C'est-à-dire l'Angleterre
3. « Drya. Tis true, yet since Mydas grew so mischeuous, as to blurre his
diademe with blood, which should glister with nothing but pittie: and so miserable, that hee made gold his god, that was framde to be his slaue,
LOVE'S METAMORPHOSIS. MIDAS 203
À l'expression de celte vérité, les bergers prennent de l'assurance. Leurs voix se font moins craintives et elles finissent par se hausser à un brouhaha d’accusations, de ricanements et de remarques malignes
«© Amynt. Eh bien! voici ce que je dis. Quand un lion dégénère de sa race princière au point d'imiter les bêtes, je dis que ce n’est pas un lion, mais un monstre; composé de la ruse du renard, de la cruauté du tigre, de la voracité du loup, de la dissimulation de l’hyène, il est digne d'avoir des oreilles d'âne.
Men. Il cherche à conquérir Lesbos et comme un sot joueur qui possède un plein sac, il le hasarde pour gagner un liard.
Cor. Le pêcheur qui veut prendre Lesbos doit avoir un filet de bois tel que tous les arbres de la Phrygie ne suffiralent pas à en faire le lest, ni tous les bois de la Pisidie à en fournir le liège.
Driap. Non, il la veut pêcher avec un hameçon d'or et un appât d'or et atteindre ainsi avec un appât agréable le poisson qui s'échappera des mailles du filet.
Amyn. Allons donc, ces insulaires sont trop subtils pour mordre à la ruse et trop riches pour avaler un trésor; si c'est là son espoir, il pourrait aussi bien plonger jusqu'au fond de la mer pour en rapporter une ancre de mille livres
manie broad speeches haue flowen abroad : in his owne Countrey they sticke not to call him Tyrant, and else where vsurper. They flatly say, that he eateth into other dominions, as the sea doth into the land, not knowing, that in swallowing a poore Iland as big as Lesbos, he may cast vp three territories thrice as big as Phrygia : for what the sea winneth in the marshe, it looseth in the sand » (IV, ii, 8-17).
1. Ce passage est intraduisible, et mieux vaut conserver toute la bizarrerie de la phrase. Lyly veut dire que la marine espagnole (comparée à un wooden net) ne sera jamais assez puissante pour s'emparer de l'Angleterre, même si Philippe transformait en navires tous les bois de ses forêts. Les mots cod et cork ne font allusion à rien de précis, et continuent seulement l’image du filet. Je tiens à dire une fois pour toutes que je ne suis pas toujours responsable de l’obscurité que l’on pourra relever dans plusieurs des traductions qui suivent.
que peiner pour corrompre avec son or un peuple aussi sage. En outre, c’est une nation, à ce qu'il paraît, tellement vaillante qu'elle est toujours plus prête à attaquer qu'à se défendre.
Cel. Il y a mieux que cela, Amintas (bien que nous osions à peine le murmurer) ; leur roi est un personnage qui de sa majesté éblouit les yeux les plus perçants, intimide par son courage les plus vaillants et par sa vertu emplit le monde d’étonnement. Si la beauté va au delà de la vue, si l'assurance est au-dessus de la valeur, si la vertu dépasse le miracle, que faut-il penser sinon que Midas veut miner par la simplicité humaine ce qui a été fixé au roc par la prévoyance des dieux ! » ?
Puis c'est Midas qui vient faire lui-même une émouvante confession, où il énumère tous ses crimes. Il reconnaît sa soif inextinguible de l'or et son ambition folle; il avoue ses déprédations et sa tyrannie sanguinaire; il proclame piteusement l'échec de tous ses projets :
1. « Amynt. Well, then this I say, when a Lion doeth so much degenerat from Princely kind, that he wil borow of the beasts, I say he is no Lion, but a monster; peec’ä with the craftines of the fox, the crueltie of the tyger, the rauening of the woolfe, the dissembling of Hyena, he is worthie also to haue the eares of an asse.
Menal. He seekes to conquere Lesbos, and like a foolish gamester, hauing a bagfull of his owne, ventures it all to winne a groat of another.
Cor. Hee that fishes for Lesbos, muste haue such a woodden net, as all the trees in Phrygia wil not serue to make the cod, nor all the woods in Pisidia prouide the corks.
