‹ Jonathan Swift sa vie et ses œuvresChapitre 2 sur 3 · SA VIE ET SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES ŒUVRES

La réroltitioii de 1688, coaiéenition du goavernetnént

constitutionnel en Angleterre, eut longtemps dans le pays et en Europe des adversaires redoutables, donl i'avénement de la maison de Hanovre put seul détruire les dernières espérances. Le respect de la nation pour la loi aiait aoutenu Jaciiiies II trois andéea DMlgré lui-inéoié, etrAnglelerre, {Muaséie à bout, Tarait moios renvené qu'elle ne ravait laissé tomliér. Aussi, les partisans de cette maison malheureuse virent-ils avec joie succédera Guillaume une reine qui pouvait, en laissant ta couronne à son frère, accomplir pacifiquement une restauration nourelle , qu'on s'engageait à rendre sage et qu'on espérait reodre durable. D*un autre côté, ravéoenieiit de la riéiiie Anne» à rexdusion du prétendant, panissait A la ferme sagesse des Wbigs la conséquence légitime de la révolution et une garantie suffîsanle des libertés pubii-

ques. Les Tories enfin espéraient beaucoup d'une princesse amie déclarée de l'église établie, et plus favorable au maintien de la prérogative royale qu'au développement du gouvernement parlementaire. C'est aux destinées de ce parti qui, mattre des dernières années de la reine Anne, se jeiant entre l'Europe et la France, permit à Louis XIV de mourir en paix, et qui, se laissant entraîner du côté où il penchait, faillit rappeler les Stuarts , c'est aux luttes ardentes de ce parti contre les dérenseurs de la liberté religieuse et contre les promoteurs ambitieux de la liberté politique qu'est demeuré attaché le grand nom de Jonathan Swift.

Des commencements difficiles, une fin cruelle, des espérances renaissantes et toujours trompées, une ambition sans scrupule et en même temps sans prudence, le funeste privilège d'inspirer des passions profondes et de ne les point ressentir, de connaître et de peindre, avec une force incomparable, les misères de la nature humaine, et de pouvoir être cité soi-même comme uo vivant exemple de la vérité de ces peintures, telle fut en ce monde la destinée de Swift qui s'y résigna d^autant moins qu'il la comprit davantage, et qui prit Tamère habitude de relire, chaque fois que l'année ramenait le jour de sa naissance, le chapitre de l'écriture où Job déplore la sienne et maudit cette nuit fatale où l'on annonça dans la maison dé son père qu'un enfant mâle était né.

Bien qu'on ait longtemps montré à Dublin la maison où naquit Swift , bien qu'il ait passé la plus grande partie de sa vie en Irlande et y soit devenu populaire, Swift n'avait rien d'Irlandais, ni dans le sang, ni dans le caractère. Son grand-père, vicaire do l'Église anglicane, dans

le comté d'Hereford et tout dévoué à la cause royale pendant les guerres civiles, avait eu quatorze etiTants. L'atné de ses dix fils, Godwia, Dommé procureur-général eo Irlandet j avait attiré quatre de ses frères. L'un d'eux, Jonathan, s'était marié dans le comté do Leicester. U amena sa femme à Dublin» et après deux ana de mariage, y-mourul ao mois d*avril de l'année 1667. Le 30 nofem*brc di3 la môinc année, sa veuve, déjà mère d'une &ile, mit au monde Jonathan Swift.

Godwin, qui consumait ses ressources et sa vie en vainef entreprises, et qui expiait par une gène continuelle 09 désir immodéré de faiie fortune, ne secourut qu*împar» faitemenl sa iieUe-scBur et son neveu. Lorsque aptès avoir INMSé huit ans dans une petite éeole, Swift entra à qua* torze ans dans l'université de Dublin, il sentait déjà vivement la différence que mettaient entre lui et la plupart de ses camarades la pauvreté et l'abandon. Il ne parla jamais qu'avec ressentiment de ces longues années de collège ^'dea éprauves qu'y subit son oi^eiL Rien ne relevait sa situation parmi ses condisciples, et les soooès GlMSiques qui Toussent rendue meilleure et plus douée, lui firent coBiplètemeot défaut. Il prit en baine les eieiw cices du collège et particulièrement ceux auxquels ses maîtres âltachaient le plus d'importance. 11 garda contre la logique et surtout contre les commentateurs d'Aristote, une rancune qui a laissé dans ses écrits des traces nombreuses et impérissables. Dans nie des sorsien, Gulliver obtient de son h6te l'évocation et Tentretioo des mortsias plus illustres : « le demandai, dit-il, que l'on fttapparattre Homère et Aristote à la tête de tous leurs commentateurs; mais ceux-ci étaient si nombreux quHl y en eut plusieurs centaines qui furent obligés d'attendre dans les aotichanibres et dans les cours 4u palais. Au prenrier

coup d'oBÏI, je distinguai ces deux grands hommes, non seulement de la foule, mais l'un de l'autre. Homère était plus grand et de meilleure mine qu'Âristote ; il se tenait très-droit pour son âge, et ses yeux étaient les plus vifs et les plus perçants que j'eusse jamais vus. Âristotc se courbait beaucoup et s'appuyait sur un bâton. Son visage était maigre, ses cheveux lisses et rares, sa voix creuse. Je m'aperçus bientôt qu'ils étaient l'un et l'autre parfaitement étrangers au reste de la compagnie, et n'en avaient jamais entendu parler. Un spectre, que je ne nommerai pas, me dit à l'oreille que ces commentateurs se tenaient toujours le plus loin qu'ils pouvaient de leurs auteurs dans le monde souterrain, parce qu'ils se sentaient honteux et coupables d'avoir si indignement défiguré la pensée de ces grands écrivains aux yeux de la posérité. Je présentai à Homère Didymc et Eusthathius, et je Tinduisis à les traiter mieux qu'ils ne le méritaient peut-être, car il reconnut bientôt qu'ils manquaient du génie nécessaire pour pénétrer un poète. Mais Aristote perdit patience quand je lui rendis compte des travaux de Scot et de . Ramus, en lui présentant ces deux savants, et il leur demanda si tout le reste de leur espèce était composé d'aussi grands sots qu'eux-mêmes. »

Après avoir échoué une première fois à son examen Bachelor-of-art8 , l'indocile écolier fut reçu le 18 février 1686, avec cette mention speciali gratia. Pendant toute la durée de son séjour à l'Université, il fut en état de révolte contre la discipline, et fut frappé sans cesse de punitions dont ses adversaires et ses défenseurs discutent trop gravement le nombre et l'importance. Il passa encore trois années au collège, de plus en plus inquiet de l'avenir, à mesure qu'il approchait du monde, appauvri, s'il était possible, par la mort de son oncle Godwin, secouru

de meilleur cœur, mais avec aussi peu d'ejOTicacité par sou ODQle William. £d 1688, il quitta le ooU^ et Tlrlande, et ? îDt à Leicester oà le spectacle de U paufrelédesa mère aigrit encore sa tristesse. Elle se soafint eofin; heureusement pour soD fils, que le célèbre sir WttHam Temple avait épousé une de ses parentes; elle engagea Swift à tenter de ce côté la fortuoe. Il s'y décida et parut bientôt devant le spirituel vieillard qui, abrité à Sheen, laissait s'accomplir et se consolider la révolution de 1688.

