‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 19 sur 27 · LE MARQUIS DE LA JONQUIERE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE LA JONQUIERE

Jacques de Taffanel, marquis de la Jonquière naquit en 1680, au château de Lesgraisses, près d'Albi, en Languedoc. Dès l’âge le plus tendre il fut destiné à la marine. À 20 ans, il est lieutenant de vaisseau. Il fait partie du carré de l’Achille et prend part avec Duguay-Trouin à toutes les péripéties du fameux siége de Rio- Janeiro. Pendant la durée de cette expédition qui étonna le monde entier, de la Jonquière fit preuve d’un sang-froid, d’une valeur et d’un jugement extraordinaires. Les mémoires de Duguay-Trouin nous le montrent partout à la première place.

Les troupes françaises sont devant la ville assiégée, mais elles manquent d’eau. Il faut s'assurer d’une aiguade. Duguay ordonne au chevalier de Beaune et à de la Jonquière, de faire embarquer des troupes et de s'emparer de quatre bâtiments marchands portugais, mouillés près de l'endroit où il comptait faire sa descente.

Cet ordre dit Duguay-Trouin, fut exécuté pen-

dant la nuit, si ponctuellement, que le lendemain matin notre débarquement se fit sans confusion et sans danger, Ilest vrai que j'avais usé de ruse et que j'avais tàché d’ôter la connaissance de cette expédition aux ennemis par d’autres mouvements et par de fausses attaques qui attirèrent toute leur attention,

Une fois à terre, Duguay-Trouin divise en trois son corps de débarquement. Ilse place au centre avec le troisième, et il en donne le détail au chevalier de Beaune, ayant toujours sous ses ordres de la Jonquière. Le terrain est mouvant et marécageux par endroit. De la Jonquière suggère à M. de Beaune de faire faire “ des chandeliers de bois à six pattes ferrées. Ils se fichaient en terre et on plaçait sur eux les pierriers assez solidement.”

La chronique du siège ajoute :

“ Cette artillerie marchait dans le centre du plus gros bataillon, et quand on jugeait à propos de s’en servir, le bataillon s'ouvrait. ”

La veille de l’assaut Duguay-Trouin envoie encore le chevalier de Beaune et de la Jonquière ‘ tout le long de la côte pour reconnaître les endroits par où il pourrait le plus aisément forcer l'ennemi. ”

Le vingt, l’assaut est décidé. Laissons la parole à Duguay-Trouin.

“ Aussitôt que la nuit fut fermée, je fis embarquer dans les chaloupes les troupes destinées à l'attaque des retranchements dits des Bénédic-

tins, avec ordre de s’aller loger, avec le moins de bruit qu’il serait possible dans cinq vaisseaux portugais mouillés auprès. ŒÆElles se mirent en devoir de le faire ; mais un orage qui survint, les ayant fait apercevoir à la lueur des éclairs, les ennemis firent sur ces chaloupes un trèsgrand feu de mousqueterie. Les dispositions que j'avais vues dans l’air m'avait fait prévoir cet inconvénient. Pour y remédier, j'avais envoyé ordre, avant la nuit, au Brillant, au Mars et dans toutes les batteries de pointer le jour tous leurs canons sur les retranchements portugais et de se tenir prêts à tirer dans le moment qu'ils verraient partir le coup d’une pièce de la batterie où je m'étais posté. Ainsi dès que les ennemis eurent commencé à tirer sur nos chaloupes je mis moi-même le feu au canon qui devait servir de signal, lequel fut suivi dans l'instant d’un feu général et continuel des batteries et des vaisseaux, qui joint aux éclats redoublés d’un tonnerre affreux et aux éclairs qui se succédaient les uns aux autres, sans laisser presqu'aucun intervalle rendait cette nuit affreuse. La consternation fut d'autant plus grande parmi les habitants, qu’ils crurent que j'allais leur donner assaut au milieu de la nuit,

‘ À la petite pointe du jour je m'avançai à la tête des troupes pour commencer l'attaque du côté du fort de la Conception. J’ordonnai à M. le chevalier de Goyon de filer le long de la côte avec sa brigade et d'attaquer les ennemis par un

antre endroit. J'envoyai en même temps ordre aux troupes portées dans les cinq vaisseaux de donner l'assaut aux retranchemcuts des Béné-

dictins.

“ Dans le moment que tout allait s’ébranler M. de la Salle qui avait servi d’aide-de-camp à M. du Clerc, —ce chef de la première expédition, fut assassiné par les Portugais—et qui était resté prisonnier dans Rio Janeiro, parut et vint me dire que le peuple et les milices effrayés de notre grand feu dès qu'il avait commencé et ne doutant pas qu'il ne fut question d’un assaut général, avaient été frappés d’une terreur si grande, que dès ce temps-là même ils avaient abandonné la ville avec une confusion que la nuit et l’orage avaient rendue extrême, et que cette terreur s'étant communiquée aux troupes réglées, elles auraient été entraînées par le torrent. En se retirant, elles avaient mis le feu aux magasins les plus riches et laissé des mines sous les forts des Bénédictins et des Jésuites pour y faire périr du moins une partie de mes troupes. Qu'ayant su de quelle importance il était de m'en avertir à temps, il n'avait rien négligé pour cela et qu'il avait profité du désordre pour s’é-

chapper,

‘ Toutes ces circonstances qui me parurent d’abord incroyables et qui pourtant se trouvèrent bien vraies me firent presser ma marche. Je me rendis maître, sans résistance, mais avec pré-

--ution, des retranchements de la Conception,

re . et de ceux des Bénédictins. Me mettant alors de à la tête des grenadiers, j'entrai dans la place et Lé- je m'emparai de tous les forts et des autres postes qui méritaient attention. Je donnai en 4 M. même temps ordre d’éy nter les ruines, après Hi: M. quoi j'établis la brigade de Courserac sur la mon- # 1 ut tagne des Jésuites pour en garder tous les forts. pa sté ‘ En entrant dans cette ville abandonnée, je En me | fus surpris, de trouver d’abord sur ma route 1 "A de les prisonniers qui étaient restés de la défaite Feu ne du commandant du Clerc. Ils avaient dans aut la confusion brisé les portes de leurs prisons gi et s'étaient répandus de tous côtés dans la Ÿ ent ville pour piller les endroits les plus riches. la Cet objet excita l’avidité de mes soldats et en que porta quelques-uns à se débaucher. J'en fis { pes faire, sur le champ même, un châtiment sévère h tor- qui les arrêta et j'ordonnai que tous ces prison- nl aux niers fussent conduits et consignés dans le fort 14 ous des Bénédictins. ” :

ar y M. M. de Goyon et de Beaune, celui-ci, ayant pes. sous ses ordres le marquis de la Jonquière de furent chargés par Duguay-Trouin de la délicate je our mission d'empêcher, ou du moins de diminuer Rs s’é- le pillage dans une ville ouverte, ce qu'ils firent avec autant de sévérité que de succès. q.

rent À quelques jours de là, deux com} :snies 1! rent françaises commandées par MM. de Brugnon et ÿ \ me 2 de Cheridan, soutenues par la compagnie des pré- caporaux de Duguay-Trouin tombèrent dans

ion, une forte embuscade. De Beaune ayant de la

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