‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 22 sur 27 · PIERRE MARTIN · texte numérisé non relu

PIERRE MARTIN

De Québec passons à Louisbourg. Elles ont

toujours été sœurs, sœurs de malheur et sœurs de gloire.

Pierre Martin naquit dans cette dernière ville, le 29 janvier 1752. Son père, né sous le ciel ensolleillé de la Provence était venu exercer au Canada son métier de forgeron. Débarqué à Louisbourg il laissa vite le marteau et l’enclume pour servir en qualité de sergent des compagnies franches que l’on levait alors contre l'Anglais.

Trois ans auparavant, le 15 octobre 1749, naissait aussi dans la même ville, Claude Charles Denys de Bonaventure, fils de Claude Denys de Bonaventure, chevalier de Saint Louis, capitaine de compagnie dans le détachement de la marine en garnison à l’île Royale (Cap Breton) et de demoiselle Louise Marguerite Denys de la Ronde. De Bonaventure après avoir servi dix ans dans les troupes du Canada, entra dans la marine. Il commanda la frégate la Flore de 1788 à 1789, fut promu major de vaisseau le 1er mai 1786 et capitaine de vaisseau en 1792. Cet officier supérieur canadien eut l'honneur de présider aux débuts et de former dans la carrière maritime celui qui plus tard devait être le viceamiral Jurien de la Gravière, et devenir paire de France. Le fils de cet officier général qui a laissé de profonds souvenirs dans la marine, pendant ses 58 années de services actifs, dont 22 ans passés à la mer—est devenu lui aussi à son tour un marin célèbre et un écrivain distingué. C’est le vice-amiral Jurien de la Gravière, membre de l’Institut de France.

Quand ils étaient enfants, Martin et de Bona-

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venture ont dû souvent jouer ensemble sur cette triste et brumeuse pointe de Cherbourg qui part aujourd’hui du pied des fortifications démantelées de Louisbourg et qui se perd mélancoliauement dans l'Océan. Ah ! je ne m’en rappelle que trop de cette pointe de Cherbourg! Elle m'a fait pleurer ; j'ai compté un à un ses monticules, rangés comme des sillons. Ils renferment quatre mille tombes de soldats et de matelots, tombes restées sans croix, sans un signe de souvenir. Ces glorieux morts pour la patrie dorment là sans prières, sans un souvenir, bercés par l’éternel requiem de l'Atlantique.

Plus tard quand Martin et de Bonaventure se rencontrèrent en croisière autour du monde, ils eurent, entre deux combats, entre l’amarinage de leurs prises, l’occasion de causer sous le man-. teau de leur France canadienne, hélas perdue pour eux, car la France de ce temps-là pleurait la perte de Louisbourg et de Québec, cette Alsace et cette Lorraine de l'Amérique du Nord.

Le père de Martin voulait faire un colon sérieux de son fils. Dès l’âge de douze ans il le fit passer en France pour y suivre un cours d'études. Son passage était payé à bord de la flûte le Saint-Esprit. La vocation du futur amiral se réveilla en route. Il prenait intérêt à tout ce qu'il voyait, aux observations, aux manœuvres, aux sondages, à toutes les choses de la mer. Un jour il vint demander timidement au capitaine de l’agréer comme mousse.

Celui-ci fit mieux, il le mit à l’école des pilotins, et débarqué à Rochefort Pierre Martin suivit les cours d'hydrographie de ce port. Sur les entrefaites, il avait écrit à son père lui demandant la permission de rester dans la marine. Il voulait s’en faire une carrière sérieuse, disait-il. L’assentiment paternel fut donné, et en 1769 on retrouve Martin suivant l’école de pilotage à bord de la flûte armée la Nourrice, sur laquelle il navigua pendant trois années consécutives dans la mer des Indes. Tour à tour aide-pilote, second, puis premier pilote il fait en cette qualité partie de l’escadre d'évolution que commandait en 1775 le comte de Guichen. Martin est à bord de la frégate la Terpsichore. Dans un combat livré par ce navire, il lutte en désespéré et se fait crever l’œil gauche d’un coup de sabre.