Temple avait traversé les pires années de la restauration, tofûonrs prudent et toujours heureui, habile et intègre négociateur à Tétranger, dans son pays amateur, discret du bien public, gardien vigilant de sa réputation et de sa fortune, et paraissant dédaigner un pouvoir dont il redoutait l'exercice. Il n'avait jamais résisté ni aux passions royales, ni aux passions populaires, mais il ne leur avait Jamais servi dlnstrument Peu enclin à remonter le courant ou à le suivre, il se tenait volontiers m la rlve« Les trahisons d*autrui donnaient à son habile indécision un air de persévérance, et l'immoralité publique élevait au-dessus de son prix sun iuactivc vertu. Mais Tart suprême de Temple était de paraître agir et de sembler nécessaire. Il lassa le roi Charles, en refusant plusieurs fois le ministère, sans cependant l'irriter ; et lorqu*en 1619, le roi voulut lui imposer ce fardeau, il céda, mais en faisant échouer son élection au parlement, il sut rendre impossible cette embarrassante élévation. Pendant les brûlants débats de l'Acte d'Exclusion, qui devait fermer au duc d'York le chemin de la couronne, il était membre de la chambre des communes, mais il se garda d'y paraître, et laissa le monde et ses amis aussi peu éclairés que la chambre sur son opinion. L*avénement de Guillaume, qu*il avait connu en Hollande pendant les n^iodatlons

de la pais de Nlmèguet ie réjouit sans le décider à preiH drè part aa goumnement. Il offrit irolontlen ao DoaTean mYerain ses conseila et son espérance, mais Giilllaiinie dut lea Tenir eheretier dam ce délicieux séjour de Moor- Park, où Temple vieillissant s'abandonnait aux lettres et goûtait la politique» ne voulant se sentir ni trop loin, ni trop près de Londres. ^

naecaeillU Swift aTee bonté, le ât son secrétaire, et n'eut pas de peine à reconnaître sous celte éducation incottplète une vire et forte intelligence. Des lectures nom* breuaes, le commerce liabitnel de cet homme supérieur, donnèrent a 1 esprit do Swirt, avec Tinstruction qui lui manquait, une étendue et une solidité qui le distinguèrent plus tard des hommes de lettres engagés comme lui dans la politique sans y avoir été introduits, comme lui; par la main eipérimenlée d*un homme d'État. Mais en rêvant, rien tt*étalt moins propre à fermer les blessures, qu'avaient lainées dans Tâme de Swift les épreuves de sa jeunesse, que le scepticisme de Temple, que sa prudence intéressée, que cette mauvaise opinion des hommes, qu'on rapportait inévitablement de la vie publique sous les deux derniers des Stuarts.

Swift souffirait, en outre, de sa dépendance, et d*autant plus vivement que son ambition s'éveillait arec son esprit, et que ss nouvelle eonnaissance du monde lui don^ naît le deskr d'y briller. apparentes bontés du roi Guillaume, qui causait familièrement avec le secrétaire de sir Temple, semblaient lui assurer la protection royale. Cependant lorsque, après être allé, en 1692. se faire recevoir à Oiford docteur (1), il revint à Moor-Park, plein d*espéranee, il trouva sir Temple beaucoup plus disposé

(I) Masier ot arts.

à le iiarder prèsde lal, ei à mer de sesserfices, qa*à«econder ses projets d*é1éTatiofi. Deux 8B8 plas Urd« B'eè*

tenant de lui d'autre promesse que ccllt' d'un emploi fort modeste dans radministrntion de l'Irlande, il prit le |>arti de le quitter et d entrer dans TÉglise. Il reçut les ordres à Dublin aa mois d octobre 1694, et aa mois de Janrier 1695, fat nommé à la prébende de KUroet dint le diocèse de Gonnor. Swift ne put supporter plus d*ane an<^ née la médiocrité de cette vie, et sartoat cet isolement complet de son intelligence, qui lui fit toujours considérer rirlande comme une terre d^exil. D'ailleurs, il manquait à sir Temple autant que sir Temple lui manquait, et leur réconciliation fut facile. C'est à Moor-Park, en 1696, qjx^Û résigna son bénéfice de Kilroot, et noa pis à Kilroot mèoie, ni en faveur d'an pére de famille, âgé. et paum, comme on Ta soarent répété. Ge fut renmu el> non la bienfaisance qui le ramena en Angleterre, et loin de sacrifier Kilroot, il s*en débarrassa. Il ne quitta plus Temple, qui mourut le 27 janvier 1699, laissant a Swift le soin de publier une « di tin n complète de sea œuvres. Swift publia rédition, la dédia au roi, ne reçut aucune réponse de GniUaume« et se déeida é lui adresser un mémoire doni il attendit inatitoment Teffet^ Oublié du roi, sens re^ sources, il accepta la plaee de secrétaire et d*auménier de lord Berkeley, nommé à de hautes lonctioui» en Irlande. Après de nouvelles déceptions et quelques dé mÊlè» avec ce nouveau maître, il obtint par son entremise le bénéfice de Laracor, dans le diocèse de Meath. En 1700, il s*y établit et Jouit pour la première fois d*une certaine aisance et de la liberté.

Ge riit alors qu'il attira près de lui Bstber Jobnsoot rinfortunée Stella. La fille de l'intendant de sir Temple n'avait que quatone ans lorsque Swift l'associa aux le-.

çons qu'il donnait à la nièce du chevalier. Il s'attacha bientôt à la charmante élève dont il voyait croître l'intelligence et la beauté, et qui témoignait de jour en jour plus d'affection à son maître. Elle se laissait aller à l'aimer ; il le vit, il le souffrit, il la paya de retour, et alors s'établit entre eux cette intimité douloureuse qui ternit la renommée de Swift et qui est le mystère de sa vie. Les épreuves de Stella ne commencèrent pas le jour où elle se vit trahie pour une autre femme ; elle souffrit dans son honneur, bien avant de souffrir dans son amour. Voisine de Swift en Irlande, habitant sa maison pendant les voyages qu'il faisait chaque année en Angleterre, elle le voyait sans cesse, mais toujours en présence d'une Madame Dingley, qui ne servait qu'imparfaitement à couvrir ce que cette situation avait de défavorable aux yeux du public. Pourquoi Swift n'épousait-il pas Stella ? Il ne pouvait dès lors alléguer sa pauvreté, comme il l'avait fait naguère, en repoussant le consentement de miss Jane Waryng , après l'avoir sollicité. Bientôt après, son revenu s'accrut encore; il reftisa toujours è Stella celte grâce, ou plutôt cette justice. Lorsqu'en 1716, la voyant s'éteindre dans sa douleur, il eut consenti à un mariage secret , ce secret devint une torture pour Stella, et il refusa de le rompre. Il est vrai qu'il avait alors en Irlande un autre amour, et qu'il pouvait désirer que les deux rivales continuassent de s'ignorer, mais lorsque cet obstacle eut disparu, lorsque celte autre femme elle-même eut succombé, abreuvée de jalousie, de honte et de douleur, pourquoi refusa-t-il d'avouer la suppliante Stella pour sa femme? Pourquoi de 1722 à 1728. laissa-t-il six cruelles années s'écouler, et conduire pas à pas Stella vers la mort? Pourquoi accrut-il par d'absurdes refus l'horreur de son agonie, et la laissa-t-il mourir désespérée, hors de la maison où elle

afait Je droit d'Iiabiter, où elle lui demandait U grâce de DMHirtr ? La oonduite de Swifft avec Vanusa ne lera d£ loyale, ni humaine, nuûa elle peot s'expliquer par les mauvais sentiments da ecsiur huinatn; Stella fàt victime

d'une obstination cruelle et déraisonnable que rien n'expliqae, et que la folies peut à peine excoser.

Mais au temps même ou elle fut le plus aimée, Stella n'occupait dana i'âme de bwift que ia seconde place ; VamMtiOQ était se passion dominante» elle fat la pins du* lable et décida de sa destinée, Cest elle qui d'abord» édiaoft son génie, et en fit sortir des CDOvres admifables ; c'est elle qui plus tard, rebutée et désespérée, assombrit son intelligenee et détruisit sa raison. La pauvreté et Tobscurite lui étaient insupportables, et il se sentait la force aussi l>ien que le désir d en sortir. Âu sommet de. la liiérarchie dans laquelle il était entré, briiiaieotoomme le pria da talent et de Taotivité, aussi bien qaeoomoie le privilège de le naissance, répisoopat et la Cbambre dee kmis. La politique était le grand chemin de ces honineurs et de cette poissanee; on n'y arrivait qne parla main de l'un des deux partis, qui influaient tour à tour sur les destinées de la nation, et sur là fortune des ambitieux. Swift pouvait aboisir entre eux et, après avoir cbelai, l'indulganee da siècle et sa pcopie conscience ne loi Intunllsaient pas de changer* Et comme les InatitutionB' Mbrea ont ee beta privilège, qœ l'art de persuader en est ^âme et que, même corrompoes, elles ne peuvent se passer du talent, son amitié et sa hain^. ne pouvaient être indifférentes à personne et, dans cette arène où luttaient les plus heureux génies de TAngleterre, la nature 1 avait jeté tout armé. Mais elle avait d'avance limité sa fortune, par Teieès même de sa force. Cette ironie puissante qui, une fois déchaînée, n'était plu» maîtresse d'elle-mêm#

et ne laissAit rien sans blessure, entra? a l'ambition qu'elle devait servir. Prudent par calcul, imprudent par tempérament, téméraire par génie, Swift ne put jamais épargner ceux même qu'il voulait défendre. Ses coups dépaneat li metiire. fevieooent sor em-nteet» foui le ?lde autour de lui. Il attaque les adfemfm de eeik égllie par des armes, qui oe lalaieol anbsiiler aneoiie église ; il porte aux adfenalree dé son parti des attefntei

qui intéressent le genre humain. Mais par là môme il échappe à la condition passagère des luttes d'église et de parti ; la postérité l'écoute encore, et ce qui fut un obstacle à sa fortune est le fondement de sa gloire.

