‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 23 sur 27 · A BORD DU CUIRASSE FRANÇAIS LE ‘ LA GALISSONNIÈRE · texte numérisé non relu

A BORD DU CUIRASSE FRANÇAIS LE ‘ LA GALISSONNIÈRE

L'officier de service est sur le banc de quart: on balance la machine ; les pavois sont hissés ;

les canots attachés à leur poste de mer.

Toutes les précautions sont prises pour l’appareillage. Le La Bourdonnais reçoit l’ordre de se mettre en marche. Décrivant une courbe, cet aviso défile devant l’escadre anglaise et salue le Bellerophon, la Tourmaline, le Griffon, puis tournant proue vers l'Ile d'Orléans, il prend la route du golfe St. Laurent.

Le cuirassé de La Galissonnière met son ancre de tribord à poste, file quatre maillons sur celle de bâbord, pivate brusquement. salue et montre ses deux batteries à l'amiral anglais. La musique du bord joue le God save the Queen. Sir T. Ingleficld rend le salut avec le pavillon de poupe et son pavillon amiral. Une compagnie d'infanterie de marine rangée sur la dunette présente les armes, la musique du Bellerophon nous envoie les notes de la Marseillaise.

Du tillac du cuirassé on voit la foule qui envahit la terrasse de Frontenac. Celle du parlement—brulé depuis—est remplie de députés.

Les mouchoirs s’agitent, les chapeaux se lèvent. Ralentissant sa marche le La Galissonnière serre Québec au plus près ; et à peine les dernières

(1) Conférence lue devant la Société Royale du Canada.

notes de l'hymne national anglais se sont-elles perdues dans la brise, que la musique française jette, comme adieu à la ville hospitalière qu’elle laisse, le galant refrain du pays :

Vive la Canadienne

Vole, mon cœur vole !

C’est ainsi que nous tournons la pointe Lévy et que nous courons vers le cap Breton.

À bord tout le monde a le cœur serré. Bien que l’adieu prenne une large part dans la vie du marin, et que ce soit le mot qui se rencontre le plus fréquemment sur ses lèvres, il ne neut guère s’habituer à le répéter. Le vieux Quesec, le pays ont plu aux officiers de la croisière française : à chaque instant ces deux noms se présentent dans les conversations.

—“ Le séjour que nous venons de faire chez vous sera un des meilleurs souvenirs de mes vingt-deux ans passés à la mer, me dit un capitaine de frégate, en m'offrant un cigare.

—“ Nous ne comptons pas d'aussi rudes, ni d'aussi beaux états de service, reprend un lieutenant de vaisseau qui vient de se faire apporter la mêche ; mais, commandant, tous les camarades sont de votre avis.

Pour l'habitant de Québec, la visite d’un navire de guerre français est toujours un sujet de liesse, Ces joies, ces fêtes commencèrent en 1855. Depuis quatre-vingt-quatorze années, les échos du Saint-Laurent n'avaient pas repercuté les détonations de l'artillerie française lorsque le

capitaine de frégate de Belvèze, commandant la Capricieuse, (1) vint montrer à la Nouvelle- France les couleurs de la mère-patrie. À peine embossée devant la citadelle, que la corvette salue Québec de ses canons. Il passa alors sur le vieux roc de Champlain, sur les champs de bataille qui l’environne, une effluve de lyrisme, un long cri de patriotisme qui alla éveiller jusque dans leurs tombes les héros des plaines d'Abraham et de Sainte-Foye.

Se reportant aux tristes heures de l'abandon, où le Canada cédé par la France, mais non conquis par l’Angleterre, commençait seule cette lutte suprême qui devait en faire ce qu'il est aujourd'hui, un des nôtres écrivit ence jourlà ces strophes vibrantes :

Vous souvient-il des jours, vieillards de ma patrie Où nos pères luttant contre la tyrannie

Par leurs nobles efforts sauvaient notre avenir ? Frémissant sous le joug d’une race étrangère Malgré l'oppression, leur âme toujours fière

De la France savait garder le souvenir.

Alors vivait à Québec, un vieux soldat mutilé. Seul il n’avait pas abandonné toute espérance. Chaque jour on le voyait revenir sur le rempart interroger l'horizon, demander à la brise si elle n’enflait pas les voiles de la flotte qui ramenait la patrie avec la délivrance.

Ses regards affaiblis interrogeaient la rive. Cherchant si les Français que, dans sa foi naïve, Depuis de si longs jours il espérait revoir,

Venaient sous nos remparts déployer leur bannière.

qi L’héroïque amiral Courbet, était à cette époque aspirant re classe sur la Capricieuse.

