Voir Appendice B
2. Probablement après l'avoir retouchée. Voir, plus haut, p. 138, n. 1. 3. Presque sans la modifier (Cf. plus loin, p. 317).
LOVE’S METAMORPHOSIS. MIDAS 193
d'Erisichton est donné comme une des conditions du pardon des nymphes rebelles.
Cette comédie pastorale n'est pas sans charme ; les scènes spirituelles el piquantes y abondent et, comme Gallathea, elle est tout embaumée des senteurs parfumées des bois. Elle est cependant moins intéressante à cause de son sujet que parce qu'elle marque chez Lyly une attitude nouvelle devant l'amour. Le vieux refrain de la chasteté ne se lait plus entendre, pour ainsi dire, qu'à la cantonade. Et toutes les fois qu'il est repris, c’est fort irrévérencieusement et presque pour défier cette vertu. Les petites revêches qui font profession d’indifférence sont obligées de céder à la loi universelle. À Diane ou à Cinthia a succédé Cérès, déesse de la fécondité, protectrice du mariage. La nouvelle divinité encensée par Lyly reconnaît le pouvoir de Cupidon et s’humilie devant lui : « Ceux qui trouvent étrange », dit-elle, « que la chasteté se fasse humble devant Cupidon, ne connaissent ni le pouvoir de l'Amour, ni la nature de la virginité ; l’un ayant autorité absolue pour commander, l’autre de la difficulté à résister. Là où existent de continuelles guerres entre l’amour et la vertu, il faut qu'il y ait des pourparlers et des périls continuels. Cupidon n’a jamais été conquis et par conséquent doit être flatté; la virginité a été soumise et par suite doit être humble ? ». En vertu de ces principes, Cérès ne cesse
1. Voir la tirade de Fidelia : « So that there is nothing more hatefull then to be chast, whose bodies are followed in the world with lust, and prosecuted in the graues with tyrannie; whose minds the freer they are from vice, their bodies are in the more daunger of mischiefe; so that they are not safe when they liue, because of mens loue; nor being chaunged, because of their hates; nor being dead, because of their defaming. What is that chastitie which so few women study to keep, and both gods and men seeke to violate? If onely a naked name, why are we so superstitious of à hollow sound? If a rare vertue, why are men so carelesse of such an exceeding rarenesse? » (I, ii, 107-116).
2, « But let vs to the Temple of Cupid and offer sacrifice; they that thinke it straunge for chastitie to humble it selfe to Cupid, knowe neïther the power
de prêcher à ses nymphes le respect de Cupidont. C'est bien le petit dieu aveugle qui est le personnage important de la pièce. Il se dresse fier de sa toute-puissance, divinité éternellement jeune qui mène à son gré le monde des mortels. C’est lui que l’on va implorer; c'est lui qui punit ou pardonne. Nous sommes loin du dieu fustigé et prisonnier de Sapho & Phao ou de Gallathea. Love's Metamorphosis est un hymne en l'honneur des droits de la passion; c'est un véritable « triomphe de l'Amour », à la manière de Pétrarque ?.
Cette comédie fut jouée en 1588 par la troupe des Paul's Boys3. À la même année appartient le seul fait biographique que nous possédions sur cette partie de la vie de notre auteur. La reine, enfin reconnaissante du soin que Lyly avait pris de lui plaire, daigna lui donner les premières preuves de sa « gracieuse faveur ». Elle l’admit au nombre de ses serviteurs, et elle « fortifia » cette marque de sa bienveillance en lui laissant espérer qu'il pourrait un Jour obtenir la survivance du poste de Master of the Revels“.
of loue, nor the nature of virginitie : th’one hauing absolute authoritie to commaund, the other difficultie to resist : and where such continuall warre is betweene loue and vertue, there must bee some parlies, and continuall perils : Cupid was neuer conquered, and therefore must be flattered; Virginitie hath, and therefore must be humble » (II, i, 38-45).
1. « Well, let vs to Cupid; and take heede that in your stubbernesse you offend him not, whome by entreaties you ought to follow. Dianas Nymphes were as chast as Ceres virgines, as faire, as wise : how Cupid tormented them, I had rather you should heare then feele; but this is truth, they all yeelded to loue » (II, i, 74-78).
2, On a voulu voir dans le personnage de Cérès une représentation allégorique d’Elizabeth. On s'explique assez difficilement que Lyly ait mis dans la bouche de la reine des idées aussi contraires à celles qu’elle professait, et c’eût été la flatter étrangement que de la montrer humiliée devant l'amour. D'ailleurs, tout nous indique que cette pièce ne fut pas jouée à la Cour. Le titre ne porte pas comme d'ordinaire la date de représentation et Lyly n’aurait probablement pas qualifié sa pièce de « courtly » s’il avait pu dire qu’elle avait été jouée à la Cour.