‹ Joies et tristesses de la mer [microforme]Chapitre 6 sur 27 · TUCKER · texte numérisé non relu

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croire aux autorités qu’il commençait l’appareillage, et aiguillonner ainsi le patriotisme des Bostonnais (1). Cette manœuvre les laissa aussi froids que le reste, et à bout de patience, Walker finit par écrire vertement au gouverneur Dudley et par lui dire que le peuple de la Nouvelle-Angleterre vivait comme au temps où il n’y avait pas de roi en Israël, chacun se ce: duisant à sa guise, et faisant du patriotisme et de la grandeur nationale une question secondaire à ses intérêts (2).

À partir de ce moment les rapports entre ces deux personnages devinrent de plus en plus aigres.

—Je suis d'avis et tous les officiers de la marine et du corps de débarquement partagent mon opinion, écrivait de nouveau l'amiral au gouverneur, que votre gouvernement au lieu d'aider et de hâter le départ de la flotte, l’a entravé autant que possible. Comment pourrezvous vous défendre contre un aussi grand nom-

(1) I directed that the foretdpsail should be loosed in the top on the morrow morning, to try it that would be any spur to the

people of this colony, to be more expeditious in forwarding the intented entreprize against Quebec.—Walker’s Journal p. 69,

(2) They cannot sure imagine but that her Majesty will res. sent such actions in a very signal manner ; and when it shall be represented that the People live here as when thère was no king in Israël, but every one docs what seems right in his own Eyes, measures will be taken to put things upon a better foot for the future. 9 juillet 1711.—Lettre de l’amiral Walker au gouverneur Dudiley.

bre de témoins et contre des faits aussi évidents ? Lorsque le Parlement anglais fera une enquête sur votre conduite, et qu'il lui sera démontré le peu d’aide que vous avez donné à la partie navale de cette expédition, il y aura alors un tel cri d’indignation, que la Nouvelle-Angleterre pourrait fort bien se repentir de son inaction. Lorsqu’avec la protection de Dieu je suis arrivé ici, j'espérais que les instructions royales auraient été suivies à la lettre ; que les transports et les pataches de cette colonie auraient été armés et approvisionnés de suite; que mes cadres auraient été complétés, et que chacun aurait fait preuve de patriotisme en me permettant de reprendre la mer au plus tôt, Le contraire est arrivé, rien n’est prêt; mes hommes m’abandonnent et avec mes seuls déserteurs j'aurais pu équiper vos transports. Jamais toute l'astuce du gouvernement de la Nouvelle-Angleterre pourra faire croire à la reine et à son conseil, que la colonie n':ut pu me donner 400 matelots. Mon séjour sera court içi : avec la bénédiction de Dieu, j'espère mettre à la voile demain ou lundi au plus tard. Tout ce qui peut m'’arriver de malheur je le mets sur le compte du gouvernement de la Nouvelle-Angleterre.—Liberavi animam meam (1).

(1) I must need be obliged to concur with the general opinion of all the sea and land-officers here, that instead of assisting, the government of this colony have prejudiced the present expedition, notwithstanding their pretended declarations to the

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Enfin, la prise du Neptune, convoyé à cent lieues et plus du cap au Finistère par une flotte sous le commandement de Duguay-Trouin, vint ajouter aux transes de l'amiral. En date du 27 juillet il transmettait au gouverneur une liste des vaisseaux ennemis, tout en lui écrivant (1) :

contrary, and how they will be ableto defend themselves against so great a multitude of witnesses, and so many evident matters of fact, I leave them to judge, for they may flatter themselves with a great many friends in Britain, yet when the Parliament shall come to enquire, and be informed of the little assistance they have given in respect to the sea-part of the expedition it will produce such a resentment as perhaps New- England may repent...…..

We, by the blessing of God, arrived here the 25th of the last month with our ships of war and transports manned, and expecting according to the Queen's instructions, that we should have found here in less than this time all the transports and tenders ofthis Colony manned and victualled... On the contrary…. it will be impossible by all the art ofthe government of New-England to make the Queen and Council beleive they were not able to furnish three or four hundred seamen for this expedition, We have had more seamen deserted from the fleet than are required to man the transports and tenders taken up by the government... My stay is but short, for I hope by the blessing of God to sail to morrow or at farthest, by monday ; and whatever transports either that came from England, or have been taken up here, shall be left behind me, or suffer any accident for want of seamen, I shall lay it to the charge of the government of New-England. Liberavi animam meam.…...— Lettre de l'amiral Walker au gouverneur Dudley, datée de l'Edgar le 21 juillet 1711.

