C'est-à-dire de rester attaché à Tellus
« End... followe thou thine owne fortunes, which creepe on the earth, & suffer me to flye to mine » (I, i, 73).
2. « Sur quoy ledict Gray a esté bien receu, mais, d’aultre part, il est catholicque, noury et éleué tel; ce que ladicte Royne [Elizabeth] lui a dict sçavoir bien. Aussy ne l’a-t-il pas nié, et qu'il ne fust affectionné à la Royne d’Escosse, mère de son Roy » (Castelnau de Mauvissière au roi, 25 novembre 1584. Teulet, Relations politiques, III, 324).
3. « O Endimion, Tellus was faire, but what auaileth Beautie without wisedome? Nay, Endimion, she was wise, but what auaileth wisdome without honour ? Shee was honourable Endimion, belie her not, I, but howe obscure is honor without fortune? Was she not fortunate whome so many followed ? Yes, yes, but base is fortune without Maiestie; thy Maiestie Cynthia al the world knoweth and wondereth at... » (II, iii, 11-17).
4. Voir Sapho & Phao : « an hearbe called Lunary, that being bound to the pulses of the sick, causeth nothinge but dreames of weddings and daunces » (III, iii, 43-45).
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surpris par les complots catholiques au moment où il avait décidé de s’allier à Elizabeth et où il rêvait de l'épouser ? C'est d'ailleurs la seule fois que l’auteur laisse paraître chez Endimion le désir d’épouser Cinthia, et le rejet de cette idée au second plan correspond encore à la réalité, où le projet de mariage ne fut jamais très vivement poussé et finit même par être passé sous silence dès que sembla assurée l'entente entre les diplomates anglais et écossais. Cinthia a placé auprès d'Endimion une garde, qui a pour mission de ne laisser approcher homme vivant. Or, Elizabeth avait, elle aussi, fourni une garde anglaise au jeune prince, sous prétexte de le protéger contre ses ennemis, en réalité pour s'assurer de sa personne ?. Et enfin, il y a le rêve d'Endimion 8. Le sommeil du jeune homme est traversé de visions étranges :
« I] me sembla voir, raconte Endimion, une dame extrêmement belle, mais très malveillante. D'une main, elle portait un poignard avec lequel elle fit mine de me couper la gorge; dans l’autre main, elle avait un miroir. Mais ayant vu dans ce miroir combien la colère sied mal à la femme elle renonça à ses pensées de violence. Elle était accompagnée d’autres damoiselles, dont l’une, avec un air sévère et pour ainsi dire avec une malignité invétérée gravée dans
1. « 2 Watch. We are commanded in Cynthias name that no man shall see him » (IV, ii, 84).
2. Cette garde avait dû faire le sujet de pas mal de plaisanteries à la Cour, car elle avait donné lieu à des marchandages, et elle n’était pas toujours payée régulièrement (Teulet, Relations Politiques, V, 299, Froude, History of England, XI, 327-398).
3. I1 est raconté à l'acte V. Quant au dumb show qui est placé entre l'acte II et l'acte III par les éditeurs modernes depuis Blount, comme il ne figure dans aucun des in-quarto publiés du vivant de l’auteur, il est probable qu'il faut y voir, comme dans les chansons, une addition de l'ingénieux Blount. D'ailleurs, il constitue un simple résumé (fort obscur à la place qu'il occupe) de ce qu'Endimion raconte et explique longuement à la fin de la pièce : on ne voit pas bien quel avantage Lyly aurait eu à ajouter cet inutile hors-d’œuvre.
les yeux, la provoquait au mal; l’autre, le visage triste et constant dans la seule douleur, les bras croisés et les yeux humides, semblait plaindre mon sort, mais n'osait pas intervenir pour empêcher l'acte de violence...
Lorsque la dame eut longtemps débattu en elle-même, la pitié l'emporta sur la colère; et sur son visage céleste apparut une si divine majesté, mêlée d'une si suave douceur, que je fus ravi par ce spectacle au delà de toute mesure, et que je souhaitai pouvoir jouir de ce spectacle éternellement. Mais elle partit avec les autres dames, dont l’une gardait toujours une inexorable cruauté, l’autre une constante pitié...
