‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 17 sur 27 · CZ < << \Q · texte numérisé non relu

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Pendant la traversée, cet officier de fortune essuya les plus grands désagréments de la part des officiers de vaisseaux qu'il commandait. Enfin, il arriva heureusement à Pondichéry, remplit avec distinction sa mission et revint en France l’année suivante.

“ M. le duc de Praslin n'était plus alors ministre de la marine, et celui qui lui avait succédé, faute de connaître Vauquelain, ne put se garer des rapports de la calomnie. Dès que ce brave marin eut mis pied à terre, on lui enjoignit de rester aux arrêts dans son appartement. . Surpris de cette punition, à proportion de l’applaudissement qu’il comptait recevoir pour s'être acquitté de sa commission avec succès, il eut recours dans sa triste position à la duchesse de Mortemart, digne héritière des vertus comme des terres des gouverneurs de Dieppe. Les sollicitations de la duchesse dessillèrent les yeux du ministre. Après trois à quatre mois de détention, Vauquelain reçut l’ordre qu'on lui rendait sa liberté.

‘“ Le premier usage qu’il crut devoir en faire, fut d'aller à Versailles rendre compte de sa traversée des Indes. Mais avant de partir, la reconnaissance lui fit un devoir de saluer et de remercier plusieurs officiers de marine qui n'avaient point rougi de le visiter dans sa disgrâce. Il sortit à cet effet, sur le soir, et fut trouvé mort le lendemain matin, percé de coups, sans qu'on en ait connu les auteurs.”

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Ainsi périt, à 37 ans, un homme qui aurait pu faire l’honneur de n'importe quelle marine. Il eut à lutter contre les préjugés de castes, et opposa toujours son dédain, sa force de caractère, ses états de service, son patriotisme sans borne, aux calomnies et aux humiliations qui le suivirent pendant sa trop courte carrière.

Au physique, Vauquelain était fort bel homme; son œil reflétait la douceur et la fermeté. Il avait une figure et une tenue fort agréables, et joignait un courage indomptable à une grande modestie. Ses connaissances nautiques étaient craintes et admirées par ses ennemis, elles étaient aussi reconnues et admises par toute la marine française. |

Voilà en quelques lignes le portrait de sé homme qui fait dire à notre grand historien Grarneau :

“ Mon aïeul, courbé par l’âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche, perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de Saint-Augustin, nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat naval de l’Atalante, avec plusieurs vaisseaux anglais, combat dont il aurait été témoin dans son enfance.”

Ce nom obscur de Vauquelain, ne serait-il pas le point de départ de la volonté et des grandes pensées que Grarneau a consacré toute sa vie à l’histoire de son pays ?

Le Moniteur de la flotte de 1857, cité par M. Alfred Garneau, raconte un trait touchant du fils de ce marin.

“ Il laissa en mourant un fils, Pierre Vauquelain, qui se livra de bonne heure à l’étude de l'histoire et de la géographie de l'Afrique, et qui fut couronné en 1771 par l’académie de Lyon.

“ Ce jeune savant vivement recommandé par un brave marin qui avait connue sa famille, le marquis de Vaudreuil, fut admis en 1771, par Turgot, dans les bureaux du ministère de la marine, où il s’occupa de la rédaction d’un mémoire pour réhabiliter la vie et les travaux de son père. Une circonstance toute fortuite vint assurer le succès de ses démarches.

En 1775, la reine Marie-Antoinette assista à la première communion des jeunes filles de la commune de Meudon, et, après la cérémonie, l’une d’entre elles, désignée par ses compagnes, lui présenta un magnifique bouquet de roses blanches et lui récita un compliment rédigé d'avance pour la remercier de l'honneur qu'elle daignait faire au pays. La jeune fille chargée de cette démarche était Mlle Elisabeth Vauquelain, alors âgée de seize ans, et qui habitait l'été chez une de ses tantes, à Meudon. Elle plut beaucoup à la reine, qui, après l'avoir embras-

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“ La jeune fille sans se déconcerter, et les larmes aux yeux, lui répondit :

‘“J'ose demander à Votre Majesté qu'elle fasse rendre justice à la mémoire de mon grandpère.

‘“ Le noble cœur de la reine fut touché de cette réponse.

“ Elle embrassa Mile Vauquelain et lui promit de s'occuper de sa demande. Elle tint parole. Le jour même, elle parla au roi de ce qui venait de se passer. Le roi Louis XVI, toujours juste et bon, ordonna à M. de Sartines, alors ministre de la marine, de faire une enquête sur Jean Vauquelain et de lui en faire connaître le résultat.

