‹ John PayneChapitre 62 sur 105 · ADR CARS · texte numérisé non relu

ADR CARS

le ruisseau — « chatter over stony ways, babble into eddying bays », et « babble on the pebbles ». La combinaison de mots d'origines anglo-saxonne et romane produisit dans ses vers un effet harmonieux à cause de la juxtaposition des polysyllabes fluides et des monosyllabes brusques. Pour rendre le mouvement de son récit plus rapide et plus coulant il a fait usage du vers trochaïque au lieu de l’iambique, surtout dans ses ballades. Sa prédilection pour l’idiome anglo-saxon et l'emploi qu'il en fait toutes les fois qu’il le peut, avaient pour effet d’accentuer plus de syllabes dans un vers.

Sa poésie qui traite en général de la mystique et des douces émotions de la vie en tira profit. Non pas qu'il évitât l'emploi d'un mot d’origine étrangère, pourvu que ce fût le mot propre. Il ne se faisait pas scrupule d’user des mots latins et français qui s’accordaient exactement avec les besoins de la rime et du sens. Mais l’emploi de ces mots étrangers fut,chez lui, beaucoup plus exact que celui de Barham dans l’Ingoldsby Legends! qui fait rimer le mot anglais « hand» avec «Louis-le-Grand »,« l’écu avec do»,«fear» avec «preux chevalier », (random » avec « desperandum » et Wordsworth dans ce vers.

« May no rude hand deface it And its forlorn hic jacet*® ».

Payne avait toujours égard à la valeur phonétique de chaque mot placé à la fin d’un vers. Dans le Romaunt of Sir Floris inspiré par quelques lignes de Le voilier des Histoires Provençales, on lit ces vers.

« 1 pray you pardon it to me Wherefore Christ hearten you I say Et Dieu vous doint felicité.

« That'in its gay and golden dress Was ever symbol of largesse »

1. The Ingoldsby Legends, The Black Mousquetaire, p. 121, Barhana, 2. Memorial of a Tour in Scotland, n° 6, Wordsworth,

AT

Ses rimes sont pour la plupart assez riches et sonores. Elles satisfont l'oreille, mais son emploide la terminaison du gérondif en «ing » à la fin de ses vers, comme rime féminine et muette, tend à produire un effet monotone, quoiqu'il l'ait fait exprès, comme dans les vers suivants :

«€ Weary of strife without end for the paining That which no man on earth ever won Weary of hoping, where hope there is none Worn with unfruitful aspiring abstaining

Jaded with travail and toil unattaining ? ».

Il a employé des rimes qui satisfont l’œil plutôt que l’oreille, bien qu’on ne püt l’accuser de rimes aussi bizarres que les suivants : — C’est Dryden qui a écrit : «

« Beauty and youth and wealth and luxwry And sprightly hope and short endeing joy »

Byron aussi s’est permis d'écrire :

« But oh ! ye Lords of ladies intellectual Inform us truly, have they not henpecked you ali

et Browning en a fait autant dans ces vers :

« An hour they sat in council At lenght the Mayor broke silence For a guilder, l’d my ermine gown sell I wish I were à mile hence ».

Si l’on examine de plus près les rimes de Payne auxquelles on peut trouver à redire, on voit que ces rimes, qui le plus souvent ne plaisent qu'aux ÿeux, sont dues à unecertaine prononciation « cockney? » ce qui prouve plus que toute autre chose que Payne était vrai londonien. Il n’y a qu’un londonien, un « cockney » par surcroît qui puisse faire rimer

par exemple le mot « hand » avec le mot « end ».

1. Faint yet Pursuing, The Way of the Winepress, J. Payne p. 22, 2, Cf. « Parigot ».

« How Death the Sower is and in his hand.

The seeds of future Being hath and so They look on him as friend and not as foe See in him the beginning not the end!.

« I feel your kisses on my face Your kisses sweet and warm Your love is in the burial place 1 fear nor cold nor worm2 ».

€ With us full instant was to enter there For that therein keeping madmen were * ».

« At your grave I bend the knee Where beneath the clay you sleep your narrow cell in And with my lips to earth I whisper « Helen Helen Speak to me ».

1H y a quelques exemples, cependant, dans l’œuvre de Payne qui ne sont point des « cockneyisms » et qui sont bien ‘rares chez lui. En voici quelques-uns :

« Enough.

Is there in Lethe of narcotic stuff To salve the soul storm-tossed in Life’s tempestuous trough ? *

« Her weight did lack upon his back He trembled as he stood

It seemed as ’t were à death cold air Did freeze the courser’s blood 5 ».

Payne aurait peut-être justifié cette dermère rime, en disant qu’elle était bonne au temps de Shakespeare, et que celui-ci en a fait usages; mais il faut avouer que c’est une faute aujourd’hui.

. The Sower, The Way of the Winepress, p. 33.

. The Ballad of Isobel, vers 129-132.

. The Mad Lover, Poetical Works, J. Payne vol. I p. 360.

. Sick Life, London Voices, Carol and Cadence, John Payne p. 109. Rime of Redemption, John Payne vers 136-138.

. Cf. par exemple À Midsummel Nights Dream, acte 5, scène I, vers 274-

np OR w N

C'était précisément à cause des défauts de ce genre, que Payne, qui fut d'accord avec Blake sur le rôle de l’imagination dans la littérature, faisait trop peu de cas de son talent. « I] a saisi », dit-il, «cle côté brut de Dante, il n’a pas réussi à s'approprier celui du sublime ». Le même défaut se rencontre dans À Dream de Blake.

« Follow now the beetle’s hum Little wanderer hie thee home ».

Quoique Payne eût une connaissance approfondie de l’harmonie et de la mélodie de la versification son refus catégorique de suivre le conseil de Boileau, c’est-à-dire de polir ses vers fut responsable du maintien de quelques combinaisons qu'il aurait dû corriger. On peut citer un exemple de ce défaut d'harmonie. Il permet à la dernière lettre s d’un mot de se heurter, contre le s initial du mot suivant en y produisant un son sifflant. |

«€ ’Tis far from his hand as heaven’s stair ! ».

Malgré ces petits défauts qui sont bien rares chez lui, son talent pour la musique des mots approche de bien près celui de Tennyson qui a su faire entendre à ses lecteurs :

« The league long roller thundering on the reef » et « The long ripple washing in the reeds ». Il était de force à égaler si besoin était la musique du fameux Music Ode de Dryden ou du Bells de Poe.

Sa prédilection pour les archaïsmes.

À cet égard, il a été sévèrement critiqué. Tout en admet tant que quelques-unes de ses reprises de mots, car il lui arrive plutôt de ressusciter des mots tombés en désuétude, que d’en créer de nouveaux, ne sont pas toujours pour l’anglais moderne une acquisition de même valeur, se ressentant quelque

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