(1) Ces vaisseaux étaient le kys de 76 canons, le Magnanime de 76, l’Apollon de 72, le Brillant de 74, le Glorieux de 68, la Fidèle de 70, l’Aigle de 74, le Frotée de 68, et le Jason de 48 canons.

‘“ Je vous donne avis que dans le cas 5ù je quitterais cette rade en d'aussi mauvaises conditions, et que j'irais me heurter à monsieur Duguay, comme cela est tout probable s’il se | propose de venir ici, je mets sur le compte de | {Il la colonie tous les aceidents qui pourraient m'ar- H river par le manque de matelots (1).”

| Néanmoins, à force de correspondre, de rager | | et de se faire du mauvais sang, l'amiral Walker était à la veille de voir sa flotte en mesure de LI se mettre en campagne, lorsqu'une dernière hu- | miliation fondit sur lui. Les pilotes ramassés à ll grand frais dans toutes les criques et les baies QUIL de la Nouvelle-Angleterre se faisaient tirer l’oqu reille, et prétendaient ne plus connaître le golfe | {il et le fleuve Saint-Laurent. Bref, ils se cachaïent

| ou refusaient d’embarquer, et il fallut un war-

rant royal pour les consigner à bord.

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ll | Ce fut dans ces tristes circonstances, et après | avoir épuisé toutes ses ressources à se chicaner qu comme un clerc d’huissier, que l'amiral sir | 1 Hovenden Walker appareilla le 80 juillet 1711. |

Il Une flotte splendide le suivait, et derrière lui soixante-et-dix-sept navires de haut-bord sor-

(2) I shall only take notice, that if upon my sailing from this Lil port in so weak a condition, and meeting with monsieur Du- 4

(ll } guay, as in all probability, if his design is on this place, I shall, À 6 il and any accidents happen for want of my being sufliciently 4 {| manned, the blame must be upon this colony.—Lettre de Wal- 4 (ii! ker à Dudley, page 253.

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et après hicaner iral sir et 1711.

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tirent des passes de Nantasket, et prirent orgueilleusement la haute mer (1).

À bord tout était dans la joie. Le temps était clair ; il ventait frais et bon comme disent les marins, et Dieu daignait enfin sourire à cet amiral anglais qui, malgré la paix existante alors entre la reine Anne et le rc: très chrétien, s'en allait, pour satisfaire un royal caprice, porter la torche et l'épée dans le pays de nos pères. Dans ces temps hélas! le paradoxe était une arme subtile entre les mains du pouvoir. Anne n'était

(1) Voici une liste exacte de cette flotte. Vaisseau amiral, l'Edgar 70 canons, le Windsor 60 canons, le Montague 60 canons, le Swifisure 70 canons, le Sunderland 60 canons, le Monmouth 70 canons, le Dunkirk 60 canons, le Humber 80 canons, le Devonshire 80 canons. Transports, Recovery, Dedight, Eagle, Fortune, Reward, Success Pink, Willing Mind, Rose, Life, Happy Union, Queen Anne, Resolution, Marlborough, Samuel, Pheasant, Three Martins, Smyrna Merchant, Globe, Samuel, Colchester, Nathaniel et Elizabelh, Samuel et Anne, George, Isabella Anne Catherine, Blenheim, Chalham, Blessing, Rebecca, Two Sheriffs, Sarah, Rebecca Anne Blessing, Prince Eugène, Dolphin, Mary, Herbin Galley, Friend’s increase, Marl. borough, Anna, Jérémie et Thomas, les Barbades, Anchor and Hope, Adventure, Content, Jean et Marie, Speedwell, Dolphin, Elizabelh, Marie, Samuel, le Basibé, la Gren.de, Goodwill, Anna, Jean et Sarah, Marguerile, Dispaich, Four friends, Francis, Jean et Hannah, Henrielte, Blessing, l'Anlilope, Hannah el Elizabelh, Friend's adventure, Rebecca, Marthe et Annah, Jeanne, l'Unité, et le Newcaslle.