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Puis, retrouvant le feu de son ardeur première, Fier de ses souvenirs, il chantait son espoir,

“ Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse

‘“ Pour vous, Français, j'ai combattu longtemps ; ‘“ Je viens encore dans ma triste vieillesse,

‘“ Attendre ici nos guerriers triomphants.

“ Ah! bien longtemps vous attendrai-je encore “ Sur ces remparts où je joe mes pas ?

“ De ce grand jour quand verrai-je l'aurore ?

&« Dis-moi, mon fils, ne paraissent.ils pas ?

Un jour pourtant que grondait la tempête Sur les remparts on ne le revit plus,

La mort, hélas ! vint courber cette têto

Qui tant de fois affronta les obus.

Mais, en mourant, il redisait encore

A son enfant qui pleurait dans ses bras :

‘« De ce grand jour tes yeux verront l'aurore, ‘“ Iis reviendront ! et je n’y serai pas ! ”

Tu l'as dit, Ô vieillard ! la France est revenue, Au sommet de nos murs, voyez-vous dans la nue, Son noble pavillon dérouler sa splendeur ?

Ah ! ce jour glorieux où les Français, nos frères, Sont venus pour nous voir, du pays de nos pères, Sera le plus aimé de nos jours de bonheur.

Voyez sur les remparts cette forme indécise Agitée et tremblante au souffle de la brise :

C’est le vieux Canadien, à son poste rendu! ,

Le canon de la France a réveillé cette ombre

Qui vient, sortant soudain de sa demeure sombre, Saluer le drapeau si longtemps attendu.

Ainsi chantait le grand poète canadien Octave Crémazie : celui qui loin de Québec dort maintenant dans le cimetière du Hâvre, celui qui dans un jour de désespérante mélancolie et de triste prophétie pour lui-même, disait :

Priez pour l’exilé qui loin de sa patrie Expira sans entendre une parole amie, Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort,

Personne ne viendra donner une prière,

L'aumône d’une larme à la tombe étrangère!

Qui pense à l'inconnu qui sous la terre dort ?

La réception enthousiaste qui accueillit la

Capricieuse et qui fit vibrer la strophe de Crémazie se renouvellait à un quart de siècle de là en l’honneur du d'Estaing : puis ce fut au tour du d’Estrées, de l’Adonis, du Laplace, du Bouvet, de la Magicienne, du Dumont d'Urville, de la Flore, de la Minerve, du Talisman à la grande joie des Canadiens-Français et de leurs compatriotes anglais qui entr'eux rivalisaient de courtoisie

L'arrivée du La Bourdonnais et du La Galissonnière devait être le sujet de nouvelles fêtes.

Ils sont signalés dans le golfe St-Laurent.

Leur passage est tout aussitôt télégraphié le long de la côte sud du fleuve. À mesure qu'ils défilent, les campagnes du littoral prennent un air de fête. Les paysans accourent sur les grèves saluer la France, la mère-patrie qui passe. À terre les trois couleurs flottent aux mâts de pavillon qui indiquent la demeure d’un pilote ou d’un capitaine de milice. Les campagnes privilégiées qui ont un canon tirent des salves d'artillerie. A bord des yachts, des chaloupes, des légers canots qui courent sous la brise, on salue de partout. Tout à coup le cuirassé et l’aviso tournent le cours du fleuve. Merveille! la ville de Frontenac, de Tracy, de la Galissonnière se dresse en amphithéâtre devant eux. Ils s'embossent devant le quai de la Reine, l'ordre est donné d’affourcher. Les visites officielles commencent. On échang les courtoisies internationales, et maintenant, tant que va durer l’escale, les embarca-

tions, les bateaux à vapeur pavoisés, musique à bord, bondés de monde, ne cessent de faire le va-et-vient entre Québec, Lévis et les navires

. de guerre de “nos gens. ”

C’est ainsi que nous nommons les Français et que se passent les choses dans mon pays.

J'ai vu cela de mes yeux; car si j'ai quitté Québec sur des bâtiments de guerre français le La Galissonnière et le Bouvet, j'ai eu le plaisir d’y arriver à bord d’un troisième, le Laplace, commandé par le brave contre-amiral Galibert. Il n’y a que le nom du navire qui change; la réception est toujours la même. Rien n’émeut plus le cœur de mes compatriotes que lorsque la France revient promener son pavillon dans ces parages découverts, colonisés par elle, et restés sans elle profondément français.

