CORRE RE
été assez maltraitée ; cependant les ennemis ont bientôt cessé de la combattre parce que suivant que nous pouvons juger de leur manœuvre, ils avaient dessein de faire leurs grands efforts sur notre arrière-garde ; mais ils la trouvèrent si serrée, et en essuyèrent si grand fon, qu'ils s’en éloignèrent assez promptement. .
En général, il n’y a eu aucun de leurs raisseaux qui ait soutenu longtemps le feu des nôtres, ce qui fait espérer qu'il y en aura eu de fort incommodés; mais nous n’avons rien vu qui ne se puisse réparer. Un a perdu son petit mât de hune, et plusieurs ont paru avoir leurs voiles et leurs manœuvres en fort mauvais état.
Le combat commença à deux heures et demie et finit à 5 heures et demie. Quand les ennemis se virent hors de la portée du canon, ils virèrent de bord. Je fis signal à l'avant-garde qui, depuis longtemps, n'avait plus de vaisseaux par son travers de virer par la contre-merche pour poursuivre les ennemis ; maïs ces quatre vaisseaux, entr'autres le Redoutable, étaient hors d'état de le faire, suivant ce qu'ils m'ont fait savoir depuis. Plusieurs même, qui avaient été obligés d'arriver peu après le commencement du combat, étaient si fort sous le vent, qu'ils ne pouvaient plus exécuter mon signal d’une façon utile : ainsi les ennemis continuèrent leur bordée qui les portait au large, et nous la nôtre. qui nous a menés ce matin à la vue et fort proche de l'entrée de Mahon, qui est l’objet dont je dois m'occuper.
Les ennemis étaient en tout dix-huit voiles, et nous seize, Ils avaient treize vaisseaux en ligne, dont un à trois ponts et nous douze vaisseaux de ligne. La disposition de leur escadre était singulière: le vaisseau à trois ponts était le commandant, et nous croyons que c'est M. Byng. Il faisait dans l’ordre naturel le troisième vaisseau de l'avant-garde, mais dans l'ordre sous lequel il nous a attaqués, il était le troisième vaisseau de l’arrière-garde. L'autre pavillon que nous estimons être M. West, était de la même façon le quatrième vaisseau de l’avant-garde en ordre renversé, en sorte qu’il n’y avait point de pavillon ou corps de bataille, qui, pendant quelques moments, s’est trouvé vide. L'avantage du vent a permis aux Anglais de commettre ces irrégularités sans risque, et notre position demandait que nous fussions serrés comme nous l'avons été; c’est cette contenance du corps de bataille et de l’arrière-garde qui a empêché les ennemis de s’apercevoir du mauvais état de notre avantgarde, ou du moins qui les a empêchés d’en profiter.
Quant au malheureux Byng, il fut accusé de lâcheté devant l'ennemi, traduit devant une cour martiale et condamné à mort d’après cet article d'ordonnance du 12e acte du Parlement passé la 22e année du roy Greorge II.
—“ Toute personne de l’armée navale qui, par lâcheté, par négligence, ou par mauvaise volonté quittera le combat, ou cessera son feu, ou ne
O0 4m mn mm 3 2
donnera pas, ou ne fera pas les derniers efforts pour prendre et couler bas chaque vaisseau qu'il sera de son devoir d'attaquer, et pour assister et soulager chacun des vaisseaux de S. M. qu'il sera de son devoir d'assister et de soulager ; toute personne coupable d’un pareil délit et qui en sera déclarée convaincue par le jugement d'une cour martiale, sera punie de mort. ”
Cette sentence fut prononcée par les juges de l'amiral, ils l'envoyèrent à l'Amirauté avec la lettre suivante :
—Nous soussignés, le président et les membres de la cour martiale nommée pour juger l’amiral Byng, pensons qu'il est inutile de vous avertir que, dans tout le cours de cette longue procédure, nous avons fait nos efforts pour parvenir à la découverte de la vérité, et pour rendre plus exacte justice à l’accusé. Mais nous ne pouvons nous dispenser de vous exposer le trouble de nos esprits, en nous trouvant dans la nécessité de condamner à mort selon l'extrême rigueur du douzième article des ordonnances militaires, peine qu’il a encourue en partie, et qui n’est point susceptible d'adoucissement, même en supposant que le délit aurait été commis par une simple erreur de jugement. C’est pourquoi nous vous prions de la manière la plus pressante, autant pour l’acquit de notre conscience que pour rendre justice à l'accusé, de le recommander à la clémence de Sa Majesté. A bord du Suint-George, dans le hôvre de Portsmouth ce 27 janvier 17517.
Ce cri de la conscience des juges ne fut pas écouté. Victime de l’orgueil anglais froissé par sa défaite, Byng fut impitoyablement sacrifié par un ministère qui ne demandait pas mieux que de détourner sur cet officier général l’attention publique, pouvait se porter sur sa propre nullité. ... 14 mars 1757, un peloton d'exécution fusillait sur la dunette du Monarch, en rade de Portsmouth, John Byng qu'on venait de dégrader devant l’escadre anglaise. (1)
La mort guettait aussi de la Gralissonnière au sortir de sa victoire. Appelé à Fontainebleau par Louis XV, qui voulait lui donner le bâton de maréchal de France, il meurt en route, à Nemours, le 2 août 1756, deux mois après le combat naval de Minorque, et méritant mieux encore que Richelieu, le surnom de vainqueur de Port-Mahon. (2)
Tout autre doit être la carrière de Bertrand- François-Mahé, comte de la Bourdonnais. Perdu au fond de l'Orient lui aussi, il lutte et porte
(1) ‘“ The dissatisfaction in England on the news arriving was taken advantage of by the minority to avert the public ad. visers from their own inefficient measures. Byng was tried by a court martial and condemned to death for à breach of the 1?th article of war, but recommended to mercy. Sacrified to ‘the general indignation he was shot on board the Monarch at Portsmouth, march 14th 1757, meeting his fate with firmness and resignation. In thefleet he was not popular, being a strict disciplinarian.—Chamber’s Encyclopedia.
(2) Le marquis de la Galissonnière avait épousé la fille de Michel Bégon, intendant de la marine à Rochefort. Les ossements de Bégon furent dispersés eu 1793 ainsi que ceux de sa fille, madame de la Galissonnière. Retrouvés en 1839, ils ont été de nouveau transportés dans le caveau primitif.
bu D Om Am sn 0 =