‹ JoiesChapitre 6 sur 21 · PARLE-MOI · texte numérisé non relu

PARLE-MOI

Donnez-moi la brise en les feuilles rieuses, Et le vent qui court en poussière aux chemins, Et l'arôme sain des flores pieuses, Tous les hiers et les demains ;

Donnez-moi le poème des fleuves graves, Le regard placide des lacs oubliés.

Le rêve intraduit des heures suaves Où nos regrets sont palliés ;

Donnez-moi l'Océan, en la nuit, qu'on écoute — En la nuit des 3'eux clos ou des astres voilés Donne-moi l'aveu de ton àme toute Et le son de tes songes parlés ;

Parle-moi de ta voix aux gammes réelles — Que m'importe, à présent, la banale victoire : J'ai songé vingt ans à des choses mortelles. Et l'Ombre m'a drapé de ses langes de gloire.

vous SI CLAIRE

« Vous si claire et si blonde et si femme, Vous tout le rêve des nuits printanières, Vous gracieuse comme une flamme Et svelte et frêle de corps et d'àme, Gaie et légère comme les bannières; Et ton rire envolé comme une gamme, En écho, par les clairières — »

« Vous ma fierté tout enorgueillie,

Vous seul but. seule voie et seule fin,

Vous de qui seul je me rêvais cueillie,

Vous mon poème et ma soif et ma faim,

Quel soir est tombé, quelle heure est vieillie? »

« Moi je m'en fus vers des fleuves dorés. Roulant du Sud vers les plaines hyperborées ; Quêteur des sources ignorées J'ai suivi la rive des fleuves dorés : Les vents me poussaient à l'encontre des flots Et je n'entendais plus mes propres sanglots ; De l'envergure de mes voiles essorées J'ai suivi la rive à l'encontre des flots. »

« Je m'en suis allée en le rire des brises

Par le verger de Juin tout gemmé des cerises,

Dans l'arôme des fleurs et la chanson des cèdres

Par un vague sentier propice aux méprises,

Tout glissant et sourd, à travers les grands cèdres :

J'ai cherché mon chemin jusqu'aux heures grises. »

« Moi je vins en un lieu qu'abrite une montagne, Sous un ciel gris et froid dont la tristesse gagne, Je me sentais las de la lutte et sans rêve ; J'échouai ma barque et je gravis la grève Et je m'en suis venu à travers la campagne, Au crépuscule où la lune se lève. »

« Voici le carrefour — Toutes routes s'y joignent — Le sentier des hasards mène en fatals circuits : Pour la suprême fois avant qu'ils ne s'éloignent Nos cœurs battent d'accord sous le rêve des nuits. »

« Vois, ma fierté faiblit et je suis lâche en l'ombre... » « Vois ma pudeur se meurt et se donne et te veut... » « ... Il semble qu'une étoile, vois ! vacille et sombre,..» « ... Écoute : la forêt, au loin, là-bas, s'émeut... »

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