IN MEMORIAM
Les roses penchées
Aux grès roux des balustres
Pleurent au flot virant leurs pétales de sang;
— Les rives en sont tout enjonchées —
Les folioles enguirlandent en passant
Tes corolles lacustres,
Blanc nénuphar éblouissant.
Je t'ai couronnée, o douce àme pâle,
De mortelles fleurs sur tes yeux effeuillées ;
Mais nul deuil de cœur ne les aura souillées,
Nos amours où tu n'eus de rivale,
Nos amours c[ue nul n'aura raillées.
Ce furent des soirs de rêve stellaire
— Quel éternel oubli nous outracjc y — Des songes r\'thmés aux chants de la plage, La hantise de tes veux d'aiijfue claire.
Et des larmes de rage.
Ce furent de folles matinées
— Quel hiver de niort flétrit nos prii}te)np^? — Des ciels de soie et des mers satinées,
Et tout l'absolu des vingt ans.
Et toutes les chansons entonnées.
Ce fut par des bois et des prés et des grèves
— Quel frisson nous vient co}n)nc d'un caveau quDn Ce fut en la joie et le rire et les rêves [ouvre / — Tout ITnfini du cœur qu'on découvre
Au loin fleuri de ses heures brèves.
l'n chant me revient en la brise des Mais Comme en un souftle de toi qui dorméus, Comme ta voix aux chansons naïves, Muette — et sonore en mon àme à jamais;
Un arôme en la brise d'Avril circule Lointain et vague et qui fleure les rives Et les bois endeuillés de crépuscule Et tous les passés où mon âme recule A travers la nuit et ses heures passives ;
Jusqu'en ce soir, jusqu'en ce rêve Ta voix me chante sa musique grave ; Quel fou nous conte c|ue la joie est brève ? Elle est la douleur éternelle et suave !...
Les roses penchées
Aux grès roux des balustres
Pleurent aux flots virant qui les mirèrent belles ;
Toutes les plaines sont fauchées;
La vie est croulante, lustres sur lustres ;
Quelle fleur et quelle heure seront immortelles !