Dans son Histoire Naturelle, XXXV, xxxVi
des bras d’un roi dans ceux d’un peintre ». Ce récit de Pline peut servir d'analyse à Campaspe ; car Lyly s’est contenté de transporter cette anecdote à la scène sans y rien ajouter d'important. Il a seulement adouei ce qu'il y avait d'un peu brutal dans la conduite d'Alexandre visà-vis de sa concubine; le héros macédonien a pris l'air de la Cour anglaise ; il est du dernier galant et se montre toujours respectueux et chevaleresque à l'égard de la femme. Campaspe, de son côté, appartient à une société où la femme triomphe et domine; elle n'est pas un simple objet de plaisir que l’on se passe de main en main; élevée à la situation plus romanesque de captive, elle a pris une conscience; elle fait acte de volonté et d'indépendance en choisissant celui qu'elle aime; enfin, loin d'éprouver cette humiliation que l’auteur latin a soupçonnée chez elle, elle n'a que mépris pour les richesses, et c'est de gaieté de cœur qu'elle renonce à sa haute fortune pour aller « broyer des couleurs » chez le peintre f.
Le choix de ce sujet était singulièrement heureux : la rivalité entre l'humble peintre et le conquérant du monde prêtait à des situations saisissantes, et un psychologue n'eût pas manqué d'observer avec minutie les multiples conflits qui pouvaient naître dans le cœur des trois personnages. Mais Lyly n’a pas cherché à exploiter tout le dramatique en puissance dans cette donnée : neuÎ scènes, toutes très courtes, lui ont suffi pour poser et résoudre son intrigue ?, et c’est en dehors de cette intrigue qu'il est allé
1. « But this assure your self », dit-elle à Apelle, « that I had rather bee in thy shop grinding colours, then in Alexanders court, following higher fortunes » (Acte IV, sc. iv, 15-18).
9. Voici le développement de cette action. I, i : Première entrevue d'Alexandre et de Campaspe. Il faut aller jusqu'à la scène 2 de l'acte II pour retrouver le sujet. Alexandre avoue à Héphestion qu'il aime Campaspe. Il emmène Apelle auprès de sa captive. — III, i : Apelle risque quelques galanteries qui sont reçues par Campaspe avec réserve. — III, iii : Apelle fait des
chercher la matière nécessaire pour remplir l'espace qui restait inoccupé dans les cinq actes. La façon dont il s'y est pris pour suppléer à la source d'intérêt qu'il tarissait est assez curieuse. Il a recueilli dans l'histoire antique toutes les anecdotes qui, se rapportant plus ou moins au sujet, pouvaient sans violence entrer dans le cadre de a pièce, et il les a intercalées au long de l'intrigue. La vie d'Alexandre a naturellement fourni un certain nombre de scènes qui ont, il faut le reconnaître, l'avantage de préciser la figure du personnage principal ; c'est ainsi que nous voyons passer devant nos yeux, sous la forme dramatisée, certains gestes qui avaient illustré le Macédonien : sa visite à l'atelier d'Apelle et ses essais maladroits pour dessiner {; sa conduite généreuse envers Timoclée après la prise de Thèbes ?; ses efforts pour attirer à lui les philosophes d'Athènes et ses conversations avec eux %; ses visites au cynique Diogène #. Diogène est à son tour le point d'attache d'une autre série d’anecdotes où le philosophe bourru apparaît successivement aux prises avec les philosophes 5, avec le peuple d'Athènes 6, avec Chrysus”, avec l'Athénien Sylvius 8, avec la courtisane Laïs °. Et dans chacune de ces scènes nous retrouvons, également en action, quelques-uns des mots célèbres que l’histoire prête à ce
déclarations plus franches. — III, v : Apelle est désespéré, car il a fini le portrait. Il prend la résolution de gâter son œuvre, afin d’avoir une excuse pour la recommencer. — IV, ii : Campaspe commence à faiblir. — IV, iv : Les
deux amants s'accordent. — IV, v : Le page d'Alexandre vient annoncer à Apelle que son maître réclame le portrait de Campaspe. — V, ii : Craintes d’Apelle. — V, iv : Alexandre donne Campaspe à Apelle.
1/"ACte LIL, SC. iv.
ACIONL, SC: Le
* ACTO LSC- il.