‹ JoiesChapitre 9 sur 21 · LES DOUX SOIRS SONT FLÉTRIS · texte numérisé non relu

LES DOUX SOIRS SONT FLÉTRIS

« Les doux soirs sont flétris comme des fleurs d'octobre

— Qu'irions-nous dire au saule, aux ajoncs, aux lagunes ? — Mon âme à tout jamais s'est faite grave et sobre ;

— Qu'irions-nous dire aux dunes ?

Le vent se lève et vient, discret et sans parole :

Ma tempe est fraîche de son baiser ;

La nuit — doucement, comme une mère console

Se lève et vient m'étreindre et me bercer

— Qu'irions-nous dire au saule?

Vous fûtes mon roi pour un printemps fleuri, Vous fûtes l'élu de vos douces paroles ; Le savions-nous, quand nous avons ri, Que tous deux jouaient de vieux rôles ?

Le savais-je, moi ? vous, le saviez-vous?

— Maintenant tout est gris sur la lande nocturne —

Avec nos rires faux et doux ?

Que nous en avait dit l'avenir taciturne ?

Que savions-nous ?

Moi, je rêvais, sans doute, les vieux poèmes,

Et vous, les vieux contes de bonnes fortunes :

« Vous m'aimez? — je t'aime! — tu in aimes! »

Quel âge avons-nous donc pour rire de nous-mêmes ?

Qu'irions-nous dire aux dunes?

Au saule, aux ajoncs, aux lagunes?

— La lune se lève en ses halos blêmes —

Nos cœurs seront morts sans racunes. »

Page 1