Songs of Life and Death, J. Payne, p
With savour of the bitter wine
Of tears crushed out from a man’s dole And he may say, tears in his eyne There was great love in this man’s soul ».
En Payne, c'était l'artiste, non pas l’homme qui se tenait, à l'écart du menu peuple. Comme Nietzsche il crut que l’artiste naît et se nourrit de l’extase qu’il éprouve à se séparer de la foule, de son idéal et de se vertus. Ce détachement de l'artiste, qui s’éloigne des hommes pour aller vers une clarté de l’au-delà, se rencontre dans Shadow Soul :
« Bytimes too, as I waik alone
The mist roll up before my eyes
And unto me strange sights are shown And many a dream of sapphire skies The world and all its cares are gone I walk awhile in Paradise, »
Le menu peuple, dans Zarathustra, ignore ce qu’il y a de meilleur autour de lui. « Les 1gnorants où, pour mieux dire, le peuple, ressemblent à un fleuve, sur lequel un bateau file, et dans ce bateau sont assis solennels et déguisés les jugements de valeur ».
C'est la stupidité générale des masses, leur aveuglement pour l’âme dé l'artiste, qui forcèrent Payne à les ignorer volontairement. Ii dit une fois : « Il ne faut pas de nationalité dans l’art, mais toute protestation est inutile. Les dieux euxmêmes sont impuissants contre la bêtise. Nous avons probabiement dans cette croyance à la bêtise du public une des plus fortes raisons qui le déterminèrent à refuser de mettre des notes au bas de ses pages. Ces notes pourtant, personne ne le niera, eussent été bien nécessaires pour apprécier exactement beaucoup de ses vers, qui renferment des archaïsmes et des allusions peu courantes. Il est possible cependant que Payne ait cru à une vertu magique de la poésie, qui par le
seul pouvoir de la musique et ïÉ la langue imagée, énchanterait le public, sans que le poète recourût à des notes, fort inutiles pour l’appréciation poétique du lecteur.
Il fut peut-être d'accord, avec l'opinion attribuée au D’ Johnson. « Les notes peuvent être quelquefois nécessaires, elles sont, tout au plus, des maux nécessaires ». Qu'il en soit ainsi ou non, Payne qui pourtant se souciait quelque peu de l'opinion publique, se tenait à l’écart dans sa recherche continuelle de la vérité par le beau. Il faisait peu de cas de la conscience et du jugement publics, et regardait de travers l’apothéose de Demos. L’Aura popularis lui était indifférente. Il dit un jour dans un entretien : « J'aimerais mieux être chien et aboyer à la lune que d’essayer d’acheter n’importe comment les voix, les plus douces voix des profanes. Tu me bannis ! eh bien ! je te bannis, dis-je, comme Coriolan au « servum pecus ».
La part de peines qui dans cette vie appartient à l’homme, fit naître en lui pour les hommes une pitié infinie : pour le . niveau intellectuel de l'âme de la foule il avait un mépris infini. Le jugement de Schopenhauer est pour lui comme un étendard. « Un endliche Verachtung, Unendliches Mitieid». - I] fit retentir « the loud sardonic laughter of the spheres? », et le rire olympien d’Anatole France qui eut pour le genre humain autant d'amour que de pitié.
« Les hommes sont mauvais, cet Âge est dur, les dieux Ont quitté sans retour un peuple injurieux.3 »
C'est comme artiste seulement que Payne s’est cru supérieur aux hommes en général. Il avait des idées très ‘nettes de ce qui est la fonction d’un poète, et il les a exprimées quelquefois dans ses ouvrages. Il crut que cet âge grossièrement matérialiste, avait absolument besoin d’un poète, cet âge où le fanal de la foi luisait d’une clarté trouble. Il en a parlé dans Blind Souls dans ces vers :