De 1778 à 1786, les archives de la marine constatent les états de service suivants :

—“ 1778 Pierre Martin, maître pilote sur le Magnifique. Ce vaisseau fait partie de l’armée navale aux ordres du comte de Grasse. Martin prend part aux combats d’Ouessant, où il est blessé, à ceux de la Grenade, de la Dominique. Il est grièvement blessé dans cette dernière bataille. Il fait aussi la campagne de Savannah sous d'Estaing.

De 1781 à 1786 il est successivement premier pilote sur la frégate la Cérès, dans l’escadre du marquis de Vaudreuil, puis il fait en cette qualité les campagnes des côtes de France sur la

Vigilante, la campagne des Antilles sur la flûte la Désirée et l'escadre d'évolution sur la corvette le Rossignol.”

Ce fut ses dernières campagnes comme pilote.

Le marquis de Boufflers venait d’être nommé gouverneur du Sénégal. Boufflers aimait les gens de mer. La nature rude, franche, intrépide de Martin lui plut. Arrivé à St-Louis il le nomma officier de port, lui donna le commandement de la goëlette la Cousine, avec la surveillance du service local de la colonie. Pendant trois ans Martin s'occupa à faire le relevé hydrographique de cette partie de la côte d'Afrique, et ses cartes lui méritèrent une excellente note au ministère de 1a marine. Elles lui valurent la croix de St. Louis: Il fut chargé alors de faire l’hydrographie de l’archipel Bissagos, et à son retour en France en février 1792, Martin reçut son brevet de lieutenant de vaisseau. Embarqué en cette qualité, il protégea pendant quelque temps les convois marchands qui allaient de Nantes à Bordeaux. L'année suivante il passait capitaine de vaisseau. On donna à Martin la frégate l’Hermione et l’on mit sous. ses ordres la frégate la Pomone et la corvette l'Espoir.

L’ Hermione se perdit par une fausse manœuvre de son pilote et Martin traduit devant un conseil de guerre fut honorablement acquitté. On lui donna alors le commandement du vaisseau l’America et de la frégate le Turtw avec mission de croiser dans la mer du Nord. Au moment de

l’appareillage un canot vint apporter un pli cacheté à Martin. Il était promu au grade de contre-amiral et recevait l'ordre de mettre son pavillon sur le Républicain, en rade de Brest et de rallier l’armée navale de Villaret-Joyeuse, avec le titre de commandant de l’une de ses divi-

sions.

Après s'être acquitté de sa mission, l’amiral Martin prit le commandement en chef de l’escadre de la Méditerrannée.

Le comte Pouget, petit fils de cet amiral a résumé ainsi pour M. Lenot, conservateur de la bibliothèque du port de Brest, la carrière mili-

tante de son grand père :

‘“ Envoyé à Toulon pour réorganiser ce port qui venait d'être repris sur les Anglais, mon grand père appareilla, dès le mois de juin 1794, avec une escadre de 15 bâtiments rassemblés à la hâte, tint la mer pendant quatre mois et demi, fit plusieurs prises et, embossé dans le golfe Juan, y rendit impuissante la croisière de 20 navires anglo-espagnols. Ayant reçu des renforts, il sortit pour aller combattre les Anglais qu'il rencontra, le 11 mars 1795, par le travers du Nolis, aux environs de Gênes. Bien que réduit à 18 bâtiments par suite des mauvaises manœuvres de deux de ses navires, il n’hésita pas à se mesurer avec les 17 vaisseaux de l'amiral Hotham. L'action s’engagea le 13. Mon grand père y perdit deux vaisseaux dont l’un, le Censeur fut pris, et l’autre, le de ira, commandant Condé, coula à pic sur le champ de bataille ; mais il avait pris, quelques jours auparavant, le Berwick qui s'était rendu à l’A/ceste, commandant La

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Taille, et l'ennemi ne fit plus aucune tentative pour recommencer la bataille.

