‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 85 sur 321 · Froude, History of England, XI · texte numérisé non relu

Froude, History of England, XI

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jouet entre les mains du parti anti-anglais et catholique !. Un plan avait même été conçu pour l'enlever et le placer sous la tutelle orthodoxe du roi d'Espagne ?.

Ces intrigues, où se découvraient les habituelles pratiques du catholicisme, et qui avaient suivi de si près les menaces de Marie, nous les retrouvons symbolisées dans les sortilèges dont Endimion est la victime, et qui sont la conséquence immédiate des idées vengeresses de Tellus $. Car Tellus, non plus que Marie, n'agit directement. Elle est seulement l'instigatrice du mal. Elle a recours pour satisfaire sa malignité aux offices ténébreux d’une certaine Dipsas 4. Or cette Dipsas était bien connue des sujets de la reine Elizabeth, car Lyly lui a donné tous les traits principaux, sous lesquels on se plaisait, dans la protes-

tante Angleterre, à représenter le papisme corrompu, subtil et ourdisseur de complots. C’est une vieille sorcière, honorée autant pour son âge que pour son habileté, et ses années sont aussi nombreuses que ses vices 5. Si elle agis-

1. Voir ce qu'écrit Wotton à Walsingham à la date du 22 septembre 1585 (Cité par Froude, History of England, XI, 591).

2. Le 17 février 1585/6, Mendoza écrivait au roi d’Espagne : « She [Elizabeth] has been informed that with the connivance of the Christian King [they] haue three ships ready on the French coast to bring the king of Scotland away from his country. This has caused her to order some of her armed ships to go to the ports on the Scotch coast » (Calendar of State Papers in the Archives of Simancas, III, 559). Plusieurs tentatives de ce genre avaient été déjà faites en 1577 (Labanoff, Lettres, Instructions, etc., IV, 345) et en 1583 (Teulet, Relations politiques, etc., V, 314). Marie Stuart reprit cette idée en 1586 (Miscellaneous State Papers, I, 219).

3. Pour des raisons dramatiques aussi bien que politiques, Lyly ne pouvait pas mettre ces intrigues à la scène dans tous leurs détails; il a dû se contenter d’en noter les effets, qui étaient connus de la Cour.

4. Le nom est pris chez Ovide (AmM., I, viii). Disons en passant que Dipsas ne pouvait pas représenter la comtesse de Shrewsbury, ainsi qu’on l’a quelquefois supposé. Dipsas, dans la pièce, est dévouée à Tellus; tandis que, dans la réalité, Lady Shrewsbury était considérée comme une ennemie de Marie. Elle avait répandu sur la conduite de la reine d’Ecosse des bruits scandaleux et, d’autre part, elle mettait en avant sa petite fille Arabella Stuart comme héritière du trône d’Angleterre (Teulet, Relations politiques, etc., III, 252).

5, « Dipsas, Whom as many honour for age as wonder at for cunning » (I, iv, 11). — « Dipsas, thy yeeres are not so manie as thy vices » (V, iii, 19).

sait à sa guise, elle déchaïînerait « des appétits si pervers, une concupiscence si déréglée, des désirs si abominables que le monde entier serait plein d'ardeurs superstitieuses et de passion extrême 1! ». Elle a essayé par son art damnable de changer le gouvernement que Cinthia tent des dieux immortels ?. Enfin — et c'était là une allusion très claire à la part prise par Marie dans toutes les attaques dirigées contre Elizabeth — c'est de Tellus qu'elle tire tous les simples pour ses sortilèges 5. Ce portrait, déjà si parlant, était rendu encore plus ressemblant par l'œuvre de mal que Dipsas poursuivait. Car ses incantations n'avaientelles pas pour effet de semer la méfiance dans le cœur de Cinthia “ et de plonger Endimion dans un profond et long sommeil #, de la même façon que les catholiques, par leurs artifices 6, avaient rendu Jacques de nouveau suspect à

1. « Were it in my power to place affection by appointment, I would make such euill appetites, such inordinate lusts, such cursed desires, as all the worlde should be filled both with supersticious heates, and extreame loue » (I, iv, 24-28).

2. « Thou hast threatned io turne my course awry, and alter by thy damnable Arte the gouernment that I now possesse by the eternall Gods » (V, iii, 24-26). Cf. aussi la citation déjà donnée à la page 197, n. 2.

3. « From her [Tellus] gather wee all our simples to maintaine our sorceries » (II, iii, 38).

4. « Dipsas. Would you haue his loue, eyther by absence or sicknes aslaked ? Would you that Cynthia should mistrust him, or be iealous of him without colour ?

Tellus. It is the onelie thing I craue, that seeing my loue to Endimion vaspotted, cannot be accepted, hys truth to Cynthia (though it be vnspeakeable) may bee suspected.

Dipsas. I will vndertake it, and ouertake him, that all his loue shal be doubted of, and therefore become desperate : but this will weare out with time, that treadeth all things downe but trueth » (I, iv, 39-47).

