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The city of Dreadful Night, Francis Thompson, Sid

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Ce sonnet audacieux et d’une joie réconfortante nous fait songer à l’exclamation de Voltaire : « Que j'aime la hardiesse anglaise ! que j'aime les gens qui disent ce qu'ils pensent ». A qui s’applique-t-elle mieux qu’à Payne?

Sa contribution à la littérature.

Payne n’a pas besoin d’apologiste. Ce qu'il a fait dans le domaine des traductions en prose de plusieurs langues, ses volumes de poésies et son message à l’humanité suffisent à lui donner un haut rang parmi la hiérarchie victorienne. Sa version monumentale des Mille Nuits et une Nuil, écrite dans une prose d’une limpidité et d’une exactitude remarquables restera toujours. C’est une prose classique, empreinte du ton, de l’accent, et de la couleur de ces contes de l'Orient. C’est une traduction fidèle, scrupuleusement exacte, où Payne a montré un goût infaillible. Les traductions de Lane, de Galland et de Burton, semblent fades auprès de celle de Payne.

Sa traduction de Hafiz a été jugée sans défaut par les orientalistes. On a peine à imaginer son travail, — une version isométrique de 20.000 vers décasyllabiques. On peut dire, que grâce à Payne,le vrai Hafiz a été présenté au public anglais pour la première fois. Comme nous l’avons déjà dit, Yacoub Artur Pasha, ministre de l'instruction pulique au Caire, et érudit indigène, avoue qu’en lisant la version de Payne il a presque oublié qu'il avait affaire à une traduction 2.

Citons cette autre appréciation : « L'œuvre de Mr Payne est une digne représentation du divan; comme traduction littéraire il est peu probable qu’elle soit surpassée, et elle doit occuper, tout de suite, le premier rang comme version anglaise du poète persan? ».

?. Luzac's Oriental List, sept-oct., 1901, vol. XII, n° 9, 10.

Sa traduction isométrique de Bocacce a mérité les louanges des érudits et des critiquesaussi; car commenous l’avons déjà dit au sujet du Villon de Payne, « il faut un poète pour traduire un poète ». Payne avait un génie enthousiaste de traducteur, — le talent de saisir, non seulement, la pensée, mais l’accent, et l'atmosphère de cette pensée, une habileté presque instinctive à donner l'expression exacte dans son propre idiome. Le docteur Garnett, critique et écrivain, a dit: € Dans le domaine de la traduction, il est absolument sans rival ». Dans ce genre d'ouvrage littéraire, il a tenté plus qu'aucun poète anglais, et, à tout prendre, tout cequ'’il a fait sont des monuments heureux. Son Omar Kheyyam, bien que la musique plaintive de FitzGerald y manque, est, selon les orientalistes, la version la plus exacte, la plus fidèle et la plus complète du sage de l'Orient.

Payne, véritable artiste, avait ses singularités. On doit accepter quelquefois « cum grano salis » ses enthousiasmes et ses jugements littéraires, par exemple, sa comparaison entre Keats et Landor, ses observations à propos de Robert Louis Stevenson. Son enthousiasme pour Beddoes, rivalise avec le culte pur et simple qu'avait Swinburne pour Victor Hugo. À propos de ce dernier, Payne a fait deux observations apparemment contradictoires. Dans l'introduction de son Omar Kheyyam, il le place parmi les monarques de notre Panthéon moderne — les autres étant, Gautier, Leconte de Lisle Arnold et Swinburne —. Plus tard, parlant du prince des romantiques, il l’a jugé « le plus orgueilleux, le plus superficiel et le plus furieusement insouciant de la vérité, de tous les grands écrivains! ».

Il avait la bizarre fantaisie d'inventer des proverbes en latin, qu’il attribuait à Cicéron pour stupéfier le premier venu, et aussi l'habitude de railler ses bêtes noires en des chansons. Mr, Wright reconnaît que les séries intitulées Humorislica ne sont pas spirituelles. Il donne dans bn el Tefrid, un moule poétique à sa fantaisie philosophique. Wordsworth dans

1. Flowers of France, Romantic Period, Vol, I, p. 85, John Payne.

-J'Excursioh a employé neuf livres, à donner un exposé ‘‘de la sienne: |

: Payne, au contraire, a essayé de trouver un équilibre exact entre la pensée philosophique et la forme, de s'exprimer de la manière la plus concise dans 128 quatrains de sagesse resserrée, et si la pensée est parfois quelque peu embrouillée ses vers ont le mérite d’être d’une facture originale et brève, un peu rudes, mais sincères. Sa concision, bien souvent, fait sa faiblesse. Parfois le lecteur s’arrête brusquement et cesse de comprendre jusqu’à ce qu'il ait redressé l’inversion compliquée. Une strophe, par exemple, dans son sonnet They shall be called by a nem name :

« Some seeker on the stars, that o’er the sea Rise of his thought, intent — it knows not me. »

arrête le lecteur, jusqu’au moment où 1il aperçoit la pensée exquise de « Some seeker, intent on the stars that rise over his sea of thought! ».