“ De retour à Toulon, mon grand père Martin y trouva six vaisseaux arrivés de Brest sous le commandement du contre-amiral Renaudin, l’ancien commandant du Vengeur. L'insubordination des équipages, qui dégénéra plusieurs fois en révolte ouverte, une épidémie et le dénûment de l'arsenal de Toulon retardèrent le départ de l’escadre qui ne put s'effectuer qu’en juin. Le 13 Fallet acte Martin rencontre près des îles d'Hyères, au cap Roux, la flotte d'Hotham composée de 23 vaisseaux. Quoiqu'il n’en eut lui-même que 17, mon grand père accepta la lutte. Elle fut des plus glorieuses pour la France et sans l'incendie qui éclata à bord de l’Alceste,. l’escadre Martin n’aurait éprouvé aucune perte. Ce vaisseau, commandé par Leblond de Saint- Hilaire qui périt dans l'affaire, sauta en combattant, son pavillon haut. L’escadre rentra à Fréjus. Nommé au commandement du port de Rochefort la même année, puis vice-amiral vers le commencement de 1786, mon grand père Martin, chargé de coopérer à la seconde expédition d'Irlande, expédia la division Savary ; mais son refus de participer, de sa personne, à une entreprise qu'il désapprouvait, le fit mettre en non-activité. Il alla prendre part, sur le Real Carlos, à une bataille que le contre-amiral Malgarejo, qui commandait cinq vaisseaux et une frégate, soutint en rade de l’ile d'Aix, et où les Anglais furent repoussés avec perte.

“ Nommé préfet de Rochefort, lors de l’institution des préfectures maritimes, grand officier de la Légion d'Honneur, et entin comte de l'Empire, mon grand père faillit être nommé

chef de l’armée navale qui partit de Cadix sous les ordres de Villeneuve. Si cette nomination avait eu lieu, elle aurait peut-être épargné à la France le désastre de Trafalgar. ”

C’est ainsi que le petit fils de l'amiral Martin décrit à un ami la carrière militaire de son aïeul.

Dès 1810, la forte constitution de l'amiral Martin commença à se ressentir des conséquences qu'entraîne le rude métier de la mer. Il tomba malade et fut remplacé dans la préfecture de Rochefort par l'amiral Truguet. En 1815, il était mis à la retraite. L’amiral en sentit un vif chagrin,qui fut aggravé lorsqu'il apprit qu'on l'avait

-rayé des cadres de la marine pour avoir osé faire

visite à l'Empereur, de passage à Rochefort, en route pour le tombeau de Ste-Hélène. Fidèle à son serment, Martin s'était rendu auprès de Napoléon I. Le souverain l’embrassa et lui demanda pourquoi il avait quitté si tôt la marine ;

—Sire, je n'ai jamais demandé ma retraite.

Elle m'a été donné sur votre ordre au moment où je m'y attendais le moins.

- nr m'a donc trempé dit l'Empereur. Hélas le 8 ne pourront jamais savoir la vérité,

<mbrassa une seconde fois Martin en lui sant adieu.

Plus tard on fit servir de nouveau la pension de retraite de vice-amiral, au comte Martin, mais le coup fatal était porté. La longue et douloureuse maladie qui le minait depuis dix ans finit par avoir raison de cet homme de fer, et le 1er

novembre 1820, le vice-amiral comte Martin mourait à Rochefort, âgé de 68 ans.

Les journaux du temps disent que l'amiral Martin était d’une taille médiocre, mais d’une grande force de corps qui, plus d’une fois, lui avait servi dans les combats et dans l’appaisement des séditions. “ Sous une enveloppe dure il cachait une intelligence vive et pénétrante ; son caractère était grand et noble, son courage bouillant et indomptable. Il avait un frère dans la marine, homme sans éducation et qui n'avait pu parvenir qu’au grade de contre-maiître.

Martin, lorsqu'il fut nommé à la préfecture de Rochefort, appela son frère dans ce port. Il améliora sa position par tous les moyens possibles, mais jamais il ne voulut lui donner d’evancement dans sa profession, certain qu'il était que ce marin ne pouvait remplir convenablement qu’un poste subalterne. ”

Ce trait cité lors de la mort de l'amiral, par un des journaux de la Charente, peint d’un seul coup le comte Pierre Martin.

Vous venez de lire la vie de quatre amiraux qui touchent de près au Canada. Sur ce nombre, deux, le marquis de la Jonquière et le comte Martin sont morts de marasme et de peines, voyant leurs services méconnus, oubliés, et n’ayant pour partage au déclin d’une vie honorable et militante que l’ingratitude des grands, la fatuité des petits.