Après elle, apparut aussitôt un vieillard à la barbe aussi blanche que neige, portant à la main un livre à trois pages, et comme il me souvient, il prononça ces paroles : « Endimion, reçois ce livre à trois pages en lequel sont contenus des conseils, une politique et des dessins » ; là-dessus il m'offrit le livre que je repoussai. Alors, müû par une dédaigneuse pitié, il déchira la première page en mille fragments. Une seconde fois il m'offrit le livre et je refusai encore. Sur quoi, fronçant les sourcils, et attachant ses yeux au sol, comme s'ils étaient fixés à la terre et ne s’en devaient plus détacher, puis, soudain, les levant au ciel, dans un accès de fureur, il déchira la seconde page et m'offrit le livre qui n'avait plus qu'une page. Soit crainte d’offenser, soit curiosité d'apprendre quelque chose d'étrange, je pris le livre et alors le vieillard disparut.
Cinthia. — Et qu'imaginas-tu être dans la dernière page ?
Endim. — Avec un tremblement glacé dans tous les membres, je vis, peints au naturel, de nombreux loups qui hurlaient contre toi, Cinthia, et qui, après avoir aiguisé leurs dents pour mordre, dans leurs efforts se blessaient à mort. Là, Je pus voir l'ingratitude aux cent yeux fixés sur les bienfaits, et aux mille dents rongeant les entrailles
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qui l'avaient nourrie; la trahison, toute de blanc vêtue et le visage souriant, tandis que ses deux mains étaient tetes de sang ; l'envie, au visage pâle et décharné (son corps était si maigre que l'on aurait pu nombrer tous ses os, et son vêtement si déguenillé qu'il était facile d'en compter chaque fil) tirait contre les étoiles et ses dards lui retombaient sur la face. Là je pus apercevoir des frelons ou escarbots, je ne sais comment les nommer, qui se glissaient sous les ailes d’un aigle princier et qui, transportés dans son nid, cherchaient à sucer ses veines pour le tuer. Je m'émerveillai que des êtres aussi vils pussent tenter un acte aussi barbare ou imaginer une chose aussi sanguinaire { ».
1. « Me thought I sawe a Ladie passing faire, but verie mischeeuous; who in the one hande carryed a knife with which shee offered to cut my throte, and in the other à looking-glasse, wherein seeing how ill anger became Ladies, shee refrained from intended violence. She was accompanied with other Damsels, one of which with a sterne countenance, & as it Were with a setled malice engrauen in her eyes, prouoked her to execute mischeefe : an other with visage sad and constant onelie in sorrow, with her armes crossed, and watery eyes, seemed to lament my fortune, but durst not offer to preuent the force...
After long debating with her selfe, mercie ouercame anger; and there appeared in her heauenly face such a diuine Maiestie, mingled with a sweete mildenes, that I was rauished with the sight aboue measure, and wished that 1 might haue enioied the sight without end; and so she departed with the other Ladyes, of which the one retained still an vnmoueable crueltie, the other a constant pittie..
After her immediatly appeared an aged man with a beard as white as snow, carying in his hand a book with three leaues, & speaking as I remember these words. Endimion, receiue this booke with three leaues, in which are contained counsels, policies, and pictures : and with that he offered mee the booke, which I reiected : wherwith, moued with a disdainefull pittie, hee rent the first leafe in a thousand shiuers; the second time hee offered it, which I refused also; at which bending his browes, and pitching his eyes fast to the ground, as though they were fixed to the earth, and not againe to be remoued — then sodainlie casting them vp to the heauens, he tore in à rage the second leafe, and offered the booke only with one leafe. I know not whether feare to offende, or desire to knowe some strange thing, moued mee : I tooke the booke, and so the olde man vanished.
Cynthia. What diddest thou imagine was in the last leafe?
End. There portraid to life, with a colde quaking in euery ioynt, I behelde many wolues barking at thee Cynthia, who hauing ground their teeth to bite, did with striuing bleede themselues to death. There might I see ingratitude with an hundred eyes, gazing for benefites, and with a thousand
Le développement et la complication que Lyly a donnés à ce rêve attestent l'importance qu'il y attachait, et à la lecture, en effet, il est impossible de ne pas avoir l'impression que ce passage est gros de sens symbolique, qu'il est en quelque sorte le foyer où ont convergé les différents traits de l’allégorie. Pourtant il ne semble pas jusqu'ici qu'on ait fait effort pour le faire entrer dans le cadre des interprétations proposées; c'est à peine si l'on a cherché à en donner une explication. Rattaché aux événements exposés plus haut, il prend une signification parfaitement claire, en même temps que se justifie l'introduction de ce horsd'œuvre dans l'intrigue. Il y avait, en effet, dans le développement des négociations, certains points qu'il était bien difficile de traduire en action, parce qu'ils touchaient aux pensées intimes des deux principaux intéressés. Comment, par exemple, exprimer d’une manière dramatique les raisons qui avaient enfin décidé Jacques à se tourner vers l'Angleterre ; et, d'autre part, comment laisser entendre les sentiments éprouvés par la reine en apprenant le brusque arrêt des pourparlers. C'est là ce qu'était chargé d'exprimer le rêve d'Endimion. La dame au poignard est évidemment Elizabeth, emportée d’abord par sa colère et finissant par céder à la pitié’; les deux damoiselles sym-
teeth, gnawing on the bowelles wherein shee was bred. Trecherie stoode all cloathed in white, with a smyling countenance, but both her handes bathed in blood. Enuye with a pale and megar face (whose bodie was so leane, that one might tell all her bones, and whose garment was so totterd, that it was easie to number euery thred) stood shooting at starres, whose dartes fell downe againe on her owne face. There might I beholde Drones, or Beetles, I knowe not howe to terme them, creeping vnder the winges of a princely Eagle, who being carried into her neast, sought there to sucke that veine, that woulde haue killed the Eagle. I mused that thinges so base, shoulde attempt à facte so barbarous, or durst imagine a thing so bloody. And manie other thinges Madame, the repeticion whereof may at your better leysure seeme more pleasing » (V, i, 81-136).
