‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 10 sur 27 · TES AE · texte numérisé non relu

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avalanche de brochures plus violentes les unes que les autres. J’ai dit à sa grande surprise, car sir Hovenden qui rêvait d’éclipser la gloire de Drake et de Cavendish en s’emparant de Québec, pensait sérieusement être récompensé pour avoir ramené les restes de l'expédition (1). Dans ces brochures, le gouverneur Dudley, le colonel Nicholson, tous les New-Englanders s'en donnèrent à cœur joie sur le compte du malheureux amiral, et bientôt elles parvinrent jusqu’en Caroline où elles attisèrent tellement les passions populaires contre lui, que sir Hovenden Walker fut obligé d'aller chercher un refuge aux Barbades.

Néanmoins, petit à petit ces haines et ces rancunes de l’orgueil anglais blessé se türent. Le calme se refit dans cette existence brisée. Dès 1720, sir Hovenden Walker put faire imprimer une justification et un rapport complets sur sa triste expédition, et ce journal fut accueilli avec assez de faveur, si l’on en juge par la rareté de ce bouquin, devenu presqu'introuvable aujourd’hui (2). Bientôt l'oubli se fit autour du vieil amiral, et revenu dans la Caroline, il finit par

(1) Vide. Introduction du journal de Walker, pages 28 et 30.

(2) Le style de l'amiral ne manque pas d’une certaine excentricité.

—Do they think, se demande-t-il,‘ that the taking of Placentia to Britain had been as easy as a citizen riding home in his chaire from Hamstead or Highgate, calling at a cake-house by the way, to regale himself and his epouse with a glass of cyder and a cheesecake ? ”

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s'éteindre tranquillement dans sa plantation, en l’année 1725, au milieu des muses qu'il cultivait avec un certain succès, et entouré des éditions d'Horace, son poète favori. Il lui avait fourni l'épigraphe de sa défense :

Sois fort dans la détresse et si ta bonne étoile

Fait naître enfin pour toi des vents moins désastreux,

À ces protecteurs dangereux Ne livre qu’à demi ta voile.

Aujourd’hui, du haut des navires et des goëlettes surpris par le calme dans les parages de l’Ile-aux-Œufs, on peut entrevoir, à travers les algues mouvantes, des canons couverts d’huîtres et de coquilles.

Voilà peut-être tout ce qui reste maintenant pour raconter au passant la fin terrible de l’expédition de sir Hovenden Walker.

Si d'un côté l’histoire fut indulgente pour le marin anglais, et si quelques-uns de ses compatriotes, Smith entre autres, allèrent jusqu’à passer sous silence cette catastrophe, la légende s'empara de la triste ballade, et c’est ainsi que la sœur Juchereau de Saint-Ionace écrivit plus tard que sir Hovenden “ craignant d’être mal reçu de la reine fit sauter en l'air son navire quand il fut sur la Tamise,” tandis que Charlevoix assurait à son tour “ qu'il se brisa sur l’Ile-aux-Œufs avec sept de ses plus gros transports.” (1)

(1) Vide. Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 485 et Charlevoix, histoire de la Nouvelle-France, livre XX, p. 361,

Quant à Walker, se sentant mourir, il a voulu mettre cette phrase navrante dans son testament :

“ Pouviez-vous vous attendre à ce que j'ordonnasse au vent et à la tempête de s'arrêter ? Serait-il devenu possible que par les subtilités de la magie, j'eusse eu le pouvoir de créer l’ouragan et de tisser des brouillards dans le seul but de noyer tant de malheureux et de chercher le danger sans aucun autre profit ou avantage pour moi, que le plaisir toujours stérile de faire le mal pour le mal ?”

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