Voir Appendice B
successifs de l’auteur pendant qu'il parcourait à rebours la carrière de son Euphues, et qu'il se détachait peu à peu du parti protestant pour se jeter finalement aux pieds des courtisans.
Tout d’abord, quand on ferme l’'Anatomy of Wüit et que l'on entreprend la lecture de l'Euphues and his England, on ne se sent nullement dépaysé : nous retrouvons en Euphues l'insupportable sermonneur qui nous avait précédemment accablés du poids de son expérience et de son prosélytisme {. Il a à peine mis le pied sur le bateau qui
1. Pour la compréhension de ce qui va suivre, il est indispensable de donner ici un schéma de l'intrigue dans l’Euphues and his England. Le livre débute par le départ d’Euphues et de Philautus qui ont décidé de visiter l'Angleterre. Pour tromper l'ennui de la traversée, Euphues conte aux autres passagers les mésaventures qu’un certain Callimachus rencontra au cours de ses pérégrinations en pays étrangers. Cette histoire est doublée de celle d’un hermite qui, au dénouement, se trouve être l’oncle de Callimachus.
Cependant, on est arrivé en vue des côtes anglaises. Le navire accoste, et les deux amis, après avoir consacré quelques jours à la visite de Douvres et de Cantorbéry, prennent la route de Londres. Surpris par la nuit, ils demandent l'hospitalité à un certain Fidus, dont la maisonnette se trouve sur leur chemin. Le vieillard les accueille avec une grande urbanité, les fait asseoir à sa table et, après le souper, à la demande de Philautus, il conte son histoire. À l’âge de vingt ans, il fut pris du désir de vivre à la cour. Pour son malheur, il rencontra une jeune fille, Iffida, dont la grâce et la beauté le séduisirent. C’est en vain qu'il essaya de se faire aimer d'elle; Iffida était fiancée à Thyrsus, et elle voulut rester fidèle à celui qu'elle devait épouser. Un jour, Iffida apprit que Thyrsus était mort. Sa douleur faillit lui coûter la vie. Cependant, le temps faisant son œuvre, elle eût peut-être répondu, enfin, à l’amour de Fidus, si la mort ne l’avait prise elle aussi.
Après avoir remercié Fidus de son hospitalité, les deux amis continuent leur voyage vers Londres, où ils arrivent sans encombre. Là, ils fréquentent la société élégante. Philautus ne tarde pas à tomber amoureux d’une chaste et belle jeune fille répondant au nom de Camilla. Mais il la poursuit en vain; Camilla aime en secret un jeune gentilhomme, Surius, qu’elle épouse à la fin. Philautus se console en donnant son cœur à Francis, une amie de Camilla. Quant à Euphues, pendant que Philautus fait sa cour, il se tient volontairement à l'écart. Il reparaît, cependant, dans la dernière partie du livre, pour prendre part à une savante discussion chez Lady Flavia, l’hôtesse hospitalière dans la maison de laquelle ont eu lieu les principales rencontres entre les personnages. Ce retour à la société est, d’ailleurs, de courte durée, car des affaires urgentes rappellent le héros dans son pays. Euphues prend congé de ses amis anglais et part, laissant Philautus. D’Athènes, il envoie à Philautus d’utiles conseils sur le mariage et à Livia, une Italienne qui figurait dans l’Andtomy, un petit opuscule, où il décrit en termes enthousiastes
le doit transporter en Angleterre avec son ami Philautus, qu'il se lance dans une nouvelle satire des voyages t. Et, ayant sans doute appris à l'école de Lyly que rien n’est bon pour démontrer le mal comme un exemple concret, il nous narre une histoire, celle de l'hermite et de son neveu Callimachus. C'est, aux détails près, une Analomy of Wit en réduction. On y voit la jeunesse imprudente et folle ne rêver que d'aventures en pays étrangers, « acheter la sagesse au prix de la douleur », revenir de ses voyages « chargée de plus de vices que de sous » et reconnaître enfin sa sottise. On y retrouve le contraste entre un jeune obstiné et un vieillard sage et conseilleur, d'honnêtes maximes à profusion et, comme pour faire pendant aux traités de l'Anatomy of Wüit, une dissertation sur l'état de l'Angleterre ?.
L'histoire de Fidus, qui fait suite à celle de Callimachus, révèle déjà chez l’auteur des préoccupations différentes. Elle marque le premier ébranlement dans les convictions de Lyly. On sent très bien qu'il fait effort pour concilier son but didactique avec une conception moins sévère de la vie. Fidus, par bien des côtés, rappelle le héros de l’Anatomy of Wit3 : lui aussi il était de souche honorable et il avait un esprit qui ne le cédait à aucun en vivacité ; lui aussi, il ne trouvait de plaisir qu'en la compagnie des dames, auprès de qui il passait son temps à fleureter ; lui aussi, il eut son Eubulus dont il dédaigna les sages conseils; lui aussi, il connut l’amertume des déceptions amoureuses, ainsi que le démontre son histoire. Cette histoire, il ne la racontait même à Euphues et à Philautus que pour prouver
l’état de l’Angleterre. Puis, ayant soulagé sa conscience de ce sermon suprême, il s’adonne à la solitude et se retire sur le Mont Silixsedra.