A rUolf eraité, et aortout peodant hod séiioar ebec air Tenple* Swift avait beaneoop éoril, malt 11 avait hii-méme Jagé et condamné la plupart dea easals de aa jeooeaae. Il Ait cependant plus indulgent pour eea Odes, qui firent dire à Dryden : « Swift, vous ne serez jamais un poèlc. » li se sentit la mAme indulgence, mais cette fois plus jastiflée, pour la Bataille <kt Livres (i ) et pour l'esquisse de ce Conte du Tmmeau (2) qui devait éclater quelques années plus tard et tenir une ai glande place dans sa vie. Sir Teoaple a*était Jeté, avec une témérité* qol ne lui étall paaordlnalre^ dans cette vaine polémique sur le mérite compaiér des anciens et des modernes, qui avait traversé la France et qui occapait en Angleterre des esprits distingués. <t Homme de lettres parmi les gens du inonde, homme du monde parmi les gens de lettres (3) », Temple s'était prononcé pour lea aneiena et appvjfail iedr inoontcitable

(1) The baille ofthe books.

(2) A talo of a lub.

(3) A man of world aruong men uf leUers, a man of letlers among men of world. ^ Macaulay.

mpéilorilé sar les iMimië PàtUariê, Wootlon et Hentiéf t'égayèrent aai dépens de rhomme d*fiut qui, fbrt ennK

barrasséde leur répondre, déclara qu'il ne se commettrait pas davantage avec la grossièreté des érudits. La Batailh des Lwrtt ne réparait pas Terreur de sir Temple, mais elle payait avec usure les incivilités des adversaires. Déjà Sirtft t*abaiidoiiae à son génie pour IHnfeotife; fil revêt la tatiie d'ttoo allégoria qui a*Ate rien k sa Tlolenee. Il cher-' cèe las comparaisons famillèra at ne répugne nullement aux images avilissantes. Dès le début, attribuant à Tanta^ gonisnie de l'abondance et df; la pauvreté toutes les dissensions humaines il fait remarquer que ia république des ehiens vit en paix jusqu'à ce qu'un os ou une chienoe y fttsolta les rivalités at ia discorde.

Ga fut dans des luttes plos sérieoses que Swift acquit sa premiéie renomanée en donnant des gages an parti qu'il devait abandonne» plus tard. Au eonimeneement de eette aonée, 1701, qui fut la dernière et la plus agitée du règne de Guillaume, Swift vint à Londres et y trouva tous les esprits émus. Les ministres whigs, Halifax, Orford, Somers, et Tami de Guillaume, fientinck, comte de Portland, veuaiaol Mtre «Is en uceusatlon par la Chambre des Gommunea, pour avoir algié le trsiiè de i^iiage db la meuarehie Espagnole, que le lestament de Cbarles II venait de donner tout entière à la France. Les accusés devaienl ôlre sauvés par l'inquiète jalousie qu'inspiraient à la Chambre des lords les envahissements de ia Chambre dos Communes et par le mouvement de TopinioD publique« plus dispoaée à seconder ûnilaone eonlre liî politiqua anbltieuMile la IVanee qu'à ifOutMrivfe ses amis. l^ûdtfsiPOiiNaarlssdbsMiisiisdiiliMiisf^ où

(i) A discourse of the coatesls and diaensioas iu Albaas and Rome.

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Swift défendait sous les noms de Miltiades, d'Aristide, de Tbémistocle.dePhocion. les illustres accusés, et instruisait le Parlement, par l'exemple des républiques antiques, du péril que liil 4}0urir auK États la rupture de Téquilibre entre les poo? oirs publics et Taveagle acharnement des tietioDS, s'aeeardait aYec le aentiroent général aussi bien: qn^avec les intérêts da parti Wiig* L'antiquité est bien comprise dans cette étude, qui abonde en vives et en fortes images. Attribuant quelque part à Taltération de réquilibre entre les patriciens et les plébéiens la chute de la république romaine, Swift s*écrie : « Ce n'est pas i*ambitioii des partlenlieis qui causa cette grande lutte; les guerres civiles donnent eo eHèt plus de prise et plus de feu à rambltioa particulière, qui devient rinstmnient destiné. h trancher ces grandes querelles et qui est assurée de recueillir le butin. Mais un homme sensé, qui voit des bandes de vautours planer sur deux armées près d'en venir aux mains, ne fait pas retomber sur eux le sang versé dans la bataille, bien que les cadavres soient leur partage. » Sans cette altération des principes de la constitution, ijoute Sirlft : « Un misérable comme Antoine, on enDinl comme Octave, auraient-ils osé rérer qu'ils donneraient des lois à un tel empire et à un tel peuple! n Considérant Tétat de son pays, il en marque le danger dans les accroissements du pouvoir de la Chambre des Communes; il la requiert de se limiter, elle aussi, par une Magna Charta comme dut le faire la royauté, lorsque i*équilibre des pouvoirs commençai de s*étabUr» S'élevant enfla contre la* discipline des partis, si contraire à la liberté de la raison, Il engage les membres du Parlement dissous è 8>n aiban» chir et à regagner la faveur de leurs commettants, irrités au plus haut point contre la Chambre, inquiets de ses empiétements, et indignés de voir un roi, qui a rendu de si

grands senrices au pays, despotiqueiaent opprimé- pur les infidèles ftpréiMutaota d» la natioiu

Le mooèt de eet éoiit, attribué au eélèbie Bnniel pui» aux éerif ains les plu» disHn^oés d« pafti Wliig, et avooé

par Swift, quand H crut pouvoir le faire avec booneor et sécurité, introduisit Tauteur dans la société d Addison de Steele, d'Arbulhnot, de l*ope et des hommes d'Etat qu*il avait défendus. La mort de GuiUaume et i'avénemeot d'Anne Stoart, en 1702» ooneourorent avee le ineafe^ ment de Topinion à favorûer le auccèsdes Whigi. Fille delaeqiMsII. fidèleà rÉglise établie, qui redoutait les Wli|ga« Anne eAt incliné vers lesTories, si Tinfluenee de lady Malborough sur son esprit, et si ia fermeté du duc, qui ne voulait pas commander Tarmée, à moins que Godolphin ne fût grand-trésarier, n'eussent imposé à la reine ie choix d une partie do ses ministres. Cette administration mélangée no pouvait être défavorable èb Swift, qai se déclarait Wliigeft poiitiqne et Tory en aflliireB religleiises; qai,.d*une part, se disait dévoué k la floeeession protestante etaox libertés nationales, et qui, de l'autre, défendait les intérêts de la Haute-Église (1} contre la Basso-Église (2), alliée des- Whigs et contre les Dissideats (5). Swift pouvait ainsi parvenir à l'épiscopat par ses relations politiques aveo les Wliigs. et par les sympathies partieulières que son dévoue ment à la Paate-iglise devait loi ménager da oété de la reine et des évéques. Mais il avait compté mnason génie emporté, sans son aveoglement sur lui -même. En 1704^ il publia, en Taveur de la Baute-Éghse contre les Dissidents^ le Cente du Tommu,

(1) High-Church.

C2) I/)W-Church.

(S) Distenlers.

« Il était une fois , dit-il . un homme qui arait eu trois jumeaux de sa femme, et la sage-femme elle-même eût été embarrassée de désigner Tatné. Leur pére mourut qu'ils étaient jeunes encore, et les assemblant autour de son lit de mort, il leur dit : Mes fils, je n'ai acquis aucune propriété et je n'ai hérité d'aucune ; j*ai longtemps pensé à vous laisser quelque bon héritage, et enfin avec beaucoup de soins et de dépense, j'ai acquis pour chacun de vous un habit neuf ; les voici. Sachez que ces habits ont en eux deux vertus particulières. Si vous les portez comme il faut, ils seront solides et neufs toute votre vie ; de plus ils croîtront en même temps que votre corps de manière à vous aller toujours bien. Voyons, que je vous les voie mettre avant de mourir. Voilà qui est bien ; enfants, gardez-les propres et brossez-les souvent. Vous trouvères dans mon testament que voici des instructions complètes et particulières sur la façon de porter et de conserver votre habit ; suivez-les exactement afin d'éviter les châtiments que j'ai attachés aux moindres transgressions et négligences. Votre fortune à venir en dépend. Je vous ai aussi ordonné, dans mon testament, de vivre ensemble dans la même maison, en frères et en amis, seul moyen de prospérer. »

Qui ignore Timmortel récit des aventures de ces trois frères ; comment devenus amoureux de la duchesse d'Argent (1), de madame de Grands-Titres et de la comtesse d'Orgueil, ils se virent obligés de suivre les modes et se trouvèrent déchirés entre les humiliations du monde et l'immuable testament de leur père. Les voici réunis autour de ce testament et le relisant en vain pour y trouver

(1) The Duchess d'Argent, madame de Grands-titres, and ihe * countess d'Orgueil.

liifemMoii de porter ce» w awi rf t ^ êftmâê (f), «m ft»quels ils ne peuvent plus décemment paraître dans le inonde.

