et sad. la discussion « as the order was in Naples » entre Lueilla et Euphues sur là « question often disputed, but neuer determined, Whether the qualities of the mynde, or the composition of the man, cause Women most to lyke, or whether beautie or witte moue men most to loue ». Les livres italiens de l’époque nous ont transmis de nombreuses descriptions de ces réunions, imitées de celles des Académies, et qui s'étaient répandues dans toute la société italienne (V. notamment, outre le Decameron de Boccace, les Avolami de Bembo, les Ragionamenti d'Amore de Firenzuola, le Cortegiano de Castiglione, ete.). Cette mode était passée en Angleterre (V. une suggestive description d'une réunion dans une maison anglaise, par Tyliney, dans son Fonwer of Friendship. Cf. aussi Nash, The Anatomy of Absurdity, Works, Y, % Harvey, Famiiar Letters (2 Lettre), etc.). IL me faut, à cette occasion, dire que je ne puis accepter la théorie de M. Spingarn (Compte rendu sur l'édition de Lyly par Bond, dans The Nation., sept. 10, 1903), selon laquelle Lyly aurait, dans ces discussions, imité les traités sur la question d'Amour, publiés en Tialie pendant le XVe siècle. Les attaques de Lyly contre l’'Italianisme prouvent surabondamment qu'il n'était pas séduit par l'Italianisme. Et est hors de doute qu'il n’était pas aussi versé que le savant auteur de l'iistory of Literary Crilicism in the Renaissance dans la littérature philosophique de l'Italie. Assurément, Lyly n'avait jamais ouvert ni Ficino, ni Fivonzuola, ete.; il est même à peu près certain qu'il ne connaissait pas l'italien, bar, sans cela, comment expliquerait-on que, à une époque où il était de mode de parler italien, on ne trouve pas un seul mot de cette langue dans l'œuvre entière ?

4, « A therefore hou doe but harken to the Syrens, thou wilte bee enamoured, if thou haunte their houses and places, thou shalt be enchaunted. One dAroppe of poyson infecteth the whole tunne of Wine, one leafe of Colliquintida marrelh and shoyleth the whole potte of porredge, one yron Mole defaceth the whole peece of lawne » (I, 189).

avait dit le vieillard. Dans ce milieu énervant, efféminé el lascif, Euphues finit par perdre les quelques vertus nalives qui avaient résisté à sa mauvaise éducation. Au moment de son arrivée à Naples, il était encore capable de percevoir, avec un enthousiasme tout antique, le charme suprême de l'amitié t. Mais ce sentiment ennoblissant ne résiste pas longtemps, comme on va le voir, à l'influence dégradante de l'atmosphère où il vit maintenant. Il avait rencontré un jeune homme de la ville, nommé Philautus, et, séduit par sa courtoisie et ses manières, 1l s'était lié à lui d'une affection qui devait être inviolable. Or, Philautus brûlait pour Lucilla, la riche et belle héritière de Don Ferardo, « l'un des principaux gouverneurs de la ville », et son amour était partagé. Dans la confiante ardeur de son amitié, il commit l'imprudence de présenter Euphues à sa maîtresse. Mal lui en prit. Euphues, oublieux de toute loyauté, poursuivit de ses discours persuasifs et tentateurs la belle Lucilla. Cette dernière était volage et sans scrupules: elle ne résista pas aux chuchotements d’une folle et indigne passion, et répondit à l'amour de celui qui, la veille, était encore un inconnu pour elle. Ce double exemple de fourberie, déjà assez caractéristique de l'état de corruption dans lequel était tombée une société dénuée de moralité, était encore accentué par le dénouement du livre. Lucilla trompa Euphues avec un certain Curio, comme elle avait déjà délaissé Philautus pour Euphues. À ce coup, le héros, enfin désabusé, découvrait l'abjection de sa vie passée. Et afin de bien mettre en relief la lecon mémorable qui était contenue dans cette aventure napolitaine, il se chargeait d'en dégager lui-même le sens. Il reconnaissait qu'il avait eu tort de quitter son pays, « Athènes, nourrice de sagesse,

1. Voir I, 197: « I haue red (saith he) and well 1 beleeue jt, that à friend is in prosperitie etc. » Le passage est inspiré du De Arnicilia de Cicéron.

pour Naples, mère de libertinage, le sel des philosophes grecs, pour le sucre des courtisans d'Italie ? ». Convaincu que mésaventures semblables attendent tous ceux qui « abandonnent leurs anciens compagnons pour de nouveaux amis et rejettent les graves et paternels conseils d'un Eubulus pour suivre la folle humeur de leur volonté? », il faisait vœu de retourner dans sa patrie, voulant désormais « étudier au milieu des livres plutôt que de jouer au courtisan en Italie, dans la compagnie des dames # ».