Hélas ! la mer a ses joies, elle a ses tristesses qu'elle fait partager à ceux qui lui ont donné leur existence. Quant le canon gronde, quand le combat s'engage, quand l’ennemi se tord, se plie, râle et sa rend, c’est alors que la poitrine du marin vainnrueur s'ouvre et se dilate. Il a donné un gage d. plus de son dévouement à la patrie: il regarde alors la mer avec amour : c’est sa reine, c'est sa maîtresse. Viennent les tempêtes, les cyclones, les dangers routiers, la vigie est là aux bossoirs,aux mits de hune, chacun est à son poste. C'est que la mer veut à son tour éprouver son fiancé ; elle veut lui faire sentir les âcres voluptés du danger ; pour savoir s’il est digne d’elle, elle le met face à face avec la mort. Le matelot intrépide sait à qui il a affaire. “ Ses muscles sont d'acier, sa volonté aussi ; son œil perce les ténèbres, voit les brisants. Un vigoureux coup de barre ramène brusquement la frégate dans le lit du vent.” Inclinée sous ses huniers, elle laboure de lagueule de ses canons la vague furieuse et regagne la haute mer,

Voilà les joies de l'Océan. La mer réserve encore d’autres jouissances aux siens. On asignalé du sémaphore l’arrivée d’une corvette partie depuis trois ans. Dans ses lointains voyages l'équipage a donné des terres nouvelles à la géographie ; le commandant, l'état major apportent des faits inconnus à la science. Désormais tous ceux qui ont pris part à cette exploration dans les régions de l'inconnu et du mys-

tére, seront célèbres d’une gloire encore plus enviable que celle donnée par la guerre; au moins, ceux-là ils n’ont pas versé le sang humain.

Autres joies de la mer, c’est quand la fortune vous a été contraire, mais que l'on sait que le tableau d'honneur de l’histoire contiendra des noms inscrits pour des actes d’héroïisme comme ceux-ci :

—L'amiral marquis de Grasse. Il lutte jusqu’au soir contre quatre vaisseaux anglais qui l’écrasent de leurs feux combinés. À siz heures un cinquième adversaire vient l’achever ; c’est l’amiral Hood. De Grasse se rend après douze heures de combat, n'ayant plus sur son pont que trois hommes sans blessures, lui compris, et son navire coule bas avant d'arriver à Plymouth.

—L'Héritier, commandant de l'Hercules. Je vous rends compte M. le ministre de la marine du combat que j'ai soutenu au large de Brest, le 20 avril 1795, contre un gros vaisseau anglais.

“Je ne puis mieux vous convaincre de la nécessité où nous étions de nous rendre, qu’en vous présentant le tableau suivant : quatre-vingtsix hommes tués et deux cent vingt-tinq blessés, sur un équipage de six cent soixante hommes; cent soixante-dix boulets, tant à bord que dans le corps du bâtiment et dans les mâts; seize canons démontés ; la barre du gouvernail, les ponts et les câbles traversés dans plusieurs endroits ; le cabestan rompu, partie des pompes brisées ou démontées, toutes les mâtures hachées et le feu à bord.”

Quand on a passé par tous ces dangers, on peut lever le front haut, et aux heures monotones de la retraite, on peut encore regarder la mer en lui disant :

—J'ai connu toutes les joies que tu as pu me donner et tes flots se murmurent en ce moment que ni eux ni la France n'ont eu honte de moi.

Il y a aussi d’autres jouissances qu’elle réserve à ses élus. Il arrive que quelquefois au milieu ou vers la fin de sa carrière plus d’un brave marin s'arrête, se recueille, dit adieu au drapeau et se refuge a1 x pieds de Dieu. C’est ainsi que le comte d’Orvilliers, lieutenant général des armées navales, considéré par les Anglais et par les Espagnols comme le plus grand tacticien de son temps, se retira à Paris dans le monastère de St. Magloire ; c’est ainsi que le vice-amiral marquis de Coëllogon reçut sur son lit de mort le bâton de maréchal de France qu'on était : .16 lui porter à la maison professe des Jésuites, où il s'était réfugié de dégoût, depuis quelques années. C’est ainsi que dernièrement un brillant officier de marine, le lieutenant de vaisseau Olivieri, de retour des mers de Chine où il s'était illustré par son courage et où il avait été décoré, allait frapper à la porte de l’abbaye de Solesmes, et ensevelissait dans le silence et dans la contemplation de l'éternité tout ce que la gloire d'icibas lui promettait, tout ce que la gloire d'ici-bas lui aurait tenu.