Drya. Nay, he meanes to angle for it with an hook of gold and a bait of gold, and 50 to strike the fish with a pleasing bait, that wil slide out of an open net.
Amynt. Tush! tush ! those Ilanders are too subtil to nibble at craft, and too riche to swallowe treasure : if that be his hope, he may as wel diue to the bottome of the sea, and bring vp an Anchor of a thousand weight, as plod with his gold to corrupt a people so wise. And besides, à Nation (as I haue heard) so valiant, that are redier to strike than ward.
Cel. More than al this Amintas (though we dare not so much as mutter it), their king is such a one as dazeleth the cleerest eyes with Maiestie, daunteth the valiantest hearts with courage, and for vertue filleth all the worlä with wonder. If beautie goe beyond sight, confidence aboue valour, and vertue exceed miracle, what is it to be thought, but that Mydas goeth to vndermine
LOVE’S METAMORPHOSIS. MIDAS 205
« Misérable Midas, aussi malavisé dans ton souhait qu'infortuné dans ton succès ! O soil inextnguible de l'or, qui change en plomb les têtes des hommes et les rend stupides; qui transforme leur cœur en fer et les rend avides; qui charme leurs yeux et les aveugle ! Moi qui possédais des mines d'or je n'ai été satisfait que lorsque mon esprit, lui aussi, à été une mine. Les trésors de la Phrygie, les tributs de la Grèce et les montagnes de l'Orient, dont les entrailles sont d'or, n'ont-ils donc pu rassasier d'or ton esprit? L'ambilion mange de l'or et boit du sang ; elle monte si haut sur la tête des autres hommes qu'elle se casse le cou. Que ferais-je d'un monde, alors que mon corps devra se contenter de sept pieds de terre ? Pourquoi ai-je ambitionné tant de couronnes, n'ayant moi-même qu'une tête ? Ceux qui s'emparaient de petits vaisseaux en mer, Je les tenais pour piratest; et moi qui supprimais des flottes entières, je me disais conquérant, comme si les vols de Midas se pouvaient déguiser sous le nom de triomphes, tandis que le trafic des autres nations s'appelait déloyauté. Tu t'es engraissé de massacres comme Diomède repaissait de sang son cheval, si inextinguible était ta soif et si lourde ton épée. J'ai toujours porté deux livres sur ma poitrine, les appelant le poignard et l'épée, et dans lesquels les noms de tous les Princes, nobles et gentilshommes étaient voués au massacre ou encore (ce qui est pis) à l'esclavage. O mes seigneurs ?, quand je me rappelle mes cruautés en Lycaonie, mon usurpation en Gétulie, mon oppression à Sola 3, je ne trouve ni pitié dans mes conquêtes, ni raisons
that by the simplicitie of man, that is fastened to a rock, by the prouidence of the gods » (IV, ii, 25-53).
1, Allusion aux exploits de Drake.
2. Il s'adresse à ses conseillers Mellacrites, Martius et Eristus.
3. Halpin a supposé que la Gétulie, la Lycaonie et Sola représentent le Portugal, les Pays-Bas et autres pays tyrannisés par Philippe II (0beron's Vision, p. 104).
à mes guerres, ni mesure dans mes impositions. J'ai écrit mes lois avec du sang; je me suis fait des dieux avec de l'or ; j'ai transformé le sein des mères en tombeau pour leurs enfants; j'ai fait nager les berceaux dans le sang comme des bateaux et j'ai changé les temples des dieux en bordels pour les putains. N'’ai-je point fait gémir la mer sous le nombre de mes vaisseaux et n'ont-1ls pas été détruits si bien qu'il n’en est pas resté deux pour composer un nombre? N'’ai-je point jeté mes sujets dans un camp comme des bœufs dans une charrette, ces sujets que J'ai d'abord rendus esclaves par des guerres injustes, et que j'emploie maintenant comme esclaves à toutes les guerres ? N'ai-je point excité les sujets des princes, mes voisins, à détruire leurs rois légitimes t ? telles les mites qui mangent le drap où elles sont nées, ou les vipères qui rongent les entrailles d’où elles sont sorties, ou les vers qui dévorent le bois où ils ont été engendrés. Sur quel royaume n'ai-je pas prétendu avoir des droits, comme si j'avais été créé par les dieux héritier présomptif du monde, transformant toute bagatelle en titre et tous les territoires autour de moi en iraîtres ? ».