5. A noter que ce sommeil a aussi pour effet d’attacher Endimion à la terre (Voir les efforts de Corsites, à la scène iii de l'acte IV), c’est-à-dire de retenir Jacques dans le parti de sa mère.

6. Ce sont les propres termes dont se sert Ségur, envoyé du roi de Navarre (en 1585) auprès de Jacques: « Mais surtout je vous supplie », écrit-il à la date du 8 juillet, « au nom de Dieu, tenez pour suspectz tous les conseils qui vous seront donnés par Messieurs de Guise, Roy d'Espagne et tous papistes. Ils ont de merveilleux artifices; mais croyez que, lorsqu'ils vous monstreront plus de bonne affection, c’est lorsqu'ils tascheront de vous ruiner » (Teulet, Relations Politiques, III, 835).

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la Cour anglaise et avaient fait peser sur lui l’assoupissante tutelle qui, déjà dans sa jeunesse, l'avait tenu à l'écart des affaires ? |

Le sommeil d'Endimion ne devait pas être éternel, non plus que l'arrêt survenu dans les négociations. Elizabeth, par une habile manœuvre, sut arracher Jacques à ses adversaires. Elle laissa s'échapper les nobles écossais exilés en Angleterre !; quelques semaines après, le prince tombait entre leurs mains et pouvait ainsi sortir du filet d'intrigues où les catholiques l'avaient enserré. Bien qu'elle eût été l'agent de cette délivrance, Elizabeth feignit une grande surprise en apprenant ces événements. Elle offrit à Jacques des secours et des conseils ; elle promit que s’il avait été maltraité elle punirait les coupables?. Jacques, de nouveau, se montra tout à la dévotion d’Elizabeth et, en effet, à partir de ce moment, l'union entre l'Ecosse et l'Angleterre était virtuellement conclues. Jacques allait

1. Pour les détails de cette manœuvre politique qui, naturellement, n’a pas été dramatisée par Lyly, voir Froude, History of England, XI, 593-594. Ceci se passait en octobre.

2. Voir la lettre citée par Froude (History of England, XI, 595), dont j’extrais les phrases suivantes : « The strange news of hard accidents that are arrived here of unlooked-for or unsuspected attempts in Scotland... constraineth me, as well for the care we have of your person as of the discharge of our own honour & conscience, to send you immediately this gentleman. both to offer you all assistance of help, as all good endeavours of counsell..… I beseech you trust my actions according to the measure of my former dealings for your safety, and answerable to the rule of reason, and you shall find that few princes will agree to constraint of their equals, much less with compulsion of their subjects. Judge of me, therefore, as a king that carrieth no abject nature; and think this of me, that rather than your danger I will venture mine ».

3, Au mois de mars 1585/6, Thomas Milles (qui accompagnait Thomas Randolph dans son ambassade) écrivait d’Edinburgh au comte de Rutland : « Our business here thryves exceeding well, yf we marre it not at home as I have often seene it. In appearance the amitie is lyke to be contracted in more stricte sort then at any time before. The king hath condescended to all that her Majestie hath sent him » (Mss. of the Duke of Rutland, I, 191). — Le traité fut signé en juillet suivant. Au mois de mai, Archibald Douglas écrivait à Walsingham : « There is not in all his realme anie gentleman, of whatsoeuer estate, more at her maiesties devocion then the king him self, and so would

êlre désormais le protégé de l'Angleterre et son titre d'héritier présompüf était quasiment reconnu f.

Ainsi finit la comédie. Naturellement les menées secrètes d'Elizabeth ont été passées sous silence; seules son attitude et ses protestations officielles ont été conservées. Cinthia s'emploie activement à sauver Endimion? et, lorsqu'elle apprend qu'un baiser d'elle pourra réveiller le jeune homme, elle n'hésite pas3 à donner ce gage d'amitié ou d'alliance. Et en effet Endimion s'éveille ; 1l retrouve sa jeunesse et se déclare prêt à donner sa vie à Cinthia “. Cinthia accepte cet « honorable respect » et prononce alors ces paroles, qui prennent une signification singulièrement précise lorsqu'on les rapproche des offres de protection faites par Elizabeth et des espérances nouvelles que Jacques semblait enfin donner à la Cour anglaise : « Endimion, continue à m'aimer, car j'estime quil y a plus de Îorce en un cœur sincère qu'en une cité forüfiée. Je me suis efforcée de gagner tout le monde et je mets mes soins à garder ceux que jai gagnés. Mais ceux que ni ma faveur ne peut décider à demeurer constants, n1 l'offre de mes bienfaits ne peut rendre fidèles, les dieux les ramèneront à la sincérité ou les puniront de leurs

continue by all apareance, if he shalbe suffred to goe forwardes with his owne inclination and love towardes her maiestie » (Papers relating to the Master of Gray, Bannatyne Club, 95).

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