1. Bond, dans une note (Lyly, Works, III, 515), a suggéré une explication ressemblant à celle-ci sur plusieurs points. M. Greg lui a objecté (Modern Language Quarterly, April 1903) que la dame ne pouvait pas représenter
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bolisent les sentiments qui se livrent combat dans son âme t. Le rôle du vieillard représente les efforts que fit la diplomatie anglaise pour regagner Jacques?. Les deux refus d'Endimion correspondent à l'obstination de Jacques, qui repoussa tout d'abord et conseils et projet d'alliance; son acceptation de la troisième page explique l'attitude plus conciliante qu'il adopta ensuite. À la vue des nombreux dangers qui assaillent Elizabeth — attaques des révoltés, des envieux, des jésuites surtout (les frelons ou escarbots), qui essayent d’attenter à la vie d'Elizabeth (l'aigle princier)$ — touché sans doute de remords et, peut-être, songeant que de pareils dangers le guettent, il se décide à donner satisfaction à l'Angleterre. Que cette explication du revirement de Jacques ait été vraie ou fausse, peu importe ; elle répondait assurément au point de vue anglais et à la version officielle que la Cour avait intérêt à répandre.
Cette interprétation nouvelle est, on en conviendra, satisfaisante pour l'esprit. Nous n'avons plus à supposer chez l’auteur une audace inexplicable; Lyly n'est pas allé fureter jusque dans l’alcôve royale pour en exposer les secrets inavouables. Comme ïl l'avait déjà fait dans Sapho & Phao, comme il le fera encore dans Midas, :l a dramatisé des événements connus de tous, car ils s'étaient
Elizabeth, car l’auteur n'aurait pas osé appliquer à la reine l’épithète de « mischievous ». Mais le mot, au XVIe siècle, n’a pas nécessairement un sens péjoratif; il peut signifier tout simplement « qui à l'intention de faire du mal ». Et, par contre, le passage où Lyly parle de la « divine majesté » et de la « suave douceur » qui illuminent le visage du personnage ne peut guère s'appliquer qu’à Elizabeth.
1. A moins qu’elles ne représentent Tellus et Floscula. Ce serait alors dire que Marie excita Elizabeth contre Jacques, tandis que la personne figurée sous le nom de Floscula se serait montrée pleine de pitié pour lui. C’est peu vraisemblable.
2. Bond voit dans Lord Burghley le prototype de ce personnage.
3. C’est l’époque où se multiplièrent les complots catholiques contre Elizabeth (Voir Froude, History of England, XI, passim).
passés au grand jour, et dont la représentation ne pouvait que flatter l'amour-propre de la reine, car ils constituaient un gros succès pour sa diplomatie. Cette interprétation a, en outre, l'avantage d'embrasser tous les détails essentiels? de l'intrigue principales. Nous n'avons pas été obligés, pour l'établir, d'ignorer certaines parties embarrassantes ou contradictoires. Il n’a pas non plus été nécessaire, pour lui frayer un pénible chemin, de couper au travers d'innombrables inconsistances : les faits historiques et les incidents dramatiques sont, au contraire, venus se ranger docilement côte à côte en une harmonieuse concordance, en sorte que les premiers, même après les transpositions qu'ils ont dû nécessairement subir du fait de la symbolisation, sont toujours facilement reconnaissables dans les seconds. C’est ainsi qu'il en doit être dans toute allégorie dramatique. Car je ne puis admettre le principe, souvent exprimé au cours de pareilles tentatives d'explication, selon quoi l’auteur aurait un droit imprescriptible à l'obscurité 4. L'on invoque bien, il est vrai, l'exemple de Spenser ; mais ce témoignage ne fait que révéler la fai-
