‹ John PayneChapitre 24 sur 105 · EME UE · texte numérisé non relu

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Payne, bien qu'il fût pessimiste, fut patriote aussi ardent que Swinburne, mais il se révèle aristocrate, plutôt que démocrate. Il fut du nombre des penseurs qui, plusieurs années avant la Grande Guerre, déploraient la disparition de la jeunesse virile du « bon vieux temps ». L'ouverture des hostilités en 1914 démentit cette idée fausse et populaire. Payne fut le premier à rétracter ses idées fausses. Ses paroles furent parfois prophétiques. Dans Brilannia Coram Barbaris écrit en 1908, il avait prédit la menace allemande et le triomphe final de l'Angleterre sur cet ennemi redoutable.

« Sad the day will be for Europe, sadder for the subject world;

When thy lions cease to ramp it, when thy rainbow flag is furled.

When the empery of the nations, passes from the nation’s friend

From the frank freehearted Briton to the sour sardonic wend.

Yet despite his strength and cunning little cause there were to [dread

This thy new rapacious foeman, if as our sovereign Shakespeare [said

To ourselves ve thee our Mother, we thy children rest but true If the heart of England oiden, beat again in Engiand new ».

Il y a des allusions à Helen dans Phanlom Quest et dans Walls of Severance (Flower O’the Thorn). En 1909 furent publiés, en petit nombre, des vers railleurs modelés sur les chansons enfantines au sujet de quelques hommes politiques et de quelques écrivains. Dans la première série il fait la caricature de plusieurs membres du parti radical, entre autres Lloyd George, Winston Churchill, Augustus Birrell, Campbell Bannerman, Asquith, John Burns, John Morley, Kier Hardie, etc. Dans la seconde série se trouvent le docteur Macnamara, W. Redmond, Hilaire Beloc, G.B. Shaw, James Bryce, T. P. O'Connor. etc. Il y a aussi des vers sur divers perturbateurs du sommeil, le cocher de nuit, le charbonnier, et l’autobus est baptisé le moderne Jaggernaut.On peut citer comme exemple de ce genre de raillerie les vers suivants au sujet du professeur A. T. Quiller Couch.

Le Netaiquee

© Mr Couch since your name is A. T.

Why carry à deck load of Quiller Why pile up four names upon three.

Mr Couch since your name is A. T.

What ship to Posterity’s sea Aver steered with a hyphen for tiller Mr Couch since your name is A. T.

Why carry a deck load of Quiller. »

Payne qui avait le bon gros rire rabelaisien et qui y tenait beaucoup comme à une soupape de sûreté, pour son âme accablée de l'injustice et des inégalités de la vie (voir son Risus Solamen) devient néanmoins, comme dit Mr Wright, tout à fait sardonique, lorsqu'il s’exprime par écrit. Sa facilité extrême dans l'emploi des mots, son choix spontané de l’épithète la plus appropriée et la plus mordante sont probablement la cause de cette différence chez lui entre la parole et le mot écrit. Miss Brereton, sa garde-malade, pendant sa dernière maladie, rappelle que, bien qu’il fût aveugle, il se fendait tout à coup, pour lutter contre quelque bête noire imaginaire, et il éclatait de rire comme pour se moquer aussitôt de sa propre impuissance.

Au mois de janvier 1910, il quitta 10 Oxford Road Kilburn pour aller à Kingswood Mortimer Crescent, Kilburn Priory, afin d'éviter autant qu’il pouvait le tapage de la circulation et des cloches d'église. Il s’exprimait avec admiration au sujet des Tures qui avaient empêché les chrétiens de l'Orient de troubler la campagne par le son des cloches d'église.

Ce fut là, qu’il commença à faire sa version du poète juif allemand Henrich Heine, qui selon lui fut le premier poète de l’Allemagne sans excepter Gœthe. Il avait dans sa jeunesse traduit quelques-unes de ses poésies. Il l’estimait surtout pour son inspiration spontanée, sa fantaisie pathétique et sa touche délicate. Il le mit au-dessus de Burns et s’appela une fois « Heine Redivivus ». Il dédia ce recueil de traductions à son ami d'autrefois Sir Edward Burne-Jones, qui l'avait constamment pressé d'accomplir cette œuvre. Le volume

parut en 1911, renfermant un poème original intitulé The Grave at Montmartre qui sert d'introduction. Payne fut le premier poète à traduire en anglais la poésie de Heine, et il soutenait toujours qu'il fallait un poète pour traduire un poëte. Payne a su certainement entrer dans l’esprit volage et délicat de Heine, mais quand le volume fut publié à l’automné de 1911, « mirabile dictu ! » pas une seule critique dans la presse ! On l’ignora de parti pris.