“ Cette enquête eut lieu immédiatement.

Parmi les témoins entendus se trouvaient le célèbre de La Pérousse, le marquis de Vaudreuil et les membres de la famille du marquis de Montcalm, le héros du Canada. Elle fut complètement favorable à la mémoire de Vauquelain.

Elle établit les glorieux services qu'il avait rendus à la marine et à la France, et l'injustice des accusations dont, vers la fin de sa vie, il avait été l’objet.

“ Le roi Louis XVI se fit présenter son fils, et, lui annonçant ce résultat, lui dit qu'il se souviendrait des services de son père. Vauquelain lui remit un exemplaire de son Mémoire sur la

géographie de l'Afrique. Quelques mois après, le roi lui confia une mission très difficile au Maroc ; il s’en acquitta de la manière la plus satisfaisante. En 1777, la France ‘ayant résolu d'ouvrir des relations suivies avec l'extrême Orient, le roi le nomma son consul en Chine. M. Vauquelain obtint un exéquatur de l’empereur Kian- Loung, qui régnait alors. Ce fait depuis ne s’est jamais reproduit. M. Vauquelain a rendu de très grands services et a laissé de très beaux souvenirs en Chine,” dans ce mystérieux et riche pays où notre mère-patrie a su sous Courbet promener, haut et fier, le drapeau tricolore. **#

Voilà, en peu de mots, ce que j'ai pu recueillir sur la vie de ce grand oublié de notre histoire. Pour vous bien faire comprendre cette existence qui fut presque tout entière consacrée au service de notre pays, j'ai dû recourir aux mémoires, aux archives, aux lettres du siècle dernier. En réunissant ces restes épars, j'ose espérer avoir réussi à faire revivre cette énergique figure de Vauquelain, qui, devant son génie de marin, voyait s'incliner sans réplique Anglais comme Français.

Hélas! Vauquelain n’est pas le seul de nos héros qui soient ignorés aujourd’hui. Vous le saurez par l'étude suivante.

Je ne le cache pas, j'aime les récits simples, remplis de patriotisme, de poudre, racontant les tours de force maritimes que firent nos illustres

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marins. Je sens qu'ils ne peuvent manquer de plaire aux descendants de ceux qui y contribuèrent et en prirent leur large part.

Le Nil garde encore l’écho des joyeux chants de rame de nos voyageurs ; et, de nos jours, n’avons-nous pas parmi les nôtres des pilotins, des pilotes, des capitaines au long cours: qui sont considérés comme comptant parmi les premiers marins du monde ? Le capitaine de vaisseau de Belvèze, de la Capricieuse, les amiraux Commerell, McClintock, Galibert, Thomasset, Haligon, de Freycinet, de Varennes, le vice-amiral Peyron, ministre de la marine de France, le contre-amiral Lacombe, le brave commandant Pottier, du Bouvet, le contre-amiral Vignes, le capitaine de frégate Pénaud, du Tulisman, le capitaine de frégate Borel de Britezel, le capitaine de vaisseau Human se sont plu à le répéter maintes fois à ceux qui recevaient en rade de Québec l'hospitalité de leur bord.

Personne de nous ne s’étonnait de l’unanimité de ces officiers généraux et supérieurs à ce propos. Tous nous nous rappelions que les ancêtres de nos matelots, de nos pilotes, de nos capitaines au long cours, servaient autrefois sous des commandants dont le type se personnifie tout entier dans le mâle caractère de Vauquelain, le héros de Louisbourg et de la Pointe-aux- Trembles. |

La mer est ingrate, me dires-vous. La fin prématurée du capitaine de l’Atalante en est une

preuve. À quoi bon encourager pareille carrière ?

Eh bien! je connais les marins et je les sais par cœur. Si Vauquelain eût vécu, il aurait répondu ce que disait en pareil cas un vice-amiral de France :

—Je suis loin de me plaindre de la Providence.. Si j'avais à recommencer une nouvelle existence, je ne choisirais pas une autre profession que celle de la mer. J'ai toujours aimé la marine pour elle-même, et je ne puis revoir la mer sans la saluer avec une sorte de respect. C’est à la mer que j'ai dû mes premières émotions, c’est elle qui m'a fait homme, qui m'a nourri, qui console encore mes vieux jours par les souvenirs qu’elle m'a laissés et qu’elle m'a permis de laisser à ma patrie.

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