Voir Fulke Greville, Life of Sidney (Works, IV
qui, dans un accès de jalousie, a juré de subjuguer celle qui, jusque-là, est demeurée insensible à l'amour t ; cest Cupidon qui, malgré la terreur que lui inspire le nom de la vierge inconquise ?, pour obéir aux ordres de sa mère, décoche une flèche en plein cœur de la rebelle : et voilà comment est née celte passion qui a si brusquement et si inexplicablement bouleversé les sentiments de la reine. Les mêmes dieux se chargent de dénouer l'inextricable situation. Après avoir par sa jalousie rendu hommage à la vertu de Sapho, Vénus succombe devant la beauté de Phaon : elle tombe amoureuse du charmant batelier. Et dès lors, elle n’a de cesse qu'elle n'ait arraché le jeune homme à sa rivale 3. Elle obtient de Vulcain, son complaisant mari, des flèches au pouvoir merveilleux, et dont elle indique l'usage à Cupidon. L'une de ces flèches dirigée contre Sapho emplira de dédain le cœur de la reine; une autre lancée contre Phaon inspirera au jeune homme de l'amour pour Vénus. Cupidon s’acquitte avec soin de la première partie de sa tâche : il frappe Sapho de la « flèche de dédain », et la reine sent aussitôt une sorte « d'arrêt intérieur de ses affections # » : elle ne peut plus aimer. Mais le petit dieu est incapable d'accomplir jusqu'au bout la mission dont il s'est chargé. Il est tellement séduit par la grâce de Sapho qu'il ne veut plus la quitter ; il jure de
1, « But come », dit-elle à son fils, « we wil to Syracusa, where thy deitie shal be shown, and my disdaine. I will yoke the necke, that yet neuer bowed, at which, if Ioue repine, Ioue shal repent. Sapho shal know, be she neuer so faire, that there is a Venus, which can conquer, were she neuer so fortunate » (Acte T, sci, 31-35).
2, « Mother, they say she hath her thoughtes in a string, that she conquers affections, and sendeth loue vp and downe vpon arrandes; I am afraid she wil yerke me, if I hit her » (Acte I, sc. i, 39-41).
8, 11 y avait naturellement une ingénieuse flatterie dans cette rivalité imaginée par l’auteur (V. Acte IV, sc. ii).
4, Sapho. « Mee thinkes I feele an alteration in my minde, and as it were a withstanding in my self of mine own affections » (Acte V, sc. ii, 3-4).
lui obéir désormais t. Et en effet, à la demande de celle qu'il considère maintenant comme sa mère, il frappe Phaon d'une flèche à pointe de plomb, qui a pour effet d’inspirer de la haine contre ceux qui recherchent l'amour : et Phaon se met à railler Vénus ! Sous l'effet de ces pensers nouveaux, et désespérant du succès, Phaon quitte Syracuse. Mais il conservera fidèlement l'image de celle qu'il aime toujours. Partout où le conduira son destin, il restera pour ainsi dire agenouillé devant Sapho, et au milieu de ses soupirs, 1l ne cessera de désirer l’incomparable Sapho ?. Quant à elle, elle lui souhaite tout succès, « parce qu’elle l'aima autrefois, et qu'il ne sera pas dit qu'elle a aimé pour haïr ». C'est elle qui sera désormais la déesse de l'Amour et, avec l’assentiment des dieux, elle saura faire un meilleur usage que Vénus des armes de Cupidon ë.
Ainsi était expliqué l’inexplicable à l'entière satisfaction des deux intéressés. Les deux amants n'étaient en réalité pour rien dans cette méprise de leur cœur. Comment Phaon-Alençcon aurait-il pu garder rancune d'une inconstance qui était l’œuvre des dieux ? C'était bien là un effet de cette mauvaise fortune qui n'avait cessé de le poursuivre toute sa vie, et son départ était, en somme, entouré de flatteuses consolations, puisqu'il emportait la sympathie de celle qui l’avait un instant aimé. Quant à la passion de Sapho-Elizabeth, elle n'avait pris naissance que sous l'influence occulte d'une puissance jalouse et irrésistible : la reine n'était pas responsable d'un moment d'égarement pendant lequel elle avait vécu comme dans un songe. De ce songe, elle s'était éveillée innocente et pure, car ilny avait eu de réel dans tout cela que les hommages que son