‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 9 sur 27 · ESA · texte numérisé non relu

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Walker avait oublié de laisser sur la côte déserte du Labrador.

Ainsi se termina cette terrible expédition armée à grands frais, et sur laquelle la reine Anne et ses ministres reposèrent tant d’espérances. La désertion des équipages, l’indiscipline des oflciers, l’incompétence des pilotes, l'incroyable jettatura de l'amiral et surtout le manque de patriotisme des Bostonnais toujours prêts à impor- M tuner le roi pour lui faire tenter un coup de M main sur Québec, mais incapables de faire le % moindre sacrifice pécuniaire pour aider Sa Majesté à mener à bonne fin pareille entreprise (1), furent les causes premières des désastres de cette campagne qui, loin de perdre la Nouvelle- France, comme on l’espérait, ne fut qu'une source de profit pour elle. À

“ On crut envoyer à l'Ile-aux-Œufs ramener M leurs dépouilles, dit la sœur Jeanne-Françoise M Juchereau de Saint-Ignace, dans son Histoire de M

(1) Sir Francis Wheeler, (il venait de faire un fiasco complet M à la Martinique) according to the commands he had received 1 from his Majesty, proposed to Sir William Phipps, governor of M New-England the going to and attempting Quebec, but he M having not had any previous advise thereof, which he said he 4 ought to have had four months before, so as t6 have got ail M things ready, and that expedition requiring the squadron’s M

sailing by the first of July, and a strenght of four thousand # men at least, which very much exceeded the number, we had #& that affair sunk. So that on the first of July the recovered men

began to embark, and the third of August the squadron sailed | from Boston.—Memoirs of transactions at sea, by secretary M Burchett, imprimée en 1703, p. 173. 1

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N avaient péri ensemble. On sera étonné qu'il se soit trouvé des femmes dans ce naufrage.

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l'Hôlei- Dieu de Québec. M. Duplessis, receveur des droits de monsieur l'amiral, et M. de Mont-

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“ et gagèrent quarante hommes à qui ils don- | nèrent un aumônier et des provisions de vivres “ pour aller passer l'hiver dans cet endroit, afin

qu'au printemps ils tirassent tout ce qu'ils pourraient. Ils partirent en 1711 et revinrent en 1712, au mois de juin, avec cinq bâtiments char-

4 gés. Ils trouvèrent un spectacle dont le récit fait

horreur; plus de 2,000 cadavres nus sur la grève qui avaient presque tous des postures de désespérés : les uns grinçaient les dents, les autres s’arrachaient les cheveux, quelques-uns

4 étaient à demi-enterrés dans le sable, d’autres

s'embrassaient. Il y ‘vait jusqu’à sept femmes

Les Anglais se tenaient si assurés de prendre ce

“ pays qu'ils en avaient déjà distribués les gou- “ vernements et les emplois; ceux qui devaient | les remplir amenaient leurs femmes et leurs en- ‘ fants afin de s'établir en arrivant. Les Français

prisonniers qui étaient dans la flotte y en virent quantité qui suivaient leurs pères ou leurs maris, et grand nombre de familles entières qui venaient pour prendre habitation.

‘“ La vue de tant de morts était affreuse, et l'odeur qui en sortait était insupportable; quoique la marée en emportât tous les jours quel-

ques-uns, il en restait assez pour infecter l'air. On en vit qui s'étaient mis dans le creux des ark 28; d’autres s'étaient fourrés dans les herbes. On vit les pistes d'hommes pendant deux ou trois lieues, ce qui fit croire que quelques-uns avaient été rejoindre plus bas leurs navires. Il devait y avoir de vieux officiers ; car on trouva des commissions signées du Roy d'Angleterre, Jacques IT, réfugié en France dès 1689. Il y avait aussi des catholiques, car parmi les hardes il se trouva des images de la sainte Vierge.

“ On rapporta des ancres d’une grosseur surprenante, es canons, des boulets, des chaînes de fer, des habits fort étoffés, des couvertures, des selles de chevaux magnifiques, des épées d'argent, des tentes bien doublées, des fusils en abondance, de la vaisselle, des ferrures de toutes les sortes, des cloches, des agrès de vaisseaux et une infinité d’autres choses.

‘“ On en vendit pour 5000 livres.

“ Tout le monde courait à cet encan ; chacun voulait avoir quelque chose des Anglais.

‘ On y laissa beaucoup plus qu'on en pût enlever ; cela était si avant dans l’eau qu’il fut impossible de tirer tout ce qu’on vit.