L'Entreprise de 40 canons, le Saphire de 40, le ‘Kingston de 60, le Léopard de 54, et le Chester de 54 canons, ainsi qu'une prise, le Trilon, rejoignirent l'amiral dans le Golfe. Quant au Leostoff, et au Feversham, frégates de 36 cons qui faisaient partie de l’escadre, personne n'en entendit plus parler.

pas femme à rester en arrière, et dans un jour de spleen, elle s'était mise en tête que les Français établis au Canada et obéissant aux prétendus titres de Sa Majesté le roi de France, étaient tout autant ses sujets que s’ils fussent nés dans le Grande-Bretagne ou en Irlande. Ces beaux sentiments avaient trouvé nn écho fidèle chez l'amiral Walker, et il s'était occupé à les consigner dans une ronflante proclamation, bien longtemps avant que sa flotte, âpre à son œuvre de destruction, se fût mise à courir toutes voiles dehors, la poulaine tournée vers Québec (1).

(t) Voici une partie de cette curieuse proclamation : on croirait relire la sainte prose du pieux empereur Guillaume de Prusse,

“ The French have committed several hostilities against the subjects of the Kings and Queens of Great Britain, therefore those Lands and Territories, so possessed by the French, do, according to the Laws of Nature and Nations, of Rigth revert to the crown of Great Britain where they criginally were ; and it become lawful for Her Majesty and the most Christian King, to resume them...

Yet now, with a most pious intent for preserving for the fature a perpetual and lasting peace in North America. Her Majesty has resolved [under the protection and assistance of Almighty God] to recover all those said forfeited Lands and Territories, and appoint her own Governours in all those several territories, citis , towns, castles and fortification, where his most Christian Majesty has pretented to settle any.

And because the French now inhabiting those parts may either out of Ignorance or Obstinacy be induced by persons of malignant and turbulent spirits, to resist her Majesty’s so good designs, she has thought fit, in Reliance on the Blessing of God upon her so pious and religious Purposes and Endeavors, to send such a strenght as may, by the divine Assistance, be

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À la hauteur du Cap-Breton, l'Edgur, sur lequel était hissé le pavillon amiral, fut rejoint par le Chester qui mit à son bord le capitaine Paradis. Ce dernier commandait le Neptune de LaRochelle, petit navire de 120 tonneaux, armé de 10 canons, portant 70 hommes, dont trente destinés à la garnison de Québec. Il avait été amariné quelques jours auparavant par le capitaine Matthews. Vieux loup de mer qui avait fait deux naufrages dans le golfe et en était rendu à son qu trième voyage au Canada, le capitaine Paradis connaissait son Saint-Laurent par cœur, et décidément le ciel semblait se ranger du côté de l’amiral, en jetant sur sa route

suflicient to force a compliance, and reduce all opposers to Reason.

And esteeming all the French who are settled in the said Lands and Territories, under the pretended Title of his most Christian Majesty, to be as much subjects to the crown of Great Britain, as if born and settled there, or in Ireland, or any other of her Majesty’s Colonies, more immediatly under her protection. It is hereby declared that after any hostilities shall be committed, then we think ourselves free from all these premises. and we shall then have no farther regard than, by the assistance of God, to reduce all that resist by military force trusting in the almighty that he will favour and succeed her Majesty’s arms, in so reasonable, just and religious a design.

Walker ajoute à la page 53 de son Journal, que cette proclamation fut soumise au gouverneur Dudley. ‘“ He liked it extremely well, declaring himself of opinion thatit would be of great use for disposing the minds of Canadians to submit to the British Government, where upon we concluded to have it translated into French and printed, in order to have it dispersed amongst the French about Canada.”

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pareil pilote. Une récompense de cinq cents pistoles—soit deux cent cinquante louis—dont cent pistoles d’arrhes, fut promise au capitaine Paradis s’il voulait guider la flotte; une fois rendu à Québec, le prix du Neptune devait lui être payé en entier, et sa vieillesse mise à l'abri du besoin.

