‹ John PayneChapitre 19 sur 105 · Autobiographie, p · texte numérisé non relu

Autobiographie, p

d’estoe et de taille pour ma défense ». Cette expression d'ellégresse si naïve et si puérile à la fois est caractéristique du cœur du poète.

Mr Wright avait réussi à braver le lion dans son antre car Payne, bien qu’il se tint coi, pouvait encore se battre à l’occasion. L’histoire.citée par Mr Wright à cet égard est digne de mention. « Un certain professeur Robertson Smith, avait déclaré que la traduction des Mille Nuils et une Nuil faite par Payne n’était pas d’après des manuscrits arabes, mais d’après des traductions allemandes. Payne lui envoya là-dessus les mots suivants écrits dans la langue arabe : € Pour toi, pour moi et pour le médisant il y aura un jour solennel et un tribunal ». Depuis l’année 1905, Mr Wright faisait de fréquentes visites à 10 Oxford Road Kilburn et entretenait avec Payne une correspondance continuelle. Il a décrit d’une manière pittoresque les entours domestiques du poète, et a présenté au public les chats de Payne. Celuici avait une affection démesurée pour les chats. Il considère le chat comme l’animal du poète surtout, ce qui rappelle les vers de Jules Lemaître à ce sujett. Les « exquises vertus » que Lemaître accorde aux chats, furent vraiment les vertus caractéristiques de Payne, c’est-à-dire, un certain scepticisme et un naturel doux. « L’affection qu'il avait pour eux, nous paraît peut-être excessive : Il les avait baptisés de noms pompeux et singuliers : sa vraie nature, il ne l’a guère montrée qu’à quelques amis d'élite et à ses chats. Il y en eut un qu'il appelait Partie, qu’il aima pendant des années et qui est chanté dans ses vers. Un autre avait nom« Feridoun », nom qui rappelle les vers-bien connus.

« Twas Feridoun by Heaven ordained Who first the world from vice restrained. »

Si l’on remplace le mot « vice » par le mot « mice » les vers deviennent bien justes.

1. Ton amour clairvoyant el peut-être éphémère Me plaît et je salue en toi calme penseur Deux exquises vertus : scepticisme et douceur ».

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Le jardin de Payne ressemblait à un taillis tellement les branches des poiriers étaient entrelacées. Là, il se plaisait à fuir le bruit du monde. Ses appartements étaient remplis de meubles anciens et orientaux. Tout ce qui se trouvait chez lui, et tout ce qu'il y faisait avait sa raison d’être spéciale. Le thé mélangé par lui-même était transvasé à travers plusieurs filtres d’argent et servi avec une gravité rituelle. Quoiqu'il vécût d’une manière simple il fut néanmoins épicurien.

Mr Wright raconte un diner où il y avait sur la table dixsept sauces différentes. Payne était expert à combiner les sauces. On a déjà mentionné son talent pour la musique.ll adorait Liszt dont il avait fait connaissance, mais il détestait Sullivan, Tchaikowsky et Brahms. Il appelait Liszt, Wagner et Berlioz « The Thunderers Three ». Il proclamait la Symphonie fantastique de Berlioz écrite en 1830, le type et modèle transcendants de toute la musique romantique.

11 allait peu dans le monde. Chaque dimanche soir il avait pris l’habitude de visiter son ancien ami le docteur Nix, à Weymouth Street. Rien ne valait le plaisir qu’il éprouvait avec les enfants qui s’enthousiasmaient pour lui.

Ses jugements sur les personnalités et des propos littéraires sont, pour la plupart, concis, tranchants et lumineux. En voici quelques exemples. Mr Wright, causant une fois avec Payne de FitzGerald et du Club « Omar Khayyam » hasarda de dire que « toute excuse est bonne pour justifier un festin littéraire ». Payne riposta : « N'est-ce pas que la plupart des allusions dans les critiques ont été à faire pitié. On y appelle le poète persan Omar. Cela vaut autant que de faire allusion aux pièces de William au lieu de dire les pièces de Shakespeare. Le mot Omar correspond à notre nom de baptême. « Kheyyam » (l’accent tonique sur la seconde Syllabe) ne veut pas dire fabricant de tentes? ».

A propos de la littérature générale, il observait que « Dryden se déclare pour le progrès. Il est technicien. C’est le Bee-

1. Humoristica, John Payne. Première série, p. 11. 2. Tous les Fletcher en Angleterre ne sont pas de nos jour fabricants de flèches.

