‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 37 sur 321 · bid., I · texte numérisé non relu

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tortures qui seront infligées aux blasphémateurs et aux idolâtres. D'ailleurs — et c'est là l'argument final — la certitude de l'existence de Dieu est un instinct dans le cœur de l'homme. Atheos, à ce dernier coup, est subitement converti. De façon assez inattendue, il cite force textes bibliques qui corroborent les affirmations d'Euphues, tant et si bien que devant ces preuves multiples de sa perdition, il se désespère. Mais Euphues le rassure ; il lui rappelle de nombreux exemples de la mansuétude divine — Marie- Madeleine, Mathieu, saint Paul — et la discussion se termine par une action de grâces.

Dans cet effort passionné, Euphues n'avait pourtant pas épuisé son ardeur didactique. N'ayant pu faire entrer dans ses trois opuscules certains conseils bons pour des circonstances difficiles, il les dispense maintenant dans plusieurs lettres, adressées à ses amis et réunies à la fin du volume t. C'est le dernier mot de sa sagesse.

Par cette dénonciation des mœurs italianisantes, par cet exposé du plan de réforme humaniste, l'Analomy of Wit était donc le bon livre qui venait à son heure. Il continuait la tâche entreprise par Ascham dans son Schoolmaster. Et la comparaison avec cet ouvrage célèbre n'était pas pour nuire au débutant : elle contribuait au contraire à mieux faire ressortir ce que les conseils du précurseur avaient gagné en force et en attrait. Car en développant méthodiquement et longuement les idées qu'Ascham avait laissées fuser en désordre, au hasard de son indignation, Lyly leur avait donné un relief nouveau. Par là, FAnatomy s'élevait au-dessus des simples traités pédagogiques pour

1. Les sujets en sont variés : éloge de la vie retirée et satire de la vie de cour: consolations à un père, sur la mort de sa fille; consolations à Philautus, sur la mort de Lucilla; conseils à un exilé. Ces lettres sont au nombre de six, auxquelles il en faut ajouter une septième, écrite par une certaine Livia. Elles occupent dans l’édition Bond les pages 306 à 323.

prendre l'allure et l'importance d’un livre de « courtoisie » — quelque chose de tout à fait comparable au Cortegiano f. L'éphèbe décrit par Lyly, et dans le portrait d'Euphues modèle de vertu et dans les préceptes donnés par ce même Euphues, est le type du parfait gentleman de la Renaissance anglaise, comme le courtisan décrit par Castiglione est le type du gentilhomme de la Renaissance italienne ?. C'est parce qu'il nous offre, sous une forme parfaite et complète, l'idéal de l'humanisme protestant que l'Anatomy of Wüil nous intéresse surtout : c'est un livre éminemment représentatif de l’époque et du pays où il vit le Jour, un document de la plus haute importance pour l'histoire de la pensée anglaise au XVT° siècle.

1. Par le Comie Baldassare Castiglione. Le XVIe siècle a multiplié les traités destinés à tracer l'idéal du parfait gentilhomme. Ces traités donnaient aussi bien les règles les plus ordinaires pour se bien conduire dans les actes journaliers de la vie que des discussions très subtiles sur l’âme même. On les trouve dans tous les pays. On peut citer, parmi les plus connus, le Galateo de Della Casa, le De Civilitate, &c., d'Erasme, la Civil Conversatione de Guazzo, le Gentilhuomo de Muzio, les Discorsi de Romei et l'ouvrage célèbre, dans lequel on à voulu voir la source de l’Anatomny : le Relox de Guevara. En Angleterre, le Galateo, les Discorsi et le Cortegiano furent traduits, le premier, par Robert Peterson, en 1576; le second par Keper, en 1598; le troisième, par Sir Thomas Hoby, en 1561. Parmi les livres de courtoisie anglais, il faut ranger The Babees’Boke (1475), l’Institucion of a Gentleman (1555), par un auteur inconnu; le Book of Nuriure, par Hugh Rhodes (1450, réimprimé en 1577), et, surtout, le Governour, d'Elyot. Il faudrait, peut-être, ajouter la Queene Elizabethes Achademy, par Sir Humphrey Gilbert (après 1562).

2. La comparaison entre les deux est des plus instructives. Le Cortegiano de Castiglione, est, comme son nom l'indique, inséparable de la vie de cour, et il a toutes les qualités nécessaires à ce milieu : il est artiste, élégant, poète, amoureux. Il à aussi une pointe de scepticisme, puisée dans un commerce trop intime avec les philosophies anciennes, et il est, à coup sûr, assez profondément versé dans les théories platoniciennes et néo-platoniciennes. Le gentieman de Lyly, à côté de ce modèle taillé dans la soie, fait songer au solide drap de laine. Il n’a de commun avec le cortegiano italien que la soif du savoir ; il est fait pour vivre vertueusement, au cercle de famille, loin de la cour trompeuse. Deux races sont symbolisées dans ces deux idéals.

NS

Parmi les « sages » auxquels Lyly, dans sa dédicace, recommandait son livre pour la gravité de ses discours t, il en est un qui dut suivre la carrière d'Euphues avec un intérêt passionné; je veux dire Lord Burghley ?. Non pas seulement parce que l’auteur lui était connu, mais aussi parce qu à chaque page du récit un homme comme lui devait sentir se ranimer mille douleurs intimes. Ce jeune homme « complètement adonné au service des femmes, passant sa vie dans le giron des dames, dépensant ses terres pour soutenir son luxe, gaspillant son esprit en la vanité de frivoles sonnets3 », impatient du joug de la sagesse, ne rêvant que de voyages et subissant l’avilissante influence des mœurs étrangères, il ne le connaissait que trop bien. Il n'avait même pas besoin d'en chercher le prototype dans cette noblesse anglaise qu'il voyait tous les jours papillonner autour de la reine, et dont la légèreté donnait de si sérieuses inquiétudes à sa prudence d'homme d'Etat; il le trouvait à son propre foyer et parmi ses êtres les plus chers. Dans ce portrait, il pouvait reconnaître son fils Thomas, dont les voyages sur le Continent avaient

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