Pour être juste envers le prisonnier de Walker, les mémoires et les documents du temps ne mentionnent pas, s’il accepta ou s’il refusa. La seule chose qui soit parvenue jusqu’à nous, c’est que Paradis, au dire même de l’a airal, ne se gêna nullement pour lui faire un sombre tableau des misères et des intempéries qui attendaient la flotte anglaise dans les eaux de la Nouvelle- France. Ces avis concordaient avec ce que le premier lieutenant du Neptune, expédié à Boston à bord de la prise du Chester, avait déjà assuré à l'amiral :

—$i vous vous aventurez dans le Ssint-Laurent avec pareille flotte, lui disait-il, vous y perdrez tous vos vaisseaux (1).

Sur le moment, Walker crut que ces paroles n'étaient qu’une ruse de la part d'un Français qui voulait sauver son pays de l'invasion, mais bientôt l’idée d’être obligé d’endurer peut-être

(1) IfI pretended to go up that river with this fleet I should loss all the ships. However I did not seem to give credit to all this account of the danger of Canada river ; but rather looked on it as an artifice of an ennemy to discourage the undertaken. —Walker’s Journal, pp. 110 et 111,

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les rigueurs d’un hiver canadien se prit à hanter continuellement le cerveau de l’amiral, et plus tard ce cauchemar lui faisait écrire une de ses meilleures pages (1). Mais en ce moment tout en entier à ce que lui disait Paradis et se rappelant en même temps la conversation du lieutenant du Neptune, Walker devint soucieux, et la brise venant à tourner grand frais, il prit la résolution de se mettre à l’abry dans le havre de Gaspé. Un navire français de la Biscaye était là, en train de se charger de poisson pour l’Europe. On s’en empara, et comme le lendemain il fallait faire d’inutiles efforts pour le toner au large, l'ordre fut donné de le saborder, de mettre le feu aux habitations du bassin, de détruire les provisions qu'on y trouverait, et de faire prisonniers tous ceux qu'on rencontrerait, pendant

(1) I must confess, the melancholy contemplation of this [had it happened] strikes me with horror. For how dismal must it have been to have beheld the seas and earth locked up by adamantine frosts, and swolen with high mountains of snow, in a barren and uncultivated region, great numbers of brave men famishing with hunger and drawing lots who should die first to feed the rest, without the least appearance of relief ? For what expedients could have been thought of in so deplorable circumstances, other than abandonning all the ships, naval and military stores and ammunition to the enemy, and desperately attempting to march through uninhabited and wild woods and deserts, over deep snows and rocks of ice, to try if happily we could have reached any part of New-England, before we had all perished by the way. For certainly great number would have been 'eft dead in the march and frozen into statues for their own monuments.— Introduction of Walker's Journal, page 25.

il que le Sapphire et le Léopard iraient brûler Bonaventure. Ce village ne fut sauvé que pai un calme plat.

ll Amère dérision des choses humaines! Qui

| aurait dit en ce moment au chevalier sir Hoven-

quil den Walker, contre-amiral de l’escadre blanche,

(qi que ce méchant lougre coulé à fond et cette

| dizaine de baraques réduites en cendres seraient

les seuls souvenif## que sa formidable armada laisserait aux flots oublieux du Saint-Laurent, l’aurait-il crû ?

Un vent: frais poussa bientôt l’escadre hors du bassin de Gaspé, mais en le débouquant la nil brise fléchit, le calme se fit, et bientôt une pluie nu fine se prit à tomber pendant qu’au large le HUE brouillard se faisait. Bientôt il enveloppa la } nil flotte, ne laissant voir que de fois à autres les voiles d’une frégate ou d’un transport qui tâchait 4 | de garder autant que possible sa ligne de ba- [Il taille pour éviter le boulet que chaque comman- ! UNE dant de division avait ordre de lui envoyer, L WU __ dans le cas où il s’en sérarerait (1). Ceci dura FTIE toute la journée du 22 août, mais le soir le vent

[il se prit à souffler en foudre ; le brouillard devint L. | | de plus en plus intense, la sonde ne mordait |

(1) No commodore is to suffer any ship of his division to go À fil a head of him, and in case any do, to fire at them; and the LE man of war, in his division or next to that ship, that goes-aal head, shall make up sail to get up with her, and camse the shot | ! to be paid for by the master.—Additional signals and instruc-

Il lions given by admiral Walker, p. 272.

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pas, et comme depuis le mardi les vigies n’avaient pas signalé la terre, on calcula par estime qu’on serrait de près la côte nord.