1. Plusieurs tentatives avaient été faites, à l’instigation, semble-t-il, de Philippe Il, pour assassiner Elizabeth et le prince d'Orange; ces tentatives avaient été particulièrement fréquentes dans les années qui précédèrent la venue de l’Armada espagnole (Motley, United Netherlands, I, 341).
2. « Miserable Mydas, as vnaduised in thy wish, as in thy successe vnfortunat. O vnquenchable thirst of gold, which turneth mens heads to lead, and makest them blockish ; their hearts to iron, and makest them couetous; their eyes to delight in the view, and makest them blinde in the vse. I that did possesse mynes of golde, could not bee contented till my minde were also a myne. Could not the treasure of Phrygia, nor the tributes of Greece, nor mountaines in the East, whose guts are gold, satisfie thy minde with gold? Ambition eateth gold, & drinketh blood; climeth so high by other mens heads, that she breaketh her owne necke. What should I doo with a world of ground, whose bodie must be content with seauen foote of earth? or why
did I couet to get so manie crownes, hauing my self but one head? Those ” that tooke small vessells at the sea, I accompted Pyrates ; and my selfe that suppressed whole Fleetes, a Conquerour : as though robberies of Mydas might masque vnder the names of triumphs, and the traffique of other Nations bee
LOVE’ S METAMORPHOSIS. MIDAS 207
Au spectacle de l'ennemi humilié, clamant lamentablement sa honte, les Anglais de l’époque revivaient toutes les émotions de la victoire. C'était comme un second triomphe, goûté tout à loisir, où se carraient en un mélange conlus, mais plaisant, les haines depuis longtemps accumulées et la joie profonde d'avoir échappé à un péril si grand, les griefs si souvent articulés, aujourd'hui confirmés de façon éclatante, et la jouissance malsaine et âpre de piéüner l'adversaire qui n'était plus à craindre. Mais quel frémissement d'orgueil devait passer dans toute la salle lorsque Midas finissait sa lirade par un éloge enthousiaste de la petite île au gouvernement merveilleux contre laquelle sa puissance formidable était venue se briser
« J'ai voulu jeter un pont d'or sur cette île où toute ma marine n'avait pu faire une brèche. Ces îles, j'ai désiré les toucher pour les transformer en or et me rendre glorieux. Malheureux Midas, tu péris par ce même moyen par lequel tu espérais conquérir les autres ! Tu es maintenant
called treacherie. Thou hast pampred vp thy selfe with slaughter, as Diomedes did his horse with blood ; so vnsatiable thy thirst, so heauie thy sword. Two bookes haue I alwaies carried îin my bosome, calling them the dagger, and the sword ; in which the names of all Princes, Noblemen, and Gentlemen were dedicated to slaughter, or if not (which worse is) to slauerie. O my Lords, when I call to minde my cruelties in Lycaonia, my vsurping in Getulia, my oppression in Sola : then do I finde neither mercies in my conquests, nor colour for my warres, nor measure in my taxes. I haue written my lawes in blood, and made my Gods of golde; I haue caused the mothers wombes to bee their childrens tombes, cradles to swimme in blood like boates, and the temples of the Gods a stewes for strumpets. Haue not I made the sea to groane vnder the number of my ships : and haue they not perished, that there was not two left to make a number? Haue I not thrust my subiects into a Camp, like oxen into a Cart; whom hauing made slaues by vniust warres, I vse now as slaues for all warres? Haue not I entised the subiects of my neighbor Princes to destroy their natural Kings? like moaths that eate the cloth in which they were bred, like vipers that gnawe the bowels of which they were borne, and like woormes that consume the wood in which they were ingendred ? To what kingdome haue not I pretended clayme? as though I had been by the Gods created heire apparant to the world, making euerie trifle a title; and all the territories about me, traitours to me, etc. » (III, i, 3-43).
