Sur cet écrivain, voyez, p'us loin, p
4, À Defence of Poetry, Music and Stage-plays [? 1580].
bridge 1. Churchyard continuait à engorger le marché de ses productions; mais ses œuvres étaient aussi plates que nombreuses et ne comptaient pas. Seul, Spenser venait de révéler dans un poème original que toute poésie n'était pas morte en Angleterre ; rien pourtant dans son style archaïque et déconcertant ne laissait prévoir qu'il dût être le plus grand poète de son siècle. Et sur ce fond vide de l'horizon littéraire Lyly, bénéficiant de sa solitude, se projetait plus grand que nature. Vers lui seul se tournaient les regards d'une génération nouvelle à qui il avait donné naissance. Car il faisait école : les imitations de son roman surgissaient de tous côtés; le nom d’Euphues était devenu un nom magique qu'invoquaient dans leurs titres les écrivains à l'affût des succès mondains ?.
Une fortune aussi singulière était bien faite pour tourner la tête à un jeune homme qui, nous le savons, ne péchait pas par excès de modestie; et nous pouvons, en effet, grâce
1. C’est le moment où Nash admirait l’Euphues : « Euphues I readd when I was a little ape in Cambridge, and then I thought it was 1pse ille » (Strange Newes, Works, I, 319).
2. Voir l'influence de Lyly sur le roman, p. 478, etc. Voici, à titre d'exemple, en quels termes ses imitateurs exaltaient ses mérites. B. Rich, dans la deuxième partie de son Don Simonides (1584), s'exprime ainsi au sujet d'Euphues (c’est-àdire de Lyly): « And amongst the whole cataloge of comely schollers, there shalt thou meete with a Gentleman of such experience, as may confirme thee in thy trauaile, counsaile thee in thy Loue, commend thee into straunge Countreis, comfort thee in all thy sorrowes, teache thee how thou oughtest to walke, yea, with so sweet a tongued Orator shalt thou meete, as Aeschines should be skoft at if he discommended hym, and Anthony the Orator derided at if he did imitate hym.
All these perfections there, shalt thou finde in one man, who as the Bee sucketh Honey findeth Vertue, as the Camelion feedeth on the Ayre followeth contemplation, who can Court it with the best, and Scholler it with the most, in whom I know not whether I should more commende his maners or his learnyng the one is so exquisite, the other so generall. Happy shalt thou be in thy trauaile to meete with this Euphues, who is curious in describyng the Anotomie of Wit, and constaunt in reprehendyng vanities in Loue, Hym seeke thou out in Athens, for Athens is renowned by hym, with whose acquaintaunce thou shalt returne to Ciuill so well counsailed, as that Clarinda shall either sue to bee partaker of thy perfections, or thou alowyng a continent life, desist from thy follies » (sig. I, iii).
LYLY ET LORD OXFORD. GALLATHEA 121
à certain document, constater que Lyly était parfaitement conscient de l'importance de sa personnalité. En 1582, Watson fit paraître un volume de Sonnets intitulé : The Hekatompathia, or Passionate Century of Loue t. Avant de publier le livre, il sollicita l'appréciation de Lyly. En réponse à cet acte de courtoisie, Lyly adressa à son ami une épiître des plus soignées et certainement destinée à la publication. Cette lettre est une merveille de fatuité. Lyly se rend compte du grand honneur qu'il fait au débutant et 1l le prend avec lui sur un ton d’aimable condescendance. C'est aussi la raison pourquoi il parle très peu des poésies de Watson et beaucoup de lui-même. Il déclare que la lecture de ces sonnets lui a rappelé le souvenir d’un amour ancien ?; 1l calme les anxiétés de son public en lui apprenant que la blessure est bien cicatrisée. Il sait qu'il se doit maintenant à la souveraineté littéraire qu'il exerce, et qu'il lui faut prendre une attitude en rapport avec sa situation. Il se drape dans le manteau de mélancolie et de sagesse indifférente qu'il avait jeté sur les épaules de son héros vers la fin de l’'Euphues and his England ; il dit en termes languissants ses désillusions, déjà si lointaines, qu'il en a conservé seulement un souvenir trouble et imprécis. La folie des hommes qui sont assez sots pour se laisser prendre aux artifices des femmes ne lui inspire qu'une pitié compatissante; la méchanceté des femmes ne réussit même pas à l'émouvoir, car il jette maintenant sur l'amour et sur la vie le regard du vieillard qui n’a plus rien à apprendre i.
1. L'ouvrage fut déposé à la Stationers’ Company le 31 mars. Watson était, lui aussi, un protégé de Lord Oxford, à qui l’Hekatompathia était dédié. Pour sa biographie, voir la préface de E. Arber, en tête de l'édition des English Reprints.
2. Lyly fait peut-être allusion à l'aventure de Brackley (Cf. p. 34, note 2). Si nous voyons une autobiographie dans l’Anatomy of Wit, il aurait, en effet, joué un rôle d'amant trompé (Cf. p. 61).