L'officier de loch venait de faire une erreur de quinze lieues! (1)

Paradis consulté fut alors d'avis de mettre en panne avec les amures à babord, tout en ayant soin de se tenir la tête au sud au moyen du perroquet d’artimon et du grand hunier.

Deux heures et demie se passèrent à faire cette manœuvre, et l'amiral venait de se mettre au lit, quand tout à coup, le capitaine de l’Edgar crût entrevoir la terre. D’après de nouveaux calculs, il en était arrivé à la conclusion que c'était la côte sud, et courant avertir son supérieur il reçut l’ordre de faire des signaux à la flotte pour qu’elle virât immédiatement vent arrière, et recommençât la même manœuvre avec les amures à tribord.

Un jeune officier du régiment du général Seymour, le capitaine Goddard, se trouvait alors sur le gaillard d’arrière. Il aperçût la mer défer-

‘ ler et se briser sous le vent, au moment où l’Ed-

gar faisait son abattée, et tout effrayé il se précipita dans les appartements de l'amiral, en lui criant :

—K$ir Hovenden! nous sommes entourés de récifs !

L'amiral se prit à plaisanter M. Goddard sur

(1) Vide. Introduction de Walker’s Journal,

sa frayeur, lui assura que le capitaine de sa frégate, M. Paddon, était encore plus compétent pour les choses de la mer qu’un officier d’infanterie, et il lui souhaïta le bonsoir.

Mais le fantassin ne se tint pas pour baitu.

Pendant cette conversation avec son supérieur les brisants avaient grandis : un tumulte terrible se faisait sur le pont, et oublieux de l’étiquette pour ne plus songer qu’au salut de tous, le capitaine Goddard, rentrant de nouveau dans les appartements de sir Hovenden le supplia, au nom de Dieu, de monter sur son banc de quart (1).

L'amiral s’y rendit gaiement—irn gown and slippers—en robe de chambre et en pantoufles.

L'Edgar était à la veille de talonner. Tout le monde avait perdu la tête; personne ne savait où était allé Paradis : la frégate faisant chapelle s'était laissé coiffer et avait rejeté les brisants sous sa hanche, pendant que pour comble de malheur, le capitaine Paddon, hors de lui, avait fait dégager une ancre qui dérapa de suite et qu’il fallut couper immédiatement.

La Inne sortit alors du brouillard et montrant distinctement la côte nord, permit à l’amiral de rassurer un peu ses hommes (2). Sur ces entrefaites, Paradis que l’on avait réveillé, fit transmettre l’ordre de hisser toutes les voiles. Il fallait sortir de là couvert de toiles, ou chavirer.

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(1) Vide Journal de Walker, p. 124, (2) Vide Journal de Walker, p. 125.

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L'Edgr'ar, sous la main ferme du capitaine canadien-français se pencha sur les brisants, fit une seconde abattée, plongea fermement ses écubiers sous la lame, et sortit.

Pendant toute cette nuit-là, séparé de son escadre l'amiral courût dans le sud, puis au matin, en reprenant sa bordée il fit la rencontre du Swiftsure, qui lui apprit une partie de l'immense désastre que nous ne connaissons plus que sous le nom du Naufrage de l'Anglais.

À ce rapport vint bientôt se joindre celui du capitaine Alexander, du Chatham ; il était navrant.

Huit gros transports de 2,316 tonneaux et trois quarts, — ancienne jauge,—l’Jsabella Anne Catherine, le Samuel et Anne, le Nathaniel et Elizabeth, le Marlborough, le Chatham, le Colchester, le Content et le Marchand de Smyrne étaient venus s'éventrer sur l'Ile-aux-Œufs, pendant cette nuit terrible (1). Les capitaines Richard Bay.y, Thomas Walkhup et Henry Vernon s'étaient noyés. Jusqu'à présent 884 cadavres jonchaient les criques de l’île et ies sables de la côte du Labrador, et trois frégates le Windsor, l’Aigle et le Montague n'avaient évité une perte totale, qu’en se réfugiant, sans le savoir, dans une passe. Par ce désastre, les régiments des colonels Windresse,

(1) L'’Te-aux-OEufs est une ile sauvage et dénudée, longue de trois quarts de mille. Elle est formée par des rochers granitiques divisés en quatre sections très sensibles. De nos jours, dE n’a pour habitation qu’un petit phare en bois, lavé à la chaux.

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