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thoven de la poésie. Il s'est évanoui et ne reste que comme un jalon dans l’histoire de la littérature, mais nous lui sommes fort obligés tout de même ». À propos de Swinburne il s’écria une fois : « Lorsqu'il était jeune et qu'il s’enivrait il - faisait de beaux vers; maintenant qu’il est rangé il n’écrit rien qui vaille ». Les connaissances de Payne furent profondes et étendues. Il lisait beaucoup et malgré l’application assidue qu’exigeait son travail quotidien, il réussit à lire un roman par jour.I{l était gourmet et insistait pour quetoute sa nourriture fût de la meilleure qualité; il s’amusait avec des cigarettes qu’il avait lui-même fabriquées maladroitement au lieu de les fumer. Il lisait à haute voix ses propres poèmes devant Mr Wright qui avait l’habitude de montrer sa désapprobation de certaines stances en gardant un complet silence dont Payne comprenait la signification. Il était toujours à l’affût pour remarquer l'effet d’un vers sur son auditoire.

Cette habitude rappelle Molière. Payne qui faisait grand cas du jugement de Mr Wright se laissa aller quelquefois à des suppressions, à des adoucissements de certains passages dans les recueils de poèmes écrits après 1905. Mr Wright, bien qu’il fût plus jeune, tenait l'emploi d’un frère aîné.

Il blâma certaines stances dans Zbn el Tefrid qui,à son avis, raillaient FitzGerald et étaient par conséquent indignes de Payne. Celui-ci défendit les mêmes stances avec âpreté:; mais il les omit plus tard dans la seconde édition en 1910. Payne dans une conversation avec sa sœur préférée Mrs Pritchard, à propos de cet incident, a dit : « En somme, le conseil que m’a donné Mr Wright fut sage ».

Comme Swinburne il aimait à lire à haute voix ses poésies, et il avait la manie bizarre de se contracter l'épaule de plaisir pur, et de demeurer longtemps sur les syllabes finales des vers qui lui plaisaient.

Lorsque Watts-Dunton que Payne appelait toujours Watts, à cause d’un préjugé enraciné qu’il avait contre l’af-

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fectation prétendue dans l'emploi des noms doubles, entendit parler de la fondation de la société John Payne, il en fut ‘ très content. Dans une lettre du 1% juin 1905 à Mr Wright il écrit: «Jesuis charmé d’apprendrequ'’il y a un«John Payne Society », car j'ai souvent invectivé contre un monde littéraire, comme le nôtre, qui connaît à peine l’existence d'un de nos meilleurs poètes ».

La première réunion de la société John Payne eut lieu à Forest Gate le 12 août 1905. Swinburne et le docteur Garnett parmi d’autres envoyèrent des messages sympathiques. À cette époque, Payne donna d’autres exemples de cette hypocondrie qui ressemblait beaucoup au « morbid self esteem ». Mr Wright le pria de lui accorder la permission d’écrire un court résumé des détails de sa vie pour Who’s Who. Après avoir dit dans sa réponse qu’il y avait eu un article sur lui dans Men of the Times pour l’année 1884, lequel n'avait jamais reparu depuis que Mr Washington Moon était devenu rédacteur en chef, il dit à propos de celui-ci : « C’est, je suppose, un des ennemis nombreux et inconnus que mon existence seule semble faire naître contre moi detous côtés 1.» Il refusa enfin de laisser paraître son nom dans Who’s Who.

Dans cette année Payne se décida à composer et à traduire une anthologie complète de la poésie française intitulée : Flowers of France. Il tenait à faire une traduction isométrique en vers anglais des poèmes représentatifs du xri° siècle jusqu’à présent. Elle devait renfermer :

19 2 vols. The Dawn (la poésie depuis le xr® jusqu’au xve siècle).

20 1 vol. The Renaissance (Ronsard à St-Amant).

39 1 vol. The Dark Ages (les xvue et xvirre siècles).

49 2 vols. The Romantic Period (Hugo à Leconte de Lisle).

59 2 vols. The Laller Days (La dernière partie du xix® siècle et le commencement du xx® siècle).

De ce projet ambitieux, 1l a pu exécuter avant sa mort les numéros ?, 4 et 5; c’est-à-dire cinq volumes. Les premiers

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