«Après y avoir beaucoup pense, dit Swift, un desfrères, 4e IffOUVâQt plus lettré que lesàutres, dit qu il avait trout é m «lOfiieii. IL eil mi qa*il a*y a rien deetee leflUneot «i»! Awie mntfoii de nœuds-d'épeule Mi é m etricr; mie JVwe OM^Actwer que ao«e leey tfoaTen»B eonteiMii MmImi «y2- Mi*. T<ms approuvèrent la^distinetion^ et les veflè de neuveau â l'ouvrage» Mais Icur maiiraise étoile fit que la première syllabe ne pût être rencontrée dans tout le testament. Sur cette déception. <^lui qui avait trouvé le premier écbap. patoire» reprit eour et dit ; Mes frères, il y a eneore de reefKoir» iknis né pouvons tromper ees omadt-d'épaale ni •MMwieirftii ni to<jfai «sf^aAwt» mois fese affiraer fie nous les tronv^roiie fvriîo moi» toHim UUêrii. La dér couverte ftit fort applaudie et la recherche commença. Ils eurent bieal6t trié S, H, U, L, D, £, R. quand la même planète ennemie de leur repos fit ce miracle qu'un K fût introuvable. C'était une difficulté de poids ; mais le frère ÀdistiB«tioos«.que nooi nommerons plos tard, maintenenl qa'il aTait mis la main à l'oa?rage, prouve par «n argn* ment péremptoire- que était une lettre réeente, illégitime», inconnue aux âges savants et ignorée dans les anciens manuscrits. 11 estvraU dit-il, que le mot calendes a été quelquefois écrit Q. V. G. (2) par un K, mais c'est une faute, cardans les meilleurs exemplaires ce mot est toiûouffs- •éorit par un G» £n eontéquenoe, e'est.une erreur groetière qoe d*éerife dene notre Inngtte Aol,par onK.. et doréna- . vant ou prendra soin de J'icrire par un G. Ainsi toutes les^

(1) Shouliler-Knols.

(2) Quibusdam voieribus coUicibus.

dîflicullés s'évanouirent, les nœods-d'épaule furent prouvés d'institution paternelle, jure patemo, et nos trois jeunes gens s'étalèrent avec les nœuds-d'épaule, les plus grands et les plus pimpants du monde, y»

A partir de ce jour, l'interprétation fleurit et fit des progrès parmi les trois frères. Les galons d'or devenus à la mode et touchant au fond même de rhabit(l) leur semblèrent exiger un précepte positif : uMes frères, dit encore le lettré, sachez que les testaments sont de deux sortes : traditionnels et écrits ; que dans le testament écrit qui est là devant nous, il n*y ait ni précepte, ni mention au sujet de ce galon d'or, conceditur ; mais si idem affirmetur de nuncupatorio, negatur. Car, mes frères, ne vous sou venez- vous pas d'avoir entendu comme moi, quand nous étions enfants, quelqu'un dire qu'il avait entendu le domestique de mon père dire que mon père donnerait volontiers le conseil à ses enfants de porter des galons d'or, aussitôt qu'ils auraient de l'argent pour en acheter? Par Dieu, cela est vrai, crie l'autre ; je m'en souviens parfaitement bien, dit le troisième. Et sans balancer davantage , ils achetèrent les plus larges galons d'or de la paroisse et se promenèrent beaux comme des seigneurs. »

Le testament fut soumis à d'autres épreuves; il fut allongé d'un codicille qui autorisait une doublure en satin couleur de flamme. Mais le jour vint enfin où les trois frères trouvèrent dans le testament autre chose qu'une lacune sur les embellissements imposés par la mode. « L'hiver suivant, dit Swift, un comédien payé par la corporation des passementiers, parut dans une pièce nouvelle couvert de franges d'argent, et selon une louable coutume, il les mit par là même à la mpde. Là-dessus»

(|) Aliqun riio-Jo cssenlisB adhaercro.

les fnkm comtiltaat ie tutameiit ptlmel iimièii at è Jev grand étoonment cet paroles : lum )*enjoiiis el ordonne à mesdits trois fils de ne porter tucune espèce de frange d'argent sur ou autour de leors habits.... Suivait une pénalité en cas d'infraction, trop longue pour l'insérer -ici. Cependant après une pause, le frère, souvent nieolionné pour ion émditioQ, et très-*ven6 dans In oritiqne» dédara qa*il avait trouvé dans on oertaln autour, i|uMI iw «onmenit pas, qna le mol do /Vnn^ toit dans le testament, signiiait anssi on manche à balai (1); et que sans aucun doute c'était le sens de ce mot dans ce paragraphe. Un des frères ne goûta pas cela, à cause de cette épitbète d'argent qui. selon lui« il le hasardait homblement, ne pouvait être appliquée avec propriété dans les termes et d'nne fiiçon raisonnable» è on manche à balai. On lai répliqua «que eette épitbète devait se prendre dans on sens méta* phoriqoe el allégorique. Il Ht encore celte ob)eetion : ï^ourquoi leur père aurait-il défendu de porter un manche à balai sur leurs habits, prescription peu naturelle et peu conYenable ; sur quoi il fut arrêté court comme parlant avec irrévérence d'un mystère qui sans ancvn doute était très-utile et plein de sens, mais qni ne devait pas être pé» nétré trop enrleiiseinant ni soumis è un raisonnement rir fonieui. »... € Quelque temps après, flit ressuseltée une vieille mode, depuis longtemps éteinte, de poriQi des broderies représentant des figures indiennes d hommes, de femmes et d'enfants. Ils ne mppelaientque trop, cette fois, combien leur père avait toujours abhorré cette mode; et comment dans plusieurs paragraphes de son testament il avait tout exprès menacé ses fils de son aversion extraor* dinaire et de sa malédiction éternelle s*ils venaient Jamais

(1) A broonislick.

à porter ces broderies.... Mais ils résolurent ces difficultés en disant que ces figures n'étaient pas du tout les mêmes que celles qu'on portait autrefois et dont il était question dans le testament. En outre, ils ne les portaient pas dans le

sens interdit par leur père, etc., etc Mais les modes

s'altérant sans cesse à cette époque, le frère scolastique devint las de chercher des échappatoires et de résoudre des contradictions renaissantes. Décidés à suivre, à tout hasard, les modes du monde, ils s'accordèrent unanimement à enfermer le testament de leur père dans une cassette solide, achetée en Grèce ou en Italie , et à ne plus se donner la peine de le consulter, mais à en appeler à son autorité

toutes les fois qu'ils le jugeraient à propos a

'•! Nous ne suivrons pas Swift dans l'histoire du frère lettré, qui se fit appeler Mgr Pierre, de son ascendant croissant sur les deux autres Jacques et Martin, de ses inventions ingénieuses, et de la despotique infatuation qui amène une rupture définitive entre lui et ses deux frères, a 11 avait, dit Swift, une abominable facilité à dire de gros mensonges palpables, et non-seulement il jurait qu'ils étaient vrais, mais il envoyait toute la compagnie au diable si on faisait les moindres façons pour le croire. » L'histoire de Martin et de Jacques, en inimitié déclarée avec leur frère et bientôt eu discorde entre eux-mômes, est revêtue d'une allégorie aussi ingénieuse et animée de la même vie. Martin réforme son habit avec toute la sagesse de l'Église anglicane , enlevant point par point les embellissements successifs de la mode et en laissant même subsister quelques, uns, plutôt que de courir le risque de déchirer l'habit pour le ramener à la. pureté primitive. Jacques, au contraire, pressé surtout de ne pas ressembler à Pierre , arrache les broderies et met en même temps l'habit en lambeaux, se frotte contre les murs pour effacer les dernières traces de

