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que Swinburne était à Oxford, et très passionné pour Victor Hugo, tantôt écrivant une ode à Giuseppe Mazzini, tantôt fou de Rossetti ou de William Morris, la passion des langues chez Payne s'était accrue de jour en jour, ainsi que son talent poétique. Il fit des traductions d’une douzaine de langues; le français (y compris le vieux français), l’allemand, le latin, le grec, le turc, l'arabe et le persan.
Avant l’âge de dix-neuf ans, il avait fait des traductions en vers de toutes les œuvres de Dante, du Magico Prodigioso, de Calderon; de l’Hermann el Dorothée, de Gœthe; de la seconde partie de Faust, du Nathan der Weise de Lessing, et quelques autres poèmes.
Rossetti, lui aussi, n'avait que dix-neuf ans quand il écrivit The Blessed Damozel. Payne garda sa version de Dante pendant des années, mais il la détruisit à l’âge de soixantesept ans. À dix-neuf ans il n’avait encore écrit que très peu de poésies originales. C’est à la suite de la lecture des douze premiers essais de Ralph Waldo Emerson, en 1862, l’époque où Payne s’était établi à Londres dans le cabinet d’un avoué, que le désir d'écrire des vers s’est réellement éveillé en lui. Il apprit presque par cœur les Essays et il avait l'habitude de les porter toujours sur lui.
Comme Swinburne, il fut fasciné par Wordsworth, et par Landor et ses Hellenics. Dans Collected Poems, tome II, page 243 on trouve un poème au sujet de Landor intitulé The Dead Master. I] se passionna pour Keats et pour Shelley, et eut une prédilection pour Men and Women de Browning.
Payne demeura alors avec un certain Mr Nix, qui, dépourvu d'imagination, était néanmoins optimiste incorrigible. Le pessimisme, uni à une imagination ardente, prédominait chez Payne. Il resta toute sa vie l’ami dévoué de la famille Nix.
Quand il demeurait 37, Marylebone Street, il rendait souvent visite au Priory, North Row St. John’s Wood, et se trouvait fréquemment en compagnie de George Eliot et de George Henry Lewis. Le portrait réussi qu’il fait d'eux est ca-
ractéristique de son observation, de son humour et de sa pénétrante psychologie. Il décrit George Henry Lewis comme «un mannequin marqué de petite vérole avec de petits tire-bouchons graisseux » et George Eliot, « comme possesseur d’une figure semblable à une louche » ajoutant que l’habitant le plus attrayant de la maison est le boule-dogue, qui « à côté de Lewiset de George Eliot paraît tout à fait élégant ».
Les affaires de Mr Payne, le père,s’étaient relevées un peu à cette époque et il demeurait à Ardwick House où Payne faisait de temps en temps des visites. [1 aimait à jouer du violon accompagné au piano par sa mère et n’était jamais plus heureux que lorsqu'il jouait avec ses frères et sœurs tout en les amusant. Cette période assez calme de sa vie prit fin quand,son engagement par contrat fimi, il fut reçu avoué en 1867.
Il s’associa ensuite, avec la maison Newman and Payne, 13 Clifford’'s Inn, et resta l’associé de Mr Newman pendant des années: on le considérait comme habile dans sa profession, surtout dans la procédure de la Cour de la chancellerie. En 1875 il rompit son association avec M. Newman et ouvrit une étude à son propre compte 3 Clifford’s Inn. Les trois ou quatre ans qui s’écoulèrent après qu'il eut été reçu avoué furent mémorables. C’est alors qu’il noua des relations amicales destinées à avoir sur lui par la suite beaucoup d’influence. Il rencontra surtout, Mrs Helen Snee, la femme de Frederick Snee, commis-voyageur en brasserie. Elle devait inspirer Payne comme Beatrice avait inspiré Dante. Elle fut son inspiratrice, non seulement pendant sa vie très courte, — car elle mourut de la phtisie pulmonaire en 1879 — mais encore durant une période de près de trente ans après sa mort.
Elle fut aussi l’inspiratrice de deux autres, O’Shaughnessy que l’on croyait fils naturel de Lord Lytton le romancier, et John Trivett Nettleship. Celui-ci robuste et à la taille énorme, était disciple de Blake et héritier de son mysticisme: celui-là était poète visionnaire d'apparence fragile.
Avec Payne, ces deux hommes, types aussi opposés que
DEN à Le Ar
le sont les deux pôles, formèrent, au dire de Mr Wright « le Triumvirat ». Ils devinrent d’intimes amis. Tous trois furent parmi les dévots de Rabelais et leur coterie littéraire se fonda et s'élargit. Ces amis se réunissaient au Featherstone Club à l'hôtel Featherstone Southampton Row London. Rabelais, lui-même eût goûté l'humour exprimé dans la devise P. B. Ÿ. O. B.: qui ornait tous leurs programmes.
On lisait des essais de critique au club. Nettleship en lut un sur Browning qui fut publié en 1868, O’Shaughnessy un sur la critique, Lyall un sur Hafiz, et Payne un sur Rabelais. Payne se passionna pour Wagner et ce fut lui?, dit-on, qui contribua à faire connaître ses opéras, non seulement au cercle mais au public. Ce fut une confrérie d’admirations mutuelles et sincères; on s’y dédiait réciproquement des ouvrages. Ils se servaient même du sonnet pour répandre leurs louanges.
À cette époque ils faisaient des visites fréquentes chez Dr Richard Garnett*. On remarquera que ce fut alors que Payne reçut son premier encouragement littéraire.
Anthony Troilope, le romancier, accepta bon nombre de ses poésies pour le magazine de St Paul. Ces aspirants littéraires et artistiques n’évitaient pas les singularités ordinaires à ces cénacles. Payne affecta des cravates presque décolorées, aima les cheveux longs, mais on ne dit pas qu'il ait rivalisé avec Nettleship dont la révolte contre son temps se manifestait par son usage de se promener de bonne heure dans Regent’s Park, sans chapeau ni bottes. Payne encore jeune portait la barbe. Il était fort réservé, de taille svelte et moyenne, ayant des sourcils lourds et marquants. Il aimait surtout les cravates et les mouchoirs de couleur éclatante. « Il ressemblait à un contemporain d’Elisabeth, transporté au xx® siècle ayant perdu en route sa fraise et ses manches à crevés 4 » comme dit Mr Wright en le rencontrant pour la
1. Please Bring Your Own Bloater (Prière d'apporter votre hareng saur). 2. Life of John Payne, T. Wright, p. 22.