A ON
écrits, mais qu’il avait grande envie de les jeter tous au feu, puisqu'il avait à ce moment-là perdu la ressource de son public privé. Cette lettre passablement triste finit par une expression virgilienne pathétique « sunt lacrimæ rerum ».
Son ami dévoué, le conseiller de sa jeunesse, le docteur Garnett mourut dans cette même année. Ce fut à cette époque aussi qu'un professeur de la langue hébraïque s’adressa à Payne pour exécuter une traduction de la Sainte Bible. Payne avait pour cela toutes les qualités requises — maître d’un anglais irréprochable, orientaliste de premier ordre et en outre poète d’un talent considérable —. Il refusa cependant, sentant que la tâche dépassait les forces de sa vieillesse. Le troisième volume de Flowers of France fut publié au mois d'avril 1907. Dans la même année il entreprit une version anglaise d’un roman arabe intitulé The Marvellous Hislory of Seif ben Dhi Yezn qui lui fut envoyé par son ami Yacoub Artin Pasha. Il la mit de côté cependant, pour compléter Flowers of France et pour écrire des poésies. Pendant les mois d’avril et de juin 1907, l'inspiration poétique lui revint et il fait mention dans une lettre du 30 juin 1907 d’un total de 221 poèmes. Une autre période survint durant les mois de janvier et de février 1908. Entre la Noël de 1907 et le mois de février il écrivit plus de mille cinq cents vers. Carol and Cadence renfermant quelques-uns de ses meilleurs poèmes fut imprimé au mois de mars 1908. Les ballades Rimes of Melisande, The Wrath of Venus et The Dealh of Hafiz proclament sa maîtrise et il n’est pas difficile de comprendre la grande réputation qu'avait eue Payne, dans ce genre de production poétique. On a dit de Payne, qu’il est sans pareil dans l’art d’écrire les ballades. Ce volume exhale le parfum de son amour pour sa chère Helen. On y trouve bon nombre d’allusions à la beauté, à la grâce, à la séduction de sa personne, et au charme de son esprit. II y donne même son nom et la date de sa mort. Dans Her Grave on ressent le pathétique d’un crépuscule mystérieux, hanté par leson des cloches de l’angélus.
DOVE Au
« Quiet is the night
And the moon upon the waves is shining shining
And its oh, my love, my love I’m pining pining For your sight. »
« You left me long agone For the sleep that hath no earthy waking waking And its oh, my heart, my heart is aching aching . For the dawn. »
Ce volume a été appelé par Mr Wright non sans de bonnes raisons le Vila Nuova de Payne. A la fin du volume se trouve l’annonce d’une traduction projetée des poèmes de Leopardi, qui selon Payne fut le premier poète de l'Italie après Dante. Cependant, l’œuvre promise ne parut point.
Une critique de Carol and Cadence dans le Birmingham Post lui fit beaucoup de plaisir. C'était certainement la critique la plus élogieuse qu’il eût reçue depuis de longues années. Après avoir loué nombre de poésies, le critique poursuit : « Pour se faire une idée des hauteurs où Payne peut atteindre à l’occasion, il faut lire un poème tel que De Profundis. Un poète a le droit d’être jugé sur sa meilleure œuvre. La meilleure poésie de Payne est la meilleure qu’aucun poète vivant puisse offrir ». Lorsque Mr Wright le visita le 30 juillet 1908, Payne lut beaucoup de ses dernières poésies qui devaient paraître dans Flower O’the Thorn et sa traduction des Quatrains of Ibn et Tefrid qui consiste en cent trente-et-une strophes exprimées à la manière philosophique de FitzGerald, mais dont la perspective n’est pas, comme chez celui-ci, restreinte au «carpe diem ». Zbn et Tefrid, œuvre originale de Payne manque certainement de la musique enchanteresse de FitzGerald, mais elle parcourt une plus vaste étendue d’expérience humaine, dans son rythme plus mâle. Beaucoup de stances sont belles, mais à tout prendre l'élément philosophique est trop lourd pour son véhicule poétique. Les influences de Nietzsche et de Schopenhauer y sont évidentes. La réponse de Payne, dans une lettre du 8 août, à la critique de: Jbn et Tefrid faite par Mr Wright est lumineuse ; elle donne en
NGC js
même temps la raison d’être du poème. Payne y dit: « jugé du point de vue artistique, les quatrains doivent rester tels qu'ils sont. Leur charme principal est le mélange inséparable d'humour téméraire (brutal si vous voulez) avec le pathétique et le subtil; le sublime se cachant derrière le masque du grotesque ».
Payne comme Dickens, qu’il admirait fort, et dont il chantait les louanges dans Trinilas Angelica' fut durant toute sa vie vrai fils de Londres. Il célébrait en vers la capitale dans toutes ses phases et donna à ses aspects communs de tous les jours — les pelouses de Kensington Gardens « chez soi » de Peter Pan, les pigeons de la rue, les danses aux sons de l'orgue de Barbari, etc.? — un enchantement romanesque. Il y découvrait les tragédies journalières de la ville comme dans Quia Mulium Amavwil.
Flower O’the Thorn est dédié à la mémoire bien-aimée de Swinburne qui mourut le 10 avril 1909. Payne témoigna pour lui une affection sincère, mêlée d’une admiration profonde. Il paraît étrange, néanmoins que, bien que des messages bienveillants fussent transmis de temps en temps aux deux poètes par Mr Wright, qui visitait tantôt « The Pines » où Swinburne demeurait avec Watts-Dunton, tantôt 10 Oxford Rd. Kilburn, ni l’un ni l’autre ne se firent visite durant ces années.
Quant Payne visitait les Nix, il s’abandonnait à une orgie d’huîtres lorsque c'était la saison et quelquefois toute la famille l’accompagnait (surtout aux jours fériés) au restaurant Pagnam pour souper de homards.
Malheureusement pour Payne quarante exemplaires seulement de l’édition limitée à 300 de Flower O’'the Thorn furent souscrits. Ce fut un rude coup pour lui, surtout au moment où son fonds de réputation s’augmentait. Mr Wright lui écrivit une lettre pleine de sympathie et de sages conseils, destinée à guérir l’accès d’abattement qui en résulta.
1, Vigil and Visions, p. 65.