Mais ce n’était pas seulement par cette dénonciation des dangers de l’italianisme que l'Anatomy of Wüit allait droit au cœur des humanistes protestants; la suite leur réservait de douces consolations. Car l'histoire amoureuse d'Euphues ne servait que de prélude à une seconde partie, à grand bruit annoncée par le titre, et dans laquelle l’auteur poursuivait un but plus utilitaire : prouver qu'un Jeune homme fourvoyé n'était pas toujours irrémissiblement perdu # et offrir, en même temps, à ses compatriotes le remède souverain, qui, si on l'administrait selon ses prescriptions, devait délivrer à tout jamais l'Angleterre des vices dont elle souffrait.

1. « A foolishe Euphues, why diddest thou leaue Athens the nourse of wisdome, to inhabite Naples the nourisher of wantonnesse? Had it not bene better for thee to haue eaten salt with the Philosophers in Greece, then sugar with the courtiers of Italy ? » (I, 241).

2. « But behold the course of youth which alwayes inclyneth to pleasure, I forsooke mine olde companions to search for new friends, I reiected the graue and fatherly counsayle of Eubulus, to follow the brainesicke humor of mine owne Will » (I, 241).

8. « A farewell to Naples... I rather choosinge to dye in my studie amiddest my bookes, then to courte it in Italy, in the company of Ladyes » (I, 242).

4. Lyly se détachait ici très nettement des humanistes protestants, dont les angoisses n'étaient pas exemptes d’un pessimisme étroit. C’est Ascham qui disait des esprits trop vifs dans leur jeunesse : « À great deal fewer of them come to show any great countenance, or bear any great authority abroad in the world, but either live obscurely man know not how, or die obscurely, men mark not when. They be like trees, that show forth fair blossoms and broad leaves in spring time, but bring out small and not lasting fruit in harvest-time; and that only such as fall and rot before they be ripe, and so never, or selñlom, come to any good at all » (IV, 99).

La façon dont Lyly a développé cette deuxième partie de l'Analomy of Wit est des plus simples, mais ne manque pas d'une certaine habileté. Mettant à profit les bonnes intentions qu'il avait prêtées à son Euphues lors du dénouement de l'aventure napolitaine, l'auteur retourne prestement son livre, ainsi que le caractère du héros. Euphues s'est juré de devenir un « miroir de sainteté » et il lient parole. Il est soudain pris d'un goût irrésistible pour le savoir : les « axiomes d’Aristote, les maximes de Justinien, les aphorismes de Galien font une brèche merveilleuse dans son cœur ». Pendant de longues années, il s'adonne à l'étude, faisant l'émerveillement de l'université d'Athènes, où il s'est retiré. Il approfondit successivement les secrets de la nature, les mystères de la philosophie et les suaves promesses de la parole divine. Il atteint ainsi à la sagesse suprême, justifiant ce principe posé dès le début, dans le titre même ?, et souvent répété au cours du livre : « L'esprit appliqué à la vaine poursuite de l'amour est chose pernicieuse; mais ce même esprit, employé à l'honnête acquisition du savoir devient chose très précieuse 3 ». Ainsi purifié par sa conversion, Euphues pouvait, avec une autorité singulière, exprimer les intentions didactiques de l’auteur,

1. « The Axiomaes of Aristotle, the Maxims of Iustinian, the Aphorismes of Galen, haue sodaynelye made such a breache into my minde that I seeme onely to desire them which did onely earst detest them » (I, 241).