devenu la risée du monde, un objet de mépris pour ce petit prince, et, pour toi-même, ta destruction. Un petit prince, Midas ? non, un prince protégé par les dieux, par la nature, par sa propre vertu et par l'obéissance de ses sujets. Toutes les trahisons n’ont-elles pas été découvertes par miracle el non par prévoyance ? Cela les dieux le revendiquent. Le pays n'est-il pas emmuré de vagues énormes ? Voilà la part de la nature. Ce prince n'est-il pas, dans le monde entier, un objet d'étonnement à cause de sa sagesse et de sa modération? Voilà ce qui revient à sa propre force. Est-ce que tous ses sujets (comme des abeilles) n’accourent pas en essaim pour protéger la reine { des abeilles ? Voilà ce que maintient leur fidélité ? ». C'est à la fin de la pièce qu'était porté le coup le plus rude à l'orgueil du vaincu. Par la bouche d’Apollon, l’auteur donnait à Philippe des conseils pleins d’insolence
« Ne pèse pas dans une même balance et l’or et la justice, D'une même main ne décide pas et la guerre et la paix. Que ta tête se contente d’une seule couronne
Et prends soin de garder un seul ami.
L’ami dont tu voulus faire un ennemi,
Le royaume que tu voudrais être le monde,
1. Le texte à : King; mais Lyly n’a eu aucune intention particulière en employant ce mot au lieu de Queen, qui est le terme usuel; comme dans la description des abeilles qu'il à faite dans Euphues and his England (Works, IT, 44-45), il a suivi Pline qui emploie le mot : Rex (Historia Naturalis, XI, xxiv).
2. « À bridge of gold did I mean to make in that Iland where all my nauie could not make à breach. Those Ilandes did I long to touch, that I might turne them to gold, and my selfe to glorie. But vnhappie Mydas, who by the same meanes perisheth himself, that he thought to conquere others : being now become a shame to the world, a scorne to that petie Prince, and to thy self a consumption. À petie Prince, Mydas? no, à Prince protected by the Gods, by Nature, by his own vertue, and his Subiects obedience. Haue not all treasons beene discouered by miracle, not counsell? that doo the Gods chalenge. Is not the Countrie walled with huge waues? that dooth Nature claime. Is hee not through the whole world a wonder, for wisdome and temperance? that is his owne strength. Doe not all his Subiects (like Bees) swarme to preserue the King of Bees? that their loyaltie mainteineth » (III, i, 46-60).
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La main que tu armes de force,
L'or que tu tiens pour un dieu,
Tout cela vainera, tombera, se contractera, deviendra commun, Par la force, par l’orgueil, par la crainte, par le trafic.
S1 ceci te plaît, sois débarrassé des oreilles d’âne,
Sinon, agite à jamais des oreilles d'âne 1. »
Dans un acte suprême d’humilité, Midas acceptait ces conseils et promettait de les observer : « Je m'aperçois (et 1l n'est pas trop tard) que Lesbos ne peut être atteinte par l'or, ni par la force; que les dieux l'ont plantée en dehors du monde afin qu’elle ne soit régie par personne au monde. Bien que ma main soit d’or, Je ne dois pas songer à l'étendre au-dessus de l'Océan. Bien que mes soldats soient vaillants, je ne dois pas en conclure que mes querelles sont justes. Il n’y a pas d'autre moyen d'assurer la couronne sur la tête de ma fille que de laisser reposer en paix les couronnes sur la tête des autres ? ».
C'est bien là ce que pensait l'Angleterre, dans le vertige de son triomphe enorgueillissant et dédaigneux ; el en se faisant l'interprète éloquent de cette conviction où
1. « Weigh not in one ballance gold and iustice, With one hand wage not war and peace.
Let thy head be glad of one Crowne.
And take care to keep one frend.
The frend that thou wouldst make thy foe, The kingdome thou wouldst make the world, The hand that thou doest arme with force, The gold that thou doest think a god, Shall conquere, fall, shrinke short, be common : With force, with pride, with feare, with traffick. If this thou like, shake off an Asses eares : If not, for euer shake an Asses eares » (V, iii, 81-99).
2, « I perceiue (and yet not too late) that Lesbos wil not be touched by gold, by force it cannot : that the Gods haue pitched it out of the world, as not to bee controlde by any in the world. Though my hande bee golde, yet I must not thinke to span ouer the maine Ocean. Though my souldiers be valiant, I must not therfore thinke my quarrels iust. There is no way to nayle the crowne of Phrygia fast to my daughters head but in letting the crownes of others sitte in quiet on theirs » (V, iii, 101-108).
chantaient les espoirs de la nation tout entière, pour la première fois, Lyly s'était élevé au-dessus des mesquines et menues intrigues de cour qui avaient, jusque-là, alimenté la plupart de ses œuvres dramatiques ; il avait échappé, peut-être sans s’en douter, à l'atmosphère étouffante et viciée des antichambres royales: il s'était presque haussé jusqu’au rôle de poète national.