mê odMi mneileilB él, ifttértmrenitMt honleiii de lé

deslruction de son habit, maudit la modération de Martin. Mais il sent avec désespoir que plus il déchire ses habits plos il ressemble à Pierre, a car de loin, dit Swift, dans rebseurité, oo pour les personnes qui ont la vue basse, iftode plw semblaUe à de» pftrores qoB des baiiions. » L'iiilienipérante eiallationde laeques, ses longues prières; sa bralamé, sa leelierèfae aftsetée de la i^rséenlioQ, rabitf qu'il fait du testament de son père, sans eesse appliqué aux plus vils usages et employé comme unp panacée universelle, enfin son alliance désespérée avec Piprre contre Martin, donnent au type des Dissidents une vie et une réalité admirables. Mais en refanehe, rtiistoire de Martin, def eno le tfpe'de TÉglise anglicane, éie? é par fiarry Hnff , aHerni par Bess, mis en danger par les gens Tenus dtt Nord, asservi un instant par Jacques, relevé par des amis secrets de Pierre , bientôt menacé par eux et appelant contre eux des étrangers, redevenu enfia le maître et ne rèfani plus que la destruction de Jacques, compensait, pai^ sa Tlgueor raillease, le plaisir que ponrait donner mi amis do l'âgKse anglicane la pdntore satiriqae des égarer rements de leurs adversaires.

L'apparition de cet ouvrage et son prodigieux succès eurent sur la vie de Swift une influence décisive et irréparable. Il acquit, pour ne plus la perdre, la réputation dMofidèle {infidel) comme on disait alors, ou d'incrédule (miMMMr), et l'Église établie prit en borrear celai qui PaTaft ainsi défendue. « L'auteor, écrlTsit le judicieux Atterbary , a raison de se cacher, car les touches proftines de cet ouvrage nuiraient plus à sa réputation et à son intérêt dans le monde que son esprit ne peut lui faire de bien. » Plus tard, Voltaire en jugea de même. C'est le Conte du romisaiiqui lui fit dire : «Que j'aime la hardiesse an-

glaiid I II Pour Swift, il ne comprit pas ou feignit de ne pa» comprendre lesalarmea de l'ÉgUie et n*| ? Uqu'nn mélâOie dlneplie et d'iogratitude : « Je Toodrala, éerivit-il, que ce Gorpe respectable D*eùt pas donné d*aiitres prea? es de cette inhabileté, que j'ai sourent remarquée chez lui, à distinguer ses ennemis de ses amis. » Et c'est la reine Anne qu il a plus tard représentée dans cette reine de LilHput, qui ne peut pardonner à Gulliver d'avoir éteint, d'une laçon inconvenante, rinceodie qui menaçait son palais^ Swift, qui ne vit Jamais dans la religion qa'ane partie im- ' portante de la politique* était porté à onblier qu'elle élsit considérée par on grand nombre de personnes comme une institution divine, en dehors et au-dessus de la politique.. Il la discutait comme une affaire, sans voir qu'on la respectait comme une croyance. Qu'importait aux yeux des hommes religieux de l'Église établie que Martin fût un peu moins ridicule que Pierre et que Jacques, lorsque les croyances communes de Pierre, de Jacques et de Ifartin étaient aTilies sous les plus indignes images, lorsque leurs débats, où leur dignité commune était engagée, devenaient une comédie grossière, lorsqu'enfin le surnaturel, ce fond commun et indispensable de toutes les sectes religieuses, n^apparaissait plus dans leur histoire que sous la forme des inventions indescriptibles de Pierre et des repoussante aberrations de Jacques. Quand rarcheréqued^York, s^opposant plus tard h l'élévation de Swift à Tépiacopat» disait à la reine Anne « que sa Maiesté devrait être sftfQ que l'homme dont elle afiait faire un évéqne fût un chrétien, » il n'exprimait pas seulement l'opinion de tous les hommes religieux de l'Angleterre, mais celle que hisse à tout juge impartial la lecture de ce Conte du Tonneau, qui est, si Ton veut, l'œuvre d'un ami de l'Église anglicane, mais qui, à coup sûr, n>st pas TcBuvre d'un chrétien»

L'ensemble des œuvres religieuses de Swift, écrites aux époques les plus diverses de sa vie, conûrme notre opinioo sur le caractère esdasivemeot politique de son interveotloo «ouatante en ûivear de TÉgUse établie. Soit qa*U la défende contre les înerédides, affirmant son indépendance contre Tindal, parodiant amèrement le célèbre Diteoun iur la liberté de penser de CoUins (1], soit qu'il maintienne, en toute occasion, le serment du Test contre les attaques deâ Dissidents, combattant, jusqu'aux extrémités de sa vie et de sa raison, pour les biens de l'Église» et la ven« géant |Mr le Lê^ûm elvh des attaques dn Parlement d'Ir« lande« soit qne dans son IVi^ét fponr l§fngri$4ela nii* fUm (2), il engage la cour à renfermer les livears et les emplois dans le cercle des personnes dévouées à TËglise établie, il est toujours dirigé dans cette conduite par des coQsidératioDS étrangères à la valeur intrinsèque de la religion, et sa pensée, partout reconnaissable, estparticu« Uèrement claire dans les SMiiamtê ^um mmèrê de l*E$lm én^kam (5) » et dans son Argumentation famr praw»r qm l^tMÊiim du dtrûiiamUm m Asuglitnrre murait quelqueê memwimenU et moin$ d'avantages qu'on ne suppose (4).

a C'est le devoir d'un membre de TÉglise anglicane (5),

(1; M CoiiiQ â dlâcûurse ol (rue ihialûng put into plaio Ënglisb.

(S) A Project for the adTancemeat of religion aod ihe telotroatioD of manners. .

(3) The sentiments of a churcb-of>£oglaad-maa with respect |0 religion and government.

(4) An argument le prove Ibat the abolisbiDg of christianily in Eogltnd may^ as Ihiags now stand, be attended widi somes incooTeniences, and perhaps net prodoce those maoy good effscts picposed theret^.

(5) Oo^t te belie?e.

dit Swift, dans le premier de ces deux écrits, de croire en Dieu, en sa providence, en la religion révélée, et en la divinité du Christ. » Pour l'épiscopat, « sans déterminer s'il est ou non d'institution divine, » c'est une institution trèsutile à la religion et à l'État, et le membre de l'Église c la défendrait, même par les armes, contre tous les pouvoirs de la terre, excepté contre la législature (1) , aux décisions de laquelle il se soumettrait comme à une disette ou à la peste. » Il faut bien tolérer les sectes à cause de leur exteo* sion, bien que l'État doive les arrêter à leur origine ; mais quanta les admettre aux emplois publics par le rappel du Test, Swift croit réduire aisément à l'absurde les défenseurs de ce principe en leur montrant que cette admission, réclamée par les Dissidents protestants, devrait logiquement s'étendre a aux Papistes, aux Athées, aux Mahométans, aux Païens et aux Juifs. » Les Whigs compromettent leur cause en s'aliénant la Haute-Église , qui a été si ferme contre Jacques II, tandis qu^on a vu des officiers de Cromwell dans les rangs de l'armée do roi catho* Uque. Il est très-vrai que le clergé a de la haine et du mépris pour les sectes a comme les médecins pour les empiriques, comme les hommes de loi pour les gens de chicane, comme les marchands établis pour les colporteurs, )> mais c'est aussi et surtout Tintérêt de TÉtat qui le touche. Dans la partie politique de ce remarquable ouvrage, Swift parle en Whig éclairé, tolérant, attaché à la révolution de 1688, justifiant par d'excellentes raisons la déposition de Jacques, mais en même temps incliné vers les Tories en ce qui touche la conservation de l'Église, et

(1) Agaiasl ail powers on ibe earth, excepi our owo législature.

pOQ éloigné de se joindra à loor parti pour la mièox déniNidra.