2. « Euphues..…… Wherin are contained the delights that Wyt followeth in his youth by the pleasauntnesse of Loue, and the happynesse he reapeth in age, by the perfectnesse of Wisedome. »

3. « If witte be employed in the honest study of learning what thing so pretious as witte? if in the idle trade of loue what thing more pestilent then witte? » (I, 241). Cf. p. 259 Au mot wit, il faut donner le sens large que Charron, à la même époque, donne au mot esprit : « la facilité, subtile et alaigre promptitude à faire toutes ces choses, et pénétrer avant en icelles, s'appelle esprit, ingenium; dont les ingénieux, aigus, subtils, pointus, c’est tout un » (De la Sagesse, liv. I, ch. xvi, 108). C’est une des « pièces de l'entendement ». — Cette idée qui court en sourdine dans tout le livre, réapparaissant assez gauchement de çà et de là, donne au livre une sorte d'unité, et justifie le sous-titre.

car ne connaissait-il pas le mal par expérience et n'avait-il pas, de lui-même, découvert les beautés de la vertu ? Et c'est, en effet, à son héros que Lyly a confié le som de donner ces préceptes infaillibles qu'il voulait inculquer à ses compatriotes.

Ces préceptes n'avaient d’ailleurs rien d'original. Dans son vaste plan de réforme, le jeune converti s'est contenté de reprendre et de faire siennes les idées qui, nous l'avons vu, constituaient l'antique et inébranlable programme des humanistes protestants et patriotes. Vertu, savoir et religion — tels sont les mots qui résument le sens des véritables dissertations, encadrées dans le mince filet du récit 1, et dans lesquelles Euphues, tout en nous marquant les étapes de sa marche ascendante vers la sagesse, a rédigé son testament moral, pédagogique et religieux.

La première de ces dissertations a pour titre « À Cooling Card to Philautus and all fond Lovers ? ». Ce n'est qu'une simple entrée en matière, un trait d'union entre les folies amoureuses contées dans la première partie et les sévères exhortalions qui vont former le couronnement de l'œuvre. Prenant pour texte la fourberie de Lucilla, le héros adresse à Philautus et « à tous les amants insensés » une éloquente invective contre l'amour. En termes amers, il révèle les dangers de la passion et les frivoles vanités où elle se complaît. Il dénonce la légèreté des femmes, leurs artifices et leurs mensonges. Il indique le moyen d'étouffer une flamme naissante ou de fuir avec courage un objet trop aimé. Il espère ainsi guérir « tous ceux qui ont été déçus

1. Dans cette deuxième partie, le récit est, en effet, réduit à sa plus simple expression; il ne sert guère que de transition entre les différents essais.

2. Works, I, 246-257. Le sens de ce titre intraduisible est le suivant : « Guide adressé à Philautus, pour refroidir tous les amants insensés ». Bien que le sens figuré de l’expression « cooling card » soit parfaitement clair, on n’en a pas expliqué jusqu'ici l’origine. Cf. McKerrow, Edition de Nash, vol. iv, 398.

par la passion, miroir de pestilence, ou trompés par les femmes, portes de perdition 1 ». La haine de l'amour est le premier pas vers la vertu.

Ayant ainsi affermi les conclusions que l'on pouvait tirer de son aventure, Euphues entre au vif de la question. Il fait son examen de conscience, au cours duquel il découvre que seule sa mauvaise éducation a été la cause de ses malheurs. Dès lors, que pouvait-il faire de mieux, pour arracher les jeunes gentilshommes aux vices qui les guetlaient, que de donner « un avertissement à tous les parents sur la façon d'élever leurs enfants dans la vertu et un commandement à tous les enfants d’avoir à se conformer aux instructions de leurs parents? » ? D'où le traité d'éducation qui est intitulé : « Euphues and his Ephoebus 3 ». Prenant l'enfant à sa procréation, Euphues énumère minutieusement les précautions dont il faut entourer un jeune esprit pour lui faire éviter les promiscuités dégradantes, les soins qu'il est nécessaire d'apporter au choix du pédagogue, ainsi que du lieu où se fera l'éducation. Il dresse la liste des sciences qui trouveront place dans les programmes, et n'oublie pas les délassements ou exercices qu'il faut accorder au corps pour lui conserver sa force et donner par là plus de vigueur à l'esprit. Puis s'adressant aux jeunes gens, il les conjure de ne pas se laisser entraîner par de vaines délices, telles que les voyages en pays étranger, le luxe des vêtements, la beauté des femmes, le jeu et les tavernes ; il les engage, en un mot, à tendre

1. « Come therefore to me all ye louers that haue bene deceiued by fancie, the glasse of pestilence, or deluded by woemen the gate to perdition » (227)

9, « And callyng to minde his former losenes, & how in his youth, he had mispent his time, he thought to giue a Caueat to all parents, how they might bring their children vp in vertue, and a commaundement to al youth, how they should frame themselues to their fathers instructions » (I, 259).

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