C'était à toutes ces fêtes, à cette bonne et plantureuse hospitalité que les officiers du contreamiral Peyron venaient de dire adieu. La veille encore le pont de La Galissonnière était devenu une salle de bal. Tout ce que la société française et anglaise compte de joli, de spirituel, de gracieux, s'était donné le mot pour passer l’aprèsmidi en France. Un va-et-vient établi entre le cuirassé et le quai de la Reine, transportait les visiteurs chez l’amiral, où la plus large hospitalité les attendait. Reçus à la coupée par un lieutenant de vaisseau, les hôtes de La Galissonnière se voyaient immédiatement entourés par des officiers du vaisseau-amiral et par ceux du

La Bourdonnais, qui leur faisaient les honneurs du pont, transformé en salle de bal.

L'équipage était en tenue.

Partout on ne voyait que drapeaux, festons, guirlandes. Sur les écoutilles, couvertes de verdures, se détachaient en lettres de fleurs aux trois couleurs les noms de “Canada-France.” gra.

cieuse idée, due aux aspirants du La Galissonnière. Le grand mât était en partie masqué par une panoplie, et chacun s’arrêtait émerveillé devant un lustre fait avec des pistolets d’abordage et des baïonnettes.

A deux heures la musique du bord donne le signal de la danse, bientôt le gaillard d’arrière se couvre de valseurs, de jolies toilettes et de brillants uniformes, pendant qu'un buffet organisé dans le carré des officiers, et le poste des aspirants métamorphosé en fumoir, attirent en bas les gens sérieux.

Aujourd’hui la réalité avait remplacé le rêve. Plus de mâts enguirlandés, plus de bastingages disparaissant sous les drapeaux, plus de faisceaux d'armes, plus de toilettes ravissantes. La discipline avait chassé le plaisir. Les commandements, les coups de sifflets se croisaient.

—Dégréez les perroquets !

—Rentrez le petit hunier !

—La compagnie de débarquement à la théorie!

—Grabiers et arriérés du fusil à l'exercice !

—La corvée non de quart à l’école élémentaire !

Et pendant que tous ces ordres s’exécutaient,

par un beau temps, par une mer belle, ia masse blanche et sévère du /a Galissunnière, consciente de sa force, de sa majesté, glissait doucement sur le Saint-Laurent poussée par une forte brise d’est-nord-est, ayant derrière elle le Za Bourdonnais, endenté à distance réglementaire.

Tout à coup un maître de timonerie signale à l'avant trois embarcations aux couleurs de France.

— Faites passer au plus près, commande l'offcier de quart.

Un yacht et deux chaloupes défilent par tribord : ils sont en panne. À chacune de leurs cornes d’artimon flotte un pavillon tricolore. Un long cri de “ Vive la France ” ! s'élève vers nous: les drapeaux s’inclinent et les salves de mousqueterie saluent le /a Galissonnière et le la Bourdonnais qui passent.

À bord les exercices sont interrompus ; on fait rompre les rangs.

—“ Les hommes aux bastingages ! Saluez du pavillon! Vive le Canada! Vive l'Angleterre!

Vive la France ! ” s’écrie l’amiral Peyron.

Un long hourra s'élance du cuirassé: la musique joue :

‘“ Il y a longtemps que je t'aime, Jamais je ne t’oublierai !”

—Chargez cette pièce ! commande de nouveau la voix de l’amiral.

Et descendant du banc de quart il dit :

—1l ya bien des années que je n'ai tiré un coup de canon à ces braves gens !

Une détonation retentit, et au milieu de la fumée on voit s'éloigner les trois embarcations qui sont venues saluer ainsi un amiral de France.

À bord tout le monde est ému. Nous sommes par le travers de Saint-Thomas de Montmagny.

Chacun a reconnu dans le chef de cette démonstration aussi patriotique que spontanée, le sympathique auteur de François de Bienville et du Chevalier de Mornac. Le nom du romancier canadien-français, M. Joseph Marmette, est dans toutes les houches, et le soir il est inscrit en signe d'honneur sur le journal du bord.

Cinq heures après avoir été l’objet de cette ovation le {a Galissonnière ancrait en face de Kamouraska. À 4 heures 50 la soupe avait été servie par bordées: puis on avait complété les postes de combat et d'incendie. Il y eut branle-

bas. On récita la prière.

“— Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, dit la

voix de l’aumônier ; ne nous induisez pas à la tentation, et délivrez-nous du mal. ”

— Ainsi soit-il ! répondit l'équipage.