La spirttuaUe iâr^iMMiifoHafi aootra rabolftioii do abfla- *

lianisme est écrite par Swift daos ce ton d'imperturbable plaisanterie où il excelle ; mais sous celte plaisanterie même, soo opinion et surtout sa méthode en matière de poléiDi(|iia religieuse, se reconnaissent aisémeat. Il ne onîiit pas» diNI«d*aller contre ropioioooonnnODO, etdû^ Ù- étra poimoifi par TAtlornay-téoéraU il avonara 4110 ' doM la liUiatioB axtériauro et tetérteure du pays, Il 00 voit aucune néoesrfté absolno d'extirper lo obristiaiilanio en Angleterre. Il ne développe qu'avec ménagement un tel paradoxe ; qu'on ne croie pas surtout qu it s'agisse de ca Qbriatiaoiainemi qui serait le renversement de la société anglaisa et comme in retour à l'état de nature, mata bioi daao ehristianlsnie momimi qui fUI partie do la so^ ciété. politiquo (i). Pourquoi rofalar lo nom al le titre do ehrétionst Diseolona las afantagaa do cette résoioUoii violente. Ne faut-il pas une religion nominale parmi nous pour exercer l'activité belliqueuse des gens d'esprit? S'ils n'ont plus de Dieu à insulter, n est-il pas à craindre qu'il» aaa'attaqueot au gouvernement, au ministère ? Il faut un alÎBBiaiit k la critique. On assure, il est vrai» que le revemf d'environ 10,000 gens d'églisodanalo royamno, Joint lioelnl daaévéquas, ontaetimidraitaon?onabloiiient an moInaSOO élégants libres penseurs (2) qui seraient Toftienient dota cour et du pd^â. Mais ce revenu serait insuffisant. D'ailleurs,

(l) l hope no reader imagines me so weak to stand op in the datmee of raal Cbiaiianily... every candid reader vrill esAiljf undesitand vy disooQrsa ta be intended ani/ ie dsiMoa af aaminsl abristiaaisiy

(S) Gentlsman af wît and fraathinUag.

qui régénérerait la race anglaise, compromise par les rejetons misérables des hommes d'esprit et de plaisir, si Ton supprimait ces 10,000 prêtres que la prudence de Henri VllI a soumis à un régime sain et léger ? On se plaint de l'observation du dimanche, mais on oublie futilité des églises pour les marchés, les rendez-vous d'affaires et d'amour, et surtout le sommeil. Mais, dit-on, cela ferai^ disparaître les pariis parmi nous, on ne parlerait plus de Haute et Basse-Eglise, etc.. Si l'on effaçait dans le dictionnaire, répond Swift, avec un admirable bon sens, les mots dedébauchct ivretse, vol, serions-nous le lendemain chastes, tempérants et honnêtes, ou sains, si l'on effaçait les mots de pierre et de goutte. Otez aux Whigs et aux Tories les dénominations politiques et religieuses, et l'orgueil, l'envie, l'avarice et l'ambition en fabriqueront d'autres. L'on ne manquera jamais de mots convenus ou créés pour distinguer ceux qui sont au ministère de ceux qui veulent y arriver. Laissez la religion vous les fournir. On se plaint de ce que des prédicateurs soient payés par l'État, pour tonner un jour sur sept contre la poursuite des richesses . du plaisir et de la grandeur, qui occupe tous les hommes Tivants pendant les six autres jours. Mais quel est le libre penseur que celte contradiction ne chatouille? Les choses défendues ne semblent-elles pas plus douces; la soie prohibée fait les délices des femmes, et le vin de contrebande celles des hommes. Augmentons les prohibitions de tout genre, pour chasser le spleen par l'attrait du défendu. Pour le peuple même, la religion n'est pas inutile; î| n'y croit pas plus que les hautes classes ; mais il s'en sert pour faire tenir les enfants Vanquilles, et s'en amuse pendant les longues soirées d'hiver. Enfin on prétend que cette abolition ferait disparaître les sectes religieuses, et unirait toutes les communions protestantes. Mais est-ce

bien le christianisme qui faitdesfan iliqdes, des fondateurs de sectes, des ^^eiis avides de se singulariser? nullement, îi y a dans chaque Dation une portioo d'enthousiasme qui a besoin de s'épancher qiMique part <w de mettre tout en fea (1). C'est acheter la paix publique à boo marché que de laisser se déchirer . pour des rites religieux , des faoïiiiDes qui autrement s'attaqueraient aux lois du pays. Cette peau de mouton remplie de paille qui leur est livrée sauve le troupeau. Ce que les couvents font sur le continent où ils absorbent les natures excentriques et ma- * ladives, les sectes le font chez noust et il faudrait à leur dMiut iuTenter autre chose. Ourres toute grande la porte de la enfance publique, il 'y aura tôodours des gens qui se piqueront de rester dehors. Abolir le christianisme, c'est peut-être faire place au papisme, car le peuple livré à lui-même cherchera quelque nouveau culte, et tombera dans la superstition. Toi and, cet oracle des antichréttens , est un prêtre irlandais, fils d'un prêtre iriandais; Tindal a été catholique. Bufln, si cette abolition est utile, il faudrait mieux la remettre à la paix, noi nitiés se Mu?ant tous» par hasard , être chrétiens. Si nous comptons, pour les remplacer, sur Talliance des Turcs, eHe est incertaine, car non-seulement ils sont attachés à leur reli^?ion, mais croient en Dieu, ce qui est plus qu'on ne nous demande pour conserver le nom de ^rétiens. Pour conclure, le commerce ne profiterait pat, -comme 11 Tespère, de cet acte pour l'extirpation du christianisme, et six mois après le fote» la banque elles actions de la compagnie des Indss orientales baisseraient au <.

(t) There is a portion of enthusiasm assigned to every natiun which if n has noi proper objecta lo work oo, vvili burst oui and set ail tn a ilame.

moins d'un pour cent. Comme cette perte est cinquante fois trop grande pour que la sagesse du siècle juge à propos de s'y exposer dans l'intérêt du salut du christianisme, il n'y a aucune raison de s'y exposer, pour la seule satisfaction de le détruire.

• Enfin, parpii ses pensées sur la religion (1) et sur Téglise, nous trouvons ces passages : a Attaquer les opinions fondamentales d'une religion vraie ou fausse est un acte criminel, à moins que votre dessein avoué ne soit d'abolir entièrement cette religion. Par exemple la fa. meuse doctrine de la divinité du Christ a élé reçue universellement par toutes les communions chrétiennes, depuis la condamnation de TArianisme, sous Constantin et ses successeurs ; les efforts des Sociniens sont donc vains et inexcusables puisquMls ne pourront jamais établir leurs propres croyances et ne parviendront qu'à exciter des doutes et des désordres dans le monde. L'absence de foi est un défaut qu'il faut cacher quand on ne peut le vaincre. La religion chrétienne, dans son origine, fut présentée aux Juirs et aux païens sans cet article de la divinité du Christ; ce qui autant que Je me le rappelle est observé par Erasme ; il dit que c'était une nourriture trop forte pour des enfants (2). Peut-être que si les missionnaires adoucissaient encore cet article aux Chinois, ils éprouveraient moins de difficulté à les convertir, et le Coran nous démontre qu'il est la plus grande pierre d'achoppement des mahométans. Mais agiter un article de foi aussi fondamental, dans un pays où le christianisme est déjà établi, ne peut qu'avoir des conséquences pernicieuses pour la morale et la tranquilité publique. »

(1) Thoughls on religion.

(2) Too strong a meai for babes.

Il semblerait que Montesquieu eùl voulu résumer toute la polémique religieuse de Swift et le fond de son argumen- VEiiioo ordinaire, lorsqu'il écrivit cette page, que le doyen 4«&iiDt-Patrickeût signée : «Quel peut être le motif d'a^ taqserlt rdigioa rétéléeen Angleterre. Oa a leHemenl pwgée de toQi préjugé destevctoar, qu'allé n*j peut filre flnt et qifelle y peut Diire au eentralre «ne infinité de biens.... En Angleterre, tout homme qui attaquo ta religion, l'attaque sans intérêt, et quand même il aurait raison dans le fond, il ne ferait que détruire une infinité de biett» pratiques pour des vérHée porement spé* eulatiTes. »

• Mais en pariant, en toute eeeasion, aveo la mâle UberM te Moatesquieu, Swtft oubliait quHI était membre el

membre ambitieux de l'Eglise anglicane. Des échecs snceessifs le lui rappelèrent, il fut impossible aux Whigs, qui désiraient se rattacher, d'obtenir pour lui une situation lucrative et honorable. Il fut question tour à tour du secrétariat de l'ambassade de Vienne , de révêché Ue Virgluie, d'une prébende de Westmintor. Tout éeboua , et en t109 Owtft retourna en Irlande, aigri eoaire ses aniif politiqtiee et trés-dieposé à tenter ia foKmie du eété ée leurs adversaires. Les mêmes déceptions Tattendaient dans ce nouveau camp, moins libre encore que le premier dans son action sur l'Église.