“ On en rapporta deux ans après pour 12,000 livres, sans compter tout ce qu'on avait ôté d’ailleurs ; c'en fût assez, ajoute naivement la, sœur Saint-Ignace, pour nous faire espérer que nos ennemis ne nous attaqueraient plus et pour affermir notre confiance en Dieu.”

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À Québec, l'effet de ce désastre fut immense. La nouvelle y était parvenue dès le 19 octobre 1711. C'était M. de la Valtrie qui, de retour du Labrador, l’avait annoncé le premier, et nos pères voyant que la colonie venait d’être sauvée d'une perte certaine, ne purent contenir leur joie. Le vocable de la petite église de la basseville de Québec, Notre-Dame de la Victoire, fut changé par la ville reconnaissante en celui de Notre-Dame des Victoires.

‘ On ne parlait plus que de la merveille opérée en notre faveur, dit une chronique du temps (1) ; les poètes épuisèrent leur verve pour rimer de toutes les façons sur ce naufrage. Les uns étaient historiques et faisaient agréablement le détail de la campagne des Anglais ; les autres satyriques et raillaient sur la manière dont ils s'étaient perdus. Le Parnasse devint accessible à tout le monde : les dames mêmes prirent la liberté d'y monter, quelques-unes d’entre elles commencèrent et mirent les messieurs en train, et non seulement les séculiers, mais les prêtres et les religieux faisaient tous les jours des pièces nouvelles.”

En Angleterre, le retour de l'expédition de l’amiral Walker sema la honte à la cour et le deuil dans les familles (2). La main de Dieu ne cessa

(1) Vide. Histoire de l’Hotel-Dieu de Québec, page 486.

(2) The expedition to Canada has made as great noisein London, almost as if the fate of all Britain had depended upon. —p. 1. Introduction du Walker’s Journal.

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de s’appesantir sur le malheureux sir Hovenden. À peine arrivé à Londres pour se rapporter à l’Amirauté, une estafette l’y rejoignit et lui annonça la plus terrible des nouvelles. L'Edgar, belle frégate de 70 canons, montée par 470 marins d'équipage, et qui avait navigué sous pavillon-amiral pendant une partie de la campagne, venait de faire explosion en rade de Portsmouth! Pas un homme, pas un officier, pas un document (1), n'avaient été sauvés ; il ne restait pas même une épave pour être déposée plus tard au Musée Britannique et y indiquer qu'une frégate du nom de l’Edgar avait existée dans la marine royale.

Qu'ajouter à cette série de malheurs ?

Pendant quelques années, sir Hovenden Walker honni et ridiculisé par tous, lorsque son collègue, le général Hill, —qui, il est vrai, était le frère de madame Masham, favorite de la reine Anne—se voyait honoré d’un commandement, Sir Hovenden vécut dans la retraite à Somersham, près de Saint-Ives Huntington. Ses vieux camarades de l’Amirauté qui avaient servi avec lui ou sous lui, oublieux de sa captivité en

(1) Parmi ces documents se trouvait l'original du journal tenu par sir William Phipps lors de son expédition de Québec,

—The French minister came to me this evening, and brought with him Sir William Phipp's original journal of his Quebec expedition, and gave it me. This was blown up amongst several other material papers and draughts in the Edgar.— Waiker's Journal, 87.

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France (1) et de ses vingt-huit années de commandement pour ne plus se souvenir que du naufrage de l’Ile-aux-Œufs, refusèrent pendant deux ans de régler ses comptes, sous prétextes que les pièces justificatives s'étaient perdues sur l’Edgar, puis, l’année suivante, sans aucun avis préalable, ils le retranchèrent de la liste des amiraux, et lui ôtèrent sa demi-solde. Enfin, un jour que l’amiral était de passage à Londres, un journal, le Saint-James Post, ayant annoncé qu'il avait été arrêté à sa résidence de Newington Stoak, par ordre de la reine, Walker, qui aurait pu voir ses services acceptés par la république de Venise ou par le tzar de Moscou, mais qui était trop loyal pour se mettre dans la triste position de pouvoir porter un jour les armes contre l'Angleterre, se décida, ie cœur navré, à quitter son implacable patrie pour se rendre dans la Caroline du Sud, y cultiver une plantation (2).

Là encore les sarcasmes et la haine de ses compatriotes poursuivirent le proscrit anglais.

À sa grande surprise, après son désastre, l’amiral Walker avait été assailli à Boston par une

(1) Vide. Introduction de Walker’s journal, p. 7.

(2) I could not, with a clear conscience, have served any other prince or State, without being naturalized and made or adopted native thereof, which besides my being now too old to begin a new birth in a strange nation, in this wicked world, I doubt could not however absolve me from fighting against my own natural prince and mother country. Introduction Walker's journal, p. 21.

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