—Les punitions! crie sans transition une grosse voix ; et le capitaine d'armes s’avance avec le cahier des délits de la journée.

Les délinquants—ils ne sont pas nombreux— reçoivent leur dû et s’en vont la tête basse. Les hamacs sont mis en place, les quarts de nuit

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réglés. On n'entend plus que les vigies. Dès que la cloche de nuit pique une heure, elles crient alternativement :

—Bon quart tribord ! :

—Bon quart bâäbord !

À six encâblures derrière nous se balance, en ligne de file, l’aviso le a Bourdonnais, et pendant que dans la nuit sereine les hommes de faction veillent sur nous, pendant que le reste sommeille, je ne puis m'empêcher de songer à de la Gralissonnière et à de la Bourdonnais.

Ainsi vers le passé revient le souvenir.

Quel est l'esprit paradoxal qui a dit que la France ne savait ni gouverner, ni développer ses colonies ? Certes, celui-là ignorait les faits et gestes des deux hommes qui avaient mérité de donner leurs noms aux navires de guerre qui, ce soir-là, se berçaient doucement sur les eaux du St-Laurent.

Il y a déjà cent trente ans que ces choses se sont passées. Le Northumberland vient d’ancrer devant Québec. On est au 19 septem re 1747.

Sur le château St-Louis on nisse le drapeau fleurdelysé ; les habitants courent mettre leurs habits de fête; les cloches carillonnent ; les canotiers attentifs à leurs pièces se préparent à tirer le salut royal. Aujourd’hui, Rolland Michel Barrin, marquis de la Galissonnière prend au nom du roy possession de son gouvernement de la Nouvelle-France.

Petit de taille, légèrement bossu, la LL

mie du nouveau gouverneur est si douce, son regard si calme, si droit, si profond, que chacun oublie cette difformité. A peine a-t-il mis pied à terre que tous les cœurs lui sont acquis. Le pays qu’il vient commander est bien le champ d'exploitation qui convient à cette dévorante activité. Nommé commissaire pour régler les limites entre les possessions françaises et anglaises, il prévoit toute l'importance que la colonisation du littoral des grands lacs peut donner plus tard à la race anglo-saxonne. Le remède est trouvé.

—“ Installez, écrit-il au ministre, dix mille paysans de France au sud-est de ces mers intérieures ; ils serviront de noyau à ce qui plus tard peut devenir une CONFÉDÉRATION française. ”?

L'influence et le développement du prestige français en Acadie est sa préoccupation de toute heure. À force d'énergie, de perspicacité, il réussit à conserver à son pays la possession du cours de l'Ohio, dirige et consolide l’émigration acadienne sur les bords de la baie de Fundy, entretient une longue correspondance diplomatique avec les gouverneurs anglais de la Nouvelle-Ecosse, de Boston, de New-York, et met celui de la lennsylvanie en garde contre le traité des Apalaches. Il relie le Canada à la Louisiane par une suite de forts jetés le long de l'Ohio et du Mississipi ; ‘“ finit parse convaincre que l'isthme qui joint la péninsule acadienne au continent, à l’est, et les Apalaches à l’ouest

sont les seuls boulevards de l'Amérique française; que si l’on perd l’un, les Anglais débordent jusqu’au Saint-Laurent et séparent le Canada de la mer ; que si l’on abandonne l’autre, ils se répandent jusqu'aux grands lacs et la vallée du Mississipi, isolent le Canada de ce fleuve, lui enlève l'alliance des indiens et restreignent Jes bornes de ce pays au pied du lac Ontario. ” (1)

La clairvoyance du marquis de la Galissonnière va même jusqu’à prévoir la chute de Louisbourg, dans le cas où on ne reprendrait pas l’Acadie.

Ces préoccupations ne lui font pas négliger ses administrés. Il fait le plus grand cas des Canadiens ; et dans ses dépêches il ne cesse de répéter au ministre, que ce sont de rudes marins, de bons et fidèles soldats, d'excellents laboureurs.

Les grandes lignes d’une politique si sûre, si positive dans le résultat prévu, n'empêchent pas l'illustre homme d'Etat de s'occuper des détails. Le commerce, l’industrie, les ressources minérales, agricoles, forestières, les pêcheries d'un pays sont à ses yeux les meilleurs appuis du pouvoir.

—Ïls assurent, répète-t-il souvent, la prépon. dérance d’un peuple sur un autre.