En 1710, Swift revint dlrlaode, ebargé perles évêques de selHeiter du ministère la euppressien de eet iropét du t(H*« al dei prmim'fnriu (t), dont le elergé d*Ang|e^ terre était déllYré, queeelnl dlrtende eupperbrit eneere. Il trouva les Whigs dans les plus vives alarmes ; ils occupaient encore quelques positions dans le ministère, mais ii

(1) Tbo paymenl of Iweniieth parts and first-fmite.

chancelaient dans le pays. En poursuivant avec acharnement le docteur Sacheverell qui avait déploré dans un sermon l'abaissement de l'autorité royale, Tinfluence des Whigs et les périls deTEglise établie, ils avaient soulevé en Angleterre ce sentiment de résistance qu'y éveillent toujours les excès d'un parti, même le plus populaire. Les Tories étaient portés au pouvoir par la reine et par l'opinion , et Swift allait leur tendre la main, malgré les efforts de ses anciens amis. Il écrivait, dans ce précieux journal qu'il rédigeait pour Stella : a Les Wbigs s accrochent à moi comme des gens qui se noient, à une branche, et tous leursgrands hommes me font de plates excuses. Il est amusant de les voir tous confesser lamentablement qu'ils m'ont maltraité. » Swift ne songeait guère à s'associer à la défaite d'un parti qu'il avait inutilement servi dans sa puissance. La défection fut éclatante. Le 1*^ octobre il écrivait contre lord Godolphin, grand-trésorier, la Ba' guette de Sid-Hamet, et le 4 octobre, introduit auprès de Harley, qui était avec Saint-Jean, le chef des Tories, et qui touchait au pouvoir, il s'engagea à servir le ministère qu'il allait former et conduire. Le bâton du grand-trésorier, disait le poète, était devenu un serpent entre les mains de Sid-Hamet au rebours de la verge de Moïse ; ce bÂton était attiré par les trésors cachés et par les bourses pleines ; il servait aussi à Sid-Hamet de ligne à pécher, ligne merveilleuse qui prend le poisson et garde l'appât (1) (Swift l'avait éprouvé lui-môme). Une guerre sans ménagement suivit cette rupture sans dignité. Les Tories avaient fondé contre une feuille Whig que rédigeaient l'évèque Burnet, Âddison, Steele et quelques autres, V Examiner rédigé par Saint-Jean , Atterbury, Prior.

(i) He caught bis flsh and sa/ed his bait.

Du mois de novembre 1710 au mois de juin 1711, VEmnttfMT lût abandonné à Swift, qaiy défendit énergiquement le ministère, et y déchira Iq» WMgs avec une violence devant laquelle Addisoncrut devoir se retirer. DansrfivamtiMret

dans un grand nombre de pamphlets, vendus à bon marché, Malborough, et sa célèbre avidité (1), lord Wiiarton et son impiété. Walpoleet sn vénalité, étniont attaqués avec une ironie intempérante; les doctrines des Whigs exagérées et signalées à l'indignation publique , les maximes des Tories adoucies et revfitues d'une tolérante sagesse. H établit plusieurs fois les différences qui séparent ces deux partis, leurs reproches mutuete ; <t Nous les accusons, écrit-il dans le numéro 40, de vouloir détruire l'Eglise établie, et introduire, à sa place, le janatisme et la liberté de penser ; d'être ennemis de la monarchie, de vouloir miner la présente forme du* gouvernement pour élever une répu*" blique ou quelque autre établissement de leur goût sur ses ruines. Dtm autre côté, leurs clameurs contre nous peuvent se résumer dans ces trois mots redoutables : le papisme, le pouvoir absolu, le prétendant (2). Eternelle tactique des partis; certes les Whigs âvaieai derrière eux

(1) Dé^oant Slalb'orougb sous le nom de Marcus Crasses, il lui écrivait : « Vous êtes le plus riche citoyen de la république; vous n'avex pas d'enfàot mâle» vos filles sool toutes mariées li de riches patriciens; vous touchez au déclin de la vie, et malgré

tout cela , vous êtes profondément atteint de cet odieux et

ignoble défaut de ravarice.... Je n'en citerai pour exemple que cette fameuse paire de bottes que toute Teloquence du monde vous décida à peine à laisser couper, pour vous en délivrer, lorsque vous no pouviez les garder mouillées et glacées comme elles rélaient, qu'au péril de votre vie. [Examiner n" 28.) C2) Popery, arbitrary power Aod ihe prelender.

les ennemis de l'église el de la monarchie ; certes aussi les Tories avaient derrière eux, et cette fois à leur tète, des amis du papisme, du poutoir absolu et du prétendant. Mais la nation qui maintenait l'équilibre entre les deux partis, et qui leur prêtait tour à tour sa force, ne voulait ni de l'un ni de l'autre excès, et renversait à temps ceux qui prétendaient Vy conduire. Elle s'est révoltée contre la tendance républicaine du procès de Sacheverell, elle applaudira à la chute du ministère Tory, trop ami de la France, à l'exil et à la condamnation de Bolingbroke et d'Ormond, trop disposés à favoriser Tavénement du prétendant.

Une grande tâche était imposée par le ministère à ceux qui avaient entrepris de le servir, celle de préparer les esprits à la paix qu'il voulait conclure avec la France ; et un grand secret leur était caché, celui des relations des plus importants de ses membres avec le prétendant. Dans de nombreux écrits, principalement dans la Conduite du alliés {\) y dans les Remarques sur le traité des barrières, Swifl s'efforçait avec «succès de détourner l'opinion pu* blique d'une guerre qui durait depuis dix années, et qu'il déclarait infructueuse. L'empereur et surtout les Hollan> dais profitaient seuls des défaites de la France, et l'Angleterre succombait sous d'inutiles victoires. Swift racontait l'histoire d'un duc qui, jouant à un jeu de hasard, entassait devant lui des monceaux d'or, et tout entier au jeu, n'apercevait pas derrière lui un voleur qui, passant la main sous son bras, faisait tomber l'or dans son chapeau. Tout le monde voyait cet homme et le prenait pour le domestique du duc. Quand le jeu fut terminé on le félicitait de son gain : « J'ai cru beaucoup gagner, dit-il, mais je

(1) The cunduct of tho allies.

vois^iue peu 4a cbose. » On l'avertit que son doniMtiqiie avait emporté la raito, il camprit qu'il élatt voMi. VoUà ce qae Swift foalat lalrv cotopreiMlra au peuple anglais paodaat qu'Harlay davana lord Oiford

(1711), Saint -Jean devenu lord Bolingbroke (1742). conduisaient, à travers mille oj^tstaclef, ce$ négocia lions difiGciles qui aboutirent, en avriH715, au traité d'Ulrecht. On sait que le traité à peine conclu fut atlaqué avec violanoe; Swift qui l'avait laçilité , eut encore à le défeodni» 4a pamphlat de Steele/la Criu (1), M oppoaacat E$frii IWte du JVkigt (% qui oflTaosa lea lords écossais. Peor dant que la Chanibre des oommanes excluait Steele. pour avoir publié la Crise, les lords écossais obligèrent le ministère à oiïrir 500 livres au dénonciateur de VEspri^ Pmblic du Whigs. Nul n*igaorait que le paq^hiet était da Swiltt mais il ae fut ni déooDCé ni poursuivi.

Gepa^dmat ca traité laboneuiementaolievét accrut laadivIsioM dtiaA biep que la oonAance des Tories. Maiotaolr Tuiifon parmi les membres de ce raiolstère, qui o^éialeoft pas tous également fidèles à Tacte de la succession à la couronne, était l'une des tâciies les plus actives de Swift. Déjà dans son Avi* aux nombres du club d'octobre (5) Swift avait teoté de modérer l'emportement de cette fraction des Tories qui, eo abufant de sa victoire, eût préoiaturémeot alarmé la nation et ébranté le mlDîalàre. i'aoïiée 1714 vil éclater eas dIvisioBs, et la partie extrême du miolsière enexclut les modérés. Bolingbroke et le duc d'Ormond se virent tout puissants. Lord Oxford succomba. Presque aussitôt la reine Anne mourut le i «'aoû^ 1 714, et tout cbao-

(1) The crisis.

9) PÉbKs fpini sf iba wfelc».