En avril 1910 son ancien ami Henri Cazalis, médecin et poète vint de France pour visiter Payne. Flowers of France (The Latter Days) est dédié à Cazalis qui mourut en juin 1910. Ce fut dans ce mois aussi, que le frère du poète William mourut. A cette époque Payne souffrait beaucoup d’insomnies. Il visita Harrogate pour prendre les eaux avec sa sœur Mrs Pritchard invalide aussi, et sa garde malade Miss Brereton; mais cette visite ne lui profita guère. Pendant ce qui lui restait à vivre, il devint tout à fait ermite. I était péniblement frappé par l'indifférence du public et par la perte de ses anciens amis. Dans une lettre à Lady Dewis du 28 août 1898, à l’occasion de la mort de Sir Edward Burne- Jones il avait écrit : « Hélas ! après cinquante ans nos pieds à chaque pas se heurtent aux tombeaux de nos plus chers amis, et la vie ne devient plus qu’une question de souvenirs ». L’ennui de Tithon l’obscurcissait. Rappelons ici son voyage à Paris avec Mrs Pritchard et Miss Brereton à l’automne de 1913. Il visita les tombes de ses anciens amis, Gautier, ‘ Banville, Leconte de Lisle et y disposa des couronnes. D'’après Miss Brereton il éprouva une grande émotion, et elle dit : « sur le tombeau de Banville, au cimetière de Montparnasse se lisent ces mots : « Venez petits oiseaux, chanter sur mon tombeau » et il y avait des oiseaux qui y chantaient ». Une charmante journée d'automne fut un cadre approprié à la dernière visite de Payne en France.

Excepté quelques tours en auto en Devonshire, Gloucestershire et en Warwickshire en été Payne passa le déclin de sa vie à son propre foyer, et quoiqu'il restât extrêmement jeune de corps et d'intelligence, il vivait comme Swinburne

NS

parmi ses livres bien-aimés et ses souvenirs du passé. Dans. la solitude paisible de sa maison un de ses chats a vécu pendant dix-huit ans. Il était musicien accompli, et dans ses dernières années est devenu quelque peu amateur des sonates de Beethoven. Il le jugeait le précurseur de la musique moderne, mais non le représentant. Il tolérait les œuvres de Rubenstein et de Coleridge Taylor et avouait même qu’Elgar avait peut-être du talent. Le seul événement d'importance de ces années fut une période d'inspiration poétique survenue au printemps de 1912.Bien qu’il eût soixante-neuf ans, sa fantaisie de jeune homme ‘se tourne d’un vol léger vers les pensées de l'amour, non pas la sensualité de Swinburne dans sa jeunesse, mais la passion la plus raffinée, quintessence de ses réflexions de beaucoup d'années sur la force motrice de la jeunesse. Son amour pour sa chère Helen continua immuable jusqu’à la fin, comme celui deBrowning qui écrivit un sonnet quand il apprit les observations caustiques de FitzGeraldi à propos de Mrs Browning morte depuis 28 ans. Les effusions de sa muse sous la forme de sonnets furent parfaitement spontanées, et ces sonnets surtout résument sa philosophie. On a déjà dit que la publication en fut retardée par l’ouverture des hostilités entre les deux champions de 1870. Le manuscrit des sonnets fut envoyé à la maison de E. J. Brill à Leyde en Hollande et les épreuves adressées à Payne, mais le livre ne parut qu'après sa mort. Comme nous l’avons déjà remarqué à propos de Ibn el Tefrid il semble que la philosophie exprimée dans ces sonnets soit quelquefois trop lourde pour le sonnet. Son biographe, pendant qu’il écrivait la vie du docteur Isaac Watts, devint presque aveugle et ne put visiter Payne comme autrefois. Ils ne cessèrent pas cependant de correspondre. Les dernières années de Payne furent assez dépourvues d’incidents, mais quelques-unes de ses observations à propos des littérateurs célèbres, qu’il exprimait de temps en temps dans

1. Life and Letters of Edward FitzGerald. — « La mort de Mrs Browning m'est plutôt un soulagement, il faut l’avouer ! Plus d’Aurora. Leighs, Dieu merci ».

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