L’indibutable virtuosité mélodique de ses vers est parfois perdue pour nous à cause de l’inversion rigoureuse de la forme qu’il s'impose lui-même. C’est le cas surtout dans Ibn et Tefrid.

Dans Flowers of France, Payne, non seulement a payé généreusement la dette de son inspiration à la France, et à ses plus grands écrivains, mais encore il a donné à son pays une anthologie sans prix, de la poésie française dans le meilleur idiome anglo-saxon, tout en gardant la forme et la mesure originales. En ceci, Payne est arrivé au comble de l’art de traducteur. Un seul exemple suffira pour montrer la beauté de ses versions — la dernière stance du poème : « La jeune .captive » de Victor Hugo :

« But o’er all when the light Breeze skims me with its fan

1. Quelque penseur, l’œil braqué sur les étoiles qui surgissent sur la mer de se pensées »,

I love to sit by might With dreaming enes to scañ The sea that lies asleep Whilst from the heaveniy steep The moon above the deep Opens her silver fan. »

Il est presque impossible de citer aucun poète anglais, qui ait su se maintenir à un tel niveau d’excellence, dans un aussi énorme volume de traductions de plusieurs langues. Dans son Villon, dont il fut le premier à traduire en vers anglais les Testaments, il a parfaitement saisi l'atmosphère et ses versions sont plus exactes, plus fidèles à l'original que celles, par exemple, des ballades qu'ont traduites Swinburne et Rossetti. Nous ne voulons pas dire que Swinburne ne sût pas bien le français : il a écrit, selon Sir E.. Gosse, des vers français d’une telle qualité, qu'un poète français n’y trouverait pas beaucoup de corrections à faire.

Payne savait le français à fond, sa connaissance des auteurs français était plus vaste que celle de Swinburne, et il fut en outre humaniste, arabisant, orientaliste et sanscritiste. Sa traduction de Bandello en 6 volumes passe pour unique au point de vue du charme et de l’érudition Comme traducteur, bien qu'il n’ait reçu que sa juste mesure de louanges, les critiques les plus hostiles ont reconnu sa grande habileté dans ce genre et n’ont fait qu’un timide éloge de ses vers originaux. Comme on l’a dit avec raison, Payne traducteur a éclipsé Payne poète. Voici quelques éloges du traducteur. « Peu de grands écrivains font plus d'appel à l’imagination que John Payne qui était probablement le plus habile traducteur du dix-neuvièmesiè cle »!«Leplushabiletraducteur denos jours».? « Payne fut un traducteur manifique, surtout par son honnêteté et sa sincérité, si une traduction fidèle pouvait jamais être une œuvre de génie, les traductions de Payne le sont, surtout celle des Mille Nuils el une Nuil, et

1. The Nation., supplément, le 6 décembre 1919. 2. Aberdeen Free Press, le 15 janvier 1920.

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celle de Villon’. » Comme traducteur Payne est présque supérieur à l’éloge, et‘il nous rend la lettre et l'esprit des œuvres originales sans mutilation, sans paraphrase outrée:.

Payne fut pénétré de Heine; néanmoins sa traduction fut accueille froidement. Comme dit Mr Wright, il avait essayé de faire l'impossible. Il y a beaucoup de choses dans l’œuvre de Heine qui ne vaient pas la peine de les traduire, et lorsque Payne entreprit de reproduire d’une façon isométrique, le rythme, la rime, la mesure et la forme de la stance, même syllabe par syllabe, rime double par rime bouble, il trouva que son propre 1diome n’était point approprié à cette besogne, et les vers qui en résultaient, furent souvent gâtés par le cliquetis et le bruit aigu des mots discordants. Il reproduit cependant le sens de l'original.

Comme poète original, il n’a pas été à vrai dire goûté suffisamment jusqu’à ce moment, sauf par une élite. Ses talents de poète étaient appréciés par un assez grand nombre de poètes et d'hommes de lettres. Cette observation du Bookman, en décembre 1919, que c« l’Angleterre posséda en John Payne, sans se rendre compte de son trésor, un homme de lettres suprême, un vrai et puissant poète, et un traducteur sans rival « est simplement la vérité. Payne, en effet, fut un artiste consommé, versé dans tous les genres de versification, et un maître de la technique poétique. Cependant ses essais dans les vers blancs ne sont point du tout heureux, et son vrai don fut d’encadrer la pensée poétique dans les strictes limites de la forme des vers. Il écrivit des centaines de sonnets dans la forme desquels il a employé toute la variété concevable de rimes, de Petrarque, de Milton, de Shakespeare, et de Spenser. Mr Wright a constaté que « Payne a élargi l'étendue du sonnet plus qu'aucun autre poète : ses sonnets ont l’élévation de la poésie lyrique ».

Il faut, cependant, employer la serpette pour l’œuvre de Payne, comme pour celle de Wordsworth, mais ses meilleurs

1, The New Witness, le 13 février 1920, 2. The Ouilook, janvier 1920.

3, Voir chapitre III, p. 145,

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