1. Sur les raisons et la nécessité de cette alliance, voir Froude, History of England, XI, 491, 520.
2. Je pense, en effet, comme le Prof. Baker, que tous les caractères n'avaient pas nécessairement un prototype. Je ne proposerai donc pas une liste complète d’identifications. — En ce qui concerne l’assimilation de Corsites et de Sir Amyas Paulet, on pourrait se demander pourquoi Lyly a rendu ce personnage amoureux, alors que Sir Amyas Paulet résista toujours avec une farouche vigueur aux Cajoleries de sa prisonnière. Il faut, sans doute, faire ici la part de l’humour : le trait devait être fort amusant pour ceux qui connaissaient la sévérité du geôlier de Marie Stuart. De même, en donnant Tellus comme femme à Corsites, Lyly laissait entendre que Marie Stuart allait être plus que jamais la prisonnière de Sir Amyas Paulet.
3. IL y à une seconde intrigue dont un soldat fanfaron amoureux, Sir Tophas, est le héros (Voir plus haut l’analyse de la pièce).
4. C’est, en effet, un des arguments que l’on invoque souvent pour écarter tous les incidents qui contredisent une explication proposée. Voir, à ce sujet, la jolie boutade de M. Swinburne, rapportée par M. Sidney L. Lee dans The Topical Side of the Elizabethan Drama, p. 6 (New Shakespere Society Transactions, 1887-1892, Pt. I).
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blesse de l'argument. Je ne crois pas, en effet, exprimer une idée bien subversive en affirmant qu'une allégorie faite pour êlre Jouée n'obéit pas aux mêmes lois qu'une allégorie faite pour être déchiffrée dans le silence du cabinetf. À la lecture, l'esprit peut à son aise s'arrêter quand bon lui semble ; son attention est-elle éveillée, il peut sonder et peser les mots à allusion; il lui est loisible de revenir en arrière, de conférer deux passages éloignés et qui séclairent réciproquement. Dans ce travail, la réflexion est souveraine; elle peut sans contrainte user de ses droits au vagabondage et à la fantaisie. Et pour mettre en branle celle faculté, point n'est besoin que l’allégorie s'impose avec une clarté aveuglante; tout au contraire, il n'est pas mauvais que le sens symbolisé se présente entouré d’un certain voile qui excite la curiosité et le désir de comprendre. C'est ainsi que Spenser a pu, dans sa Faerie Queene, compliquer son allégorie principale de deux ou trois secondaires qui, à tout instant, viennent en travers de la première, détruisent parfois son effet, et jettent toujours sur l'ensemble un véritable élément de trouble. Mais au théâtre, il n'en va pas de même. Ici, la réflexion n’a pas le temps de s'exercer. Dans le déroulement rapide de l'action et des jeux de scènes, l'esprit est obligé d'interpréter instantanément et spontanément les images perçues par le sens de la vue. Toute incertitude, toute obscurité sont fatales aux intentions de l'auteur, car si la chaîne que l’entendement était en train de tresser vient à se rompre,
1. On pourrait encore ajouter qu'il y a une grande différence entre une allégorie satirique et une allégorie qui à pour but la flatterie. Dans le premier cas, l’auteur est obligé de résoudre un problème assez difficile : il doit être compréhensible et éviter, en même temps, de donner prise aux châtiments qu’il pourrait encourir. Dans le second cas, au contraire, on ne voit pas bien pourquoi il voilerait ce qu'il sait devoir plaire. Les seuls ennemis que Lyly pouvait redouter étaient ceux qu'il a ridiculisés; mais ceux-là n'étaient pas atteints par l'allégorie proprement dite.
c'en est fait de l'allégorie tout entière; désorienté, dans ses efforts pour ressaisir l'idée qui l'abandonne, le spectateur ne fera que s'empêtrer davantage dans ses incompréhensions. De là vient qu'à l'opposé du poèle ou du romancier, l'auteur dramatique doit présenter son allégorie avec une netteté et une clarté parfaites, sans quoi l'homme le plus subtil pourrait fort bien suivre le spectacle sans même se douter que la fiction qu'on lui présente est simplement un voile transparent jeté sur la réalité t,
Le fait de pouvoir dire enfin que Lyly s'est conlormé à ces lois de la bonne allégorie dramatique n'est pas, si l'on y veut bien réfléchir, l'un des moindres arguments en faveur de ma démonstration,
1, C’est pour cela que les « moralités » sont toujours des modôles de clarté et de logique.