RONDE
Oh est la Marguerite,
0 gué, 0 gué, o gué, Où est la Marguerite,
0 gué, son clievalier ?
Elle est dans son château de fleurs et de charmilles, — Ses yeux gris sont perdus aux brames du lointain ■ Doucement triste du rêve des jeunes filles, Blonde dans le matin.
Elle est dans son château des Tourelles graciles, Aux terrasses fleuronnées ; Où les heures sont lourdes c^ui semblent faciles, Lentes et lourdes comme des années.
ii6 JOIES
Lentes et si faussement pronées, Lentes et languissamment sonnées.
Elle est dans son château qu'isole un bois de chênes
Surgissant des hameaux vers les tours hautaines
Et sur cjui passe un vol, vers là-bas essoré ;
Elle évoque en écho des chansons lointaines
Où pleurait un cceur éploré
Et joyeux de sa peine,
Quelque Chanteur lauré :
« Sais-tu qu'il est une heure où ne s'irrite Plus cœur ni àme. enfin lassés d'attendre? En es-tu là ? que ton désir s'abrite En l'ombre qui se fait muette et tendre ?... »
Oii est, la Marguerite,
0 gué, 0 gué, o gué.
Oh est, la Marguerite,
O gué, ton cJievalier?
Oîi est la Marguerite,
0 gué, 0 gué, o gué, Ou est la Marguerite,
O guéj son chevalier ?
Elle est dans son verger sous les pommiers en neige,
Légère, et que son rêve d'Avril allège,
Son rêve où l'Amour passe en cortège
— Et la toile sur l'herbe éblouit de soleil —
Elle est dans son verger, toute troublée
Des toxiques qu'Avril a fleuris à la haie
— Il frissonne dans l'herbe une chanson tremblée
Et son bonheur s'essore en un rire vermeil.
Elle est dans son verger fragrant et qui essaime Et bourdonne et murmure, ensorcelleur ;
n8 JOIES
Rose de vague joie, ivre du vrai Poème, A demi craintive à l'oracle d'une fleur, Mais croA'ant surtout ce cju'a dit de qui l'aime Le cierge bénit à la Chandeleur.
— Elle rit d'elle-même
Et regarde la route et de sa main s'abrite...
Où est, la Marguerite,
O gué, 0 gué, o gué, Où est, la Marguerite,
O gué, ton chevalier ?
Où est la Marguerite,
O gué, o gué. o gué, Où est la Marguerite,
0 gué, son clievalier ?
Elle est dans son couvent qui prie et pleure ;
Elle est agenouillée et l'heure suit Theure ;
Elle est dans son couvent c|ui prie et qui pleure.
Elle prie en la pénombre de la veilleuse
Et rêve à l'amant de la Cité merveilleuse,
Au beau Christ mort dont elle est la pleureuse,
Elle est dans sa cellule qui pleure et prie Belle, et c{ui s'offre au Dieu de son choix, Jonchant des fleurs dont son àme est fleurie Le vieux chemin de la Croix.
Comme un oiseau de mer, les ailes toutes grandes,
Son âme est portée en l'ouragan des orgues
Et plane éperdue en la brume encensée,
Lasse et pâmée et livrant en offrandes
Au Dieu de son choix toute son âme insensée.
Son âme est emportée en l'ouragan des orgues. Ivre de foi crédule à de vagues prodiges
— L'ostensoir ébloui ra3'onne ses prestiges
Sur les prêtres courbés, et leurs ors, et leurs morgues
— Toute son âme est prise de vertiges.
Et son esprit de fille contre elle est ligué — Elle est perdue, elle est la néophite.
Où est la Marguerite,
O gué, 0 gué, o gué, Où est la Marguerite ^
Elle est dans son château, cœur las et fatigué, Elle est dans son hameau, cceur enfantile et gai, Elle est dans son tombeau, semons-3' du muguet,
O gué, la Marguerite.