LYLY ET MARPRELATE
Lyly avait à peine achevé cette pièce, où il glorifiait son pays avec une si enthousiaste émotion, qu'il se trouva engagé dans une besogne bien différente, et que l’on hésiterait à qualifier de littéraire si elle n'avait, malgré tout, mis en relief les ressources variées de son talent. Délaissant pour un instant les succès de théâtre et les applaudissements flatteurs du public aristocratique, au risque d’éclabousser son pourpoint de soie, il se jeta dans la tumultueuse et aigre mêlée d’une dispute religieuse. C'est en 1588, en eflet, qu'éclata la controverse connue sous le nom de « Marprelate ». À vrai dire, il faudrait remonter plus loin dans le passé pour trouver l'origine de cette querelle. Les germes de dissension avaient été jetés le jour où Elizabeth dota son pays d'une religion mi-partie, savant amalgame de catholicisme et de protestantisme. La recette liturgique de la reine n'avait pas été reçue par tous les Anglais avec une égale patience. Il y avait un petit groupe de réformateurs, disciples ardents et belliqueux de l'école de Genève, qui, de toute la force de leurs espoirs déçus, regimbaient contre ces demi-mesures. Ils voulaient effacer de la surface de l'Angleterre les derniers vestiges du papisme ; et, dans la pompe extérieure du culte, dans la hiérarchie avec ses évêques tout-puissants, aussi riches que peu zélés, ils retrouvaient encore plus haïssables et plus dangereux, parce que déguisés, la charpente, l'âme et les vices de la vieille religion. Les Puritains — c'est le
nom que l’on donnait déjà à ce groupe de mécontents — avaient tout d'abord essayé, par la persuasion et la controverse , de convertir à leur haine le pays et même le gouvernement ; mais des polémiques comme celles que Cartwright et Travers engagèrent avec l'épiscopat avaient un caractère trop spécial et n'intéressaient que les initiés des deux partis. C’est alors que voyant l'insuccès de leurs efforts ils résolurent de porter par un coup d'éclat la question devant le pays tout entier ou, pour employer l'expression de l’un d’entre eux, de jeter « un corrosif sur la blessure ? ».
L'attaque fut prompte. Prenant comme texte une volumineuse défense de l’épiscopat en seize livres et quatorze cents pages %, un puritain, s’abritant sous le pseudonyme de Martin Marprelate 4, fit paraître coup sur coup, vers le mois de novembre 15885, deux petits in-quarto aux titres fougueux 6, imprimés aux frais dudit Martin Marprelate,
1. Thomas Cartwright et Walter Travers sont les ancêtres de Marprelate et il est nécessaire de connaître leurs œuvres si l’on veut comprendre le mouvement dont la « Marprelate » est l’aboutissement. Je ne puis naturellement pas entrer dans les détails de cette controverse, pas plus que dans ceux de la « Marprelate » proprement dite. Je me contenterai de renvoyer à Neal, History of the Puritans; Dexter, The Congregationalism of the last three hundred years; Maskell, History of the Marprelate ; surtout à Arber, Introductory Sketch to the Marprelate Controversy; à W. Pierce, An Historical Introduction to the Marprelate Tracts, et à J. D. Wilson, The Marprelate Controversy, dans la Cambridge History of English Literature (Vol. III, ch. xvii).
2. John Field to Mr. Pearson (Cité par Dexter, Congregationalism, 133).
3. À Defence of the Government established in the Churche of England, par le Dr John Bridges, publiée en 1587, en réponse à un pamphlet anonyme intitulé À Briefe and plaine declaration concerning the desires of all. faithfull Ministers (1584).
4, On n’a pas démontré d’une façon concluante quelle était la personne qui se cachait sous ce pseudonyme. On admet généralement que les pamphlets publiés sous ce nom furent écrits soit par John Penry, soit par Throckmorton, peut-être par les deux. Au cours de ce chapitre, je continuerai à traiter Marprelate comme l’unique et mystérieuse personne que le ou les auteurs ont voulu être.