De pareils sacrifices peuvent compter à coup

sûr parmi les joies de la mer ; elles rapprochent trop des joies éternelles.

Quant aux tristesses de l'Océan, elles vous accablent au moment le plus inattendu.

Les tristesses de l'Océan, c’est faire ce que faisait ce célèbre corsaire Cassard, c’est avancer 8.000.000 sur ses prises au commerce de Marseille, plaider, déplaire au ministre — alors le cardinal Fleury — et mourir au château de Hana, en Picardie, après une détention de 14 ans.

C’est être banni de son pays, comme le ministre de la marine de la Croix de Castries l’a été par la révolution et aller demander refuge à celui qu'il avait vaincu à Clostercamp, au duc de Brunswick ; c'est mourir comme lui sur la terre étrangère et, oublié des siens, se faire élever un monument par celui que l’on a vaincu au nom de la France.

En voici une autre tristesse de la mer: elle est terrible ; elle frappa de Keraint à la bataille de Quiberon le 21 novembre 1759. L’amiral Hawk, dit un des officiers de M. de Conflans, dans son rapport, avait coupé la ligne frruçaise et se dirigeait sur le vaisseau amiral le Royal Soleil. De Keraint manœuvra hardiment pour empêcher l'Anglais de joindre son chef, mais ayant négligé dans un virement de bord de faire fermer les sabords de sa batterie basse, il fut englouti avec 600 hommes de son équipage.

N'est-ce pas épouvantable de mourir ainsi au champ d'honneur ?

Passons à d’autres tristesses.

Feuilletez l’histoire des marins de France.

Elle vous dira que Colbert, le grand Colbert, celui qui fut le véritable créateur de la marine française, mourait le 6 septembre 1683 ‘“ usé de travail et abreuvé de dégoût par Louis XIV. Il fallut l’enterrer de nuit pour le soustraire aux outrages du peuple qui lui attribuait les taxes onéreuses et vexatoires établies depuis la guerre de Hollande.” La même histoire vous montrera le grand Duquesne servant la France pendant 70 ans. On lui refusa néanmoins une sépulture honorable sous le prétexte qu'il était de la religion reformée. En continuant à parcourir cer pages, vous vous inclinerez devant le vice-amiral Grimouard.

Pendant 36 ans il parcourut les mers du globe, combattant, découvrant, étudiant et portant haut et ferme son pavillon. Tout à coup il est dénoncé comme aristocrate par un misérable qu’il avait obligé, et le même jour l'amiral était guillottiné sur la place de Rochefort.

Inclinez-vous aussi devant le vice-amiral, comte d'Estaing, célèbre par ses guerres d'Amérique. Il a 85 ans de service à la mer ce qui ne l'empéche pas de gravir lui aussi l’échafaud révolutionnaire, le 28 avril 1792. Sur la dernière marche il s'arrête et regardant fièrement le bourreau.

—Quand vous aurez fait tomber ma tête, lui dit-il, envoyez-là aux Anglais. Il vous la payeront fort cher.

Mais ces souvenirs m'entraînent trop loin.

Je dois terminer cette étude faite sur des officiers généraux qui nous touchent de près. Il est temps de fermer ce cornet de notes prises un peu partout. Elles ont donné au lecteur une pâle idée du rôle joué par la marine française, et par les nôtres dans les eaux de l'Amérique du Nord et ailleurs, pendant le XVIIIe siècle et le commencement de celui-ci.

Je concluerai par un vœu.

Les noms de Montcalm, Vazxdreuil, Champlain, de la Galissor“ière, sont perpetués de nos jours, dans la marine frañçaise. Des frégates, des avisos, des croiseurs sont nommés d’après eux et vont faire connaître dans les mers lointaines ce qu'étaient ces grands hommes de notre patrie. Bedout, la Jonquière, Vauquelain,

Martin, sont parmi les oubliés !

Et pourtant leurs noms comme ceux de Mont-

calm, d’Iberville, de Levis sonnent encore chez nous comme des bruits de clairons.

Quand la réparation viendra-t-elle ? Comme les autres, et aussi bien que les autres ils ont donné leur cœur, leur intelligence, leur force leurs vertus à la France.

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