Lettres de Burton à Payne, n
2. Mention marginale, Life of Burton. T. Wright, vol. 11, p. 137.
3. Edinburgh Review, art. VI, n° 335, juillet-octobre 1882 Par le mot romantique, Payne entendait l’ardeur et la fougue des poètes de cette
école,
John Payne D
vers des Nuits et en a gâté ainsi le charme le plus pénétrant. La prose de Payne est infiniment supérieure à celle de Lane, au point de vue de l’énergie et de la concision, et beaucoup de ses traductions en vers plaisent à l'oreille — perles de poésie incrustées dans le métal d’une prose dont elles égaient la monotonie. Lorsque Sherkan, par exemple, monté sur son coursier Luca ben Shemlout, est sur le point de charger, les vers d’une tournure archaïque, qu’il récite, rendent beaucoup plus frappante l’image évoquée dans l’esprit 1.
« I have à sorrel horse, right swift and eath to guide, Shall give [thee of its
Might what fthou mayst ill abide
Ay, and à limber spear I have, full keen of point, As t’were the
[dawn of
Deaths upon its shaft did ride.
And eke a trenchant sword of Ind, which when I draw Thou’dst
| [deem
That levins flashed, and darted far and wide. »
Ce qui suit est un beau spécimen de sa traduction en vers, dans lequel 1l reproduit le système de rime arabe (le dernier vers de tous les couplets se termine par la même rime).
« I say to my love, whilst the wine cup is here, And the thousand voiced bird in the coppice sings clear. How long this delaying from gladness? Awake !
For life’s but à loan for à day or a year
So take thou the cup from the loveling’s white hands Whose languishing lids are as those of a deer?. »
Les plus heureux effets de Burton en ce sens semblent bien pâles auprès de ceux de Payne. Mr Wright prend comme exemple de cette différence, des vers du premier volume des Mille Nuits et une Nuit.
k 1. Night, C. X., vol. II, p. 148, The Thousand Nighis and one Night. Jobn ayne.
?. Vol. IX, p. 2. The Thousand Nights and one Night, John Payne.
AR nr RE
Payne chante dans une langue imagée et riche la belle Jeu ne fille qu'on emporte dans son cercueil de cristal.
« She shines out in the dusk, and lo ! the day is here, And all the trees flower forth with blossoms bright and
[clear, The sun from out her brows arises, and the moon, When she unveils her face, doth hide for shame and fear ».
Burton traduit le même passage dans les vers suivants :
« She rose like the morn as she shone through the night And she gilded the grove with her gracious sight From her radiance the sun taketh increase, when She unveileth and shameth the moonshine bright. »
C’est ici l’ombre de la poésie ce n’en est pas Le corps.
La version en prose des vers arabes par Lane semble bien insipide auprès des versions en vers des mêmes passages par Payne. Par exemple, Lane dit: «If I have been faulty in my affection for you, and committed a deed of shameful nature. I repent of my offence and you clemency, Will exten to the evil doer who craveth forgiveness.
Payne a traduit la même pensée de la manière suivante :
« If I have sinned in aught that's worthy of reproach Or if I've made default against the love of you. Lo ! I repent the fault : so let thy clemency
The sinner comprehend, that doth for pardon sue. »
C'est tout à fait la même idée, à laquelle l'harmonie de la versification donne plus de relief et de charme.
Nous avons déjà dit que Burton, dans sa traduction, a copieusement exploité Payne. Dans son Life of Sir Richard Burion en deux volumes, Mr Wright reconnaît que dans la première partie de l'ouvrage, la version de Burton n’est guère qu’une paraphrase de celle de Payne, dans la dernière par-
AE
tie c’est Payne altéré et gâté. En effet, Burton copia des pages entières de Payne, des milliers de phrases, sans y changer même un seul mot. Au jugement de Mr Wright : « Partout où il y a des différences la version de Payne est invariablement la plus claire, la plus belle et la plus élégante des deux. Des critiques! ont reconnu dans la presse que Mr Wright a réussi à prouver sa thèse. Payne,sans doute, aurait gardé le silence, malgré l’assertion que la version de Burton était plus correcte que la sienne, par égard pour la mémoire de son ami intime et estimé, mais lorsque le docteur Richard Garnett, lui-même un de ses amis, écrivit dans le huitième volume de Poels and Poetry of the Century de Miles, que « vu la longue pratique qu'avait Sir Richard Burton de l'arabe familier, sa version des Mille Nuiiset une Nuit doit être selon toute probabilité plus correcte que celle de Payne », cette goutte d’eaufit déborder la coupe et cette fois Payne perdit patience.
Dans l'introduction? de son Omar Kheyyam il riposte : « La vérité, réellement, est absolument contraire à ce que le docteur Garnett et d’autres prétendent; la connaissance qu'avait le capitaine Burton de l’arabe littéraire, connaissance indispensable pour réussir dans la tâche dont il s’agit était (comme ce galant homme ne manqua pas de le reconnaître lui-même, quand il connut mon œuvre) très inférieure à la mienne, et sa traduction, par conséquent, est beaucoup moins correcte que la mienne, surtout la partie où il ne put être guidé par ma traduction ». Après avoir rappelé qu'il avait été en quelque sorte dans sa version un pionnier, à l’époque où les dictionnaires arabes étaient à la fois rares et misérablement incomplets il porta ce défi, qui n’a pas encore été relevé. « Je n'hésite pas » dit-il, «à affirmer sans crainte d’une contradiction autorisée, que ma version est de beaucoup plus correcte que toute autre qui existe ».
Comme traducteur littéraire, Payne, dans les Nuits, est hors ligne. « Ses versions de Villon, des Mille Nuits et une Nuit