Tout ce que produit le Canada lui est aussi familier qu'à ceux qui ont passé leur vie au

pays de Nouvelle-France. Il a créé à Québec

(1) (Vide) Garneau, Hisloire du Canada, première édition tome II, page 495.

un arsenal, un chantier de construction. Les sciences naturelles n’ont guère de secrets pour lui. Les missionnaires, les coureurs de bois, les interprètes, les commandants de poste, les capitaines de navires ont l'ordre de communiquer au gouverneur tout ce qui peut le renseigner sur la géographie, sur la géologie, les essences forestières, la minéralogie, la botanique des rivages, des pays qu'ils évangélisent, qu'ils explorent, qu’ils commandent. Nul ne sait mieux causer que lui des richesses de la Nouvelle- France, et le peuple toujours un peu superstitieux attribue ces connaissances à une puissance occulte. Les savants apprécient mieux ; et lorsque le naturaliste Kalm se trouve pour la première fois devant de la Gralissonnière, dont il est l'hôte au château Saint-Louis, il lui semble être en présence du grand Linnée lui-même, tant le marquis sait tenir sous le charme, en lui causant de botanique, science qui a pris toute la vie du voyageur danois.

Le premier, de la Gralissonnière propose l’établissement d’une imprimerie à Québec, projet jugé trop hardi par le ministère de l’époque. Aujourd’hui on voit encore dans les “ Fonds étrangers ” de la Bibliothèque Nationale de France ” un petit dictionnaire de la langue des Iroquois et de la nation d’Agniers écrit de la main de la Gralissonnière. C’est un in-8o de 150 pages.

Cette activité incessante, ces vastes connaissances sur les affaires d'Amérique, finissent par

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en

faire causer de lui à Versailles. D'avance, il est appelé à jouer un rôle dans la discussion des frontières françaises de l'Amérique Septentrionale. Bientôt un ordre royal le nomme commissaire au sujet de l’Acadie, et le 24 septembre 1749 il s’'embarque sur le Léopard et retourne en France, après avoir gouverné le Canada pendant deux ans.

La Nouvelle-France avait contribué à faire de ce marin par vocation, de cet érudit par goût, improvisé administrateur par ordre de ses chefs, un savant, un homme d'Etat. En le rendant à sa carrière, la France allait lui devoir un triomphe et lui réservait tous les enivrements de la gloire.

En 1754 et 1755, le ministre de la marine lui confia successivement le commandement de l’escadre de l'Océan et de l’escadre de la Méditerranée. L'année suivante, il transporte à Minorque l’armée du duc de Richelieu, croise entre cette île et Majorque, et le 21 mai 1756, il rencontre la flotte du contre-amiral Byng, de l’escadre rouge. Le capitaine anglais commande à treize vaisseaux de ligne et à cinq frégates. Certain du succès, ayant pour lui le vent et la force numérique, il signale l'attaque à son subordonné, le contre-amiral West.

De Ja Galissonnière monte le Foudroyant ; Byng le Ramillies.

Pendant que West obéit à la consigne et engage vivement la lutte, trois navires anglais,

la Revenche, la Princesse-Louise, le Trident, craignant d’être abordés par les Français, font fausses manœuvres et viennent dans la fumée du combat se jeter sur leur propre vaisseau amiral. Byng ne peut rétablir sa ligne. Seul, West continue à livrer bataille : mais ses efforts ne parviennent pas à entamer la division Glandevez, nom de l'officier qui commande en sous-ordre l’escadre française, et la plupart des vaisseaux anglais sont amarinés ou anéantis.

Cette glorieuse journée ne coûta aux Français que 38 morts et 76 blessés. Elle décida de la prise de Mahon, du fort Saint-Philippe et de toute l’île de Minorque.

De la Galissonnière en rend ainsi compte au ministre, en date du 21 mai 1756,

—Le 18 et jour suivant, je me suis principalement occupé des moyens d’avoir le vent sur les ennemis à leur arrivée ici, mes soins et les divers mouvements que j'ai faits à chaque changement de vent ont étéinutiles, et hier, dans le moment même où j'allais les attaquer avec cet avantage, le vent changea et ils l'eurent sur nous. Ils en ont profité pour nous attaquer sans s'engager, et l’escadre du roi les a reçus de façon à leur faire craindre de trop s’exposer en l'approchant davantage.

Le combat commence par notre avant-garde qui tira la première sur l’arrière-garde des ennemis, qui était devenue avant-garde par un mouvement qu'ils avaient fait. Notre avant-garde a

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