(S) SoflM advica le lha maasban of iha oclobar dab-

fsn de face. Le parti Wbig revint au pouvoir avee ta mai'aon de Hanovre. L'ancien ministère Ibtaecoflé de trahison. Onnond, MingbroJke, JosCfièrent l'accosation parteor iWte et |Mr leur réoifion avec le, prétendant ; tandis que

lord Oxford, moins coupable, attendait son procès à la tour de Londres. Il Tattendit jusqu'en 1717. L'apaisement de la colère publique» et une contestation» habilement soulevée par un de ses amis entre ies deai chambres, le firent acquitter par la Chambre des lords.

La carrière politique de Swift était terminée* mais II rapportait de oette époque agitée de sa vie une conquête qui eûl pu le satisfaire, s'il n'avait sans cesse désiré et souvent espéré davantage. En 1711. Harley, ravi du succès de VExaminer^ avait envoyé à Swift un billet de banque (1). Sirift avait renvoyé avec indignation un aussi indigne paiement de ses services. Se mettre humblemeni à la solde du ministère, c^étalt renoncer à profiter d'une façon pins utilq et plus durable de sa victoire. Swift vour lait un évèché, et les ministres épuisèrent vainement leur influence pour faire un évôque de Tauteur du Conte du Tonneau. Aux représentations de l'archevêque d York et aux scrupules de la reine se Joignait contre Swift rinfluence de la dnchesse de Somerset qui, aimée de la reine et alliée aux Whlgs, sMiait attirée de Swift les sanglantes attaques de la Propkétkdê IFtncIf or (2), où elle était accusée d'avoir les cheveux ronges et d'avoir fait assassiner son mari. Les larmes de la duchesse remportèrent sur les instances des ministres» qui n osèrent exiger de la reine le sacrifice de ses scrupules.

(1) A iMak-biU.

(2) The Windsor propheqr. — Xhej asnisine wben young ind poison whcn old. — Root oui ibsse Csrrots...

Tr 'l'uiX' Vf

. |(Mniid*ailleiiii, miototère n'eut moii» d'inflnene^ sur !•

souverain que cette administration Tory qui, à force d'avoir accusé les Whigs, d'enchaîner la volonié royale , se Irou- Tait àson tour les mains liées devant les caprices delà reine. £Ue tournait contre eui^ tours principes, et faillit plusieurs fois foire ècbooer l'OBUTre difficile de la paix, en favorisant las partisans de la gumne. Le 7 déoembfe 1711, après avoir assisté à une séance de kt Cbambre des lords, où le doc de Somerset avait parlé contre le ministère et eontre la paix, elle refusa le bras du lord-chambellan pour prendre le sien. Les Wfijgs triomphèrent et les ministres se crurent perdus jusqu au 29 décembre, ou la reine rendue à leur innuence, créa 12 nouveaux pmrs. partisans de la paix. On sent combien des ministres, si pan mattM delà reine sur les questions générales, étaient impnitf* sants sur les questions de personnes» Swift, loi-ménse» dans VExaminerdu 14décembre 1710, accusant les Whigs d'asservir la reine, avait écrit : a Voici leur langage ha« iHtuel: Madame, je ne puis vous servir, si un tel est employé. — Je désire humblement donner ma déeùssloo, si un tel reste secrétaire d'État. Je ne puis répondre que la «lté prête de l'argent an gouvemeanent (1), à moins que mylord uif tel ne soft président du conseil, etc... Voilé le laDf^aiîe que, pendant les dernières années, les sujets

tenaient ii leur prince Cette f^içon de faire capituler le

souverain, était déjà répandue de telle sorte que le moindre serviteur commençait à lever la téte et à prendre de riroportance. 11 lui Isllait un régtaMnt ; son' fils de-

(1) Tbal tliû diy will lené money, anlsN {SwamkiÊtp

vail èlre fait major, son frère percepteur; autrement il menaçait de voter selon sa conscience f1) - »

ËD refusant d'imposer à la reine l'élévation de Swift à l'épifloopat, lef miototm diraient doue lui paraître excusa^ Meeçinaistt m iMexowa p«, elêii 1715, après IhcodoIu^ flioB de U d^Utmht* voyant trois doyeniiés vacanH l remplis sans qo'il ffttqoMlfon de loi, Il menaça las mliila-: très de son départ. Le 25 avril 1715, il fut nommé au doyenné de Saint-Patrick, qui rapporlait près do 1000 1. (25,000). La séparation d'Oxford et de Bolingbroke ne reuipâclia pas l'anoée aoivantede rester fidèle à ses deux amis. Il priait Oxford d'obtenir pour loi une gratifleattoii de iOOO 1. pour aes frais d*lostallatloo; Oiford, to^|ooM lent, tomba arant de Tafolr obtenue ; Swift s'adressa k Bolingbrokf qui, pendant sa courte domination, obtint cette faveur lucrative. Mais la mort de la reine et la fuîtp du miDistre rendireat inutile la persévérante activité du doyen.

Swift se retroa^a doue dioa cette « lerre d'exil, m et bleo qne aaoooditlon y ffOkt trèsHiupportable, la perte de loote toflneoee politique, la nécessité de fenoncer h tonte

ambition, rdoignement offensant que lui montrait la population protestante, animée contre les Tories et contre les Stuarts» rendirent très-pénibles, les premiers moments de sanbttta* Il n^éfibitamèrenient soraa destlÉée et con^ pcit que aoa génie avait nui à sa fortane« On ne peut Mm aana émotion ce court &Mi tnr&i dnaMs^dis d'd^ sIm (2), oà U mooirey avec tani d'esprit nttant d'ameiw

(1) He expecled a regimenl or his soû musi be a major; or his broihei a cullector; else lie tiireatened to voie acoordiog to hi» conscionco (id-id).

(2) Ao Essay on ihe kles oi ciergymoa.

tiiaie, le succès assuré de la médiocrité sertile et univer-^ sellement bienfeiliante de (>orusodes et rabaissement d'Ea^ geoio, opprimé par son talent. îl voulut renoncer h tout effort d'e^Klt et s'accoutumer à son sort : « Je ne lis et Jeii*émqae4eft basatellef^ éorIvalMl àGay ; lecbevtl, 1« somaiiU et la pronenade m prenoevt dii^Hmlk heim tm TiDgt-quatre/ •

D*aatret soucis rassaillaienl en Manée, «I seo «oMr;,! sa conscience, son honneur y subissaient de pci petuelle» épreuves. Il revenait auprès de Stella, la pensée remplie d'une autre femme, de Miss Vaohomrigliy qui eut à souffrir tout €0 que Stella avait souffert, mais qui en souflirit moins longtemps. C'ait en 1710, qae Swift «oimai à Loo« dm Madame Yanlioiiirîgh. f euye d*aD marehand d*Anin taidaan, et diri0ea les études de Tatoée de aas -denK fitlea. Le charme qui arait entraîné Stella vers son mattre« agit ayec autant de iorce sur l'esprit élevé, sur le cœur aimant de Miss Vanho^l^it^h. Au commencement de 1713, elle avoua son amour à Swift et lui offrit sa main, li n est pas éeateux que Swift l'aimait; mais rompre «ree SteUa el épouser Misa Va«liomrigb, était aurdesius de ses foneS) il f oyait aisti dans cette aelioa ia ruine de sa réputettooi ei une prise offerte aux séfères jugements dn mdnde»

Dans ce poème de Cadenus et Vamssa, plein de trisles beautés, où il exhorte Yanessa à une sorte d amour platonique, lui offrant, dit*il, a un perpétuel délice d'espritt appuféaurla vertu, plus durable que les séductions de l'amour, et qui éoimulfe sans brûler; > dens ce poème oà Tmi a pu TOir un arett dintimité à tra? ers ee passage éqol* roque: « Mais quel succès Tanessa a-t-elle remporté? est>e11e restée, pour plaire à son adorateur, dans ces hautes réglons romanesques, ou descend-il pour elle à agir avec une fin moins séraphtquc, ou poqr tout concilier, asso-

cient-ils les livres et l'amour ? On ne le dira jamais au genre humain, et la muse qui le sait ne le dévoilera pas; » dans ce poème, il donne à l'infortunée Vanessa , à défaut de la plus forte raison qui lui fasse refuser sa main (son engagement avec Stella), cette autre raison puissante aussi sur son esprit : « Que dira le monde P.. La ville jurera qu'il a trompé par des paroles magiques la jeune fille sans défense; tous les fats en riront, et diront que les savants ne valent pas mieux que les autres

hommes Quel soin paternel de cette jeune fille;

cinq mille guinées dans sa bourse, le docteur aurait pu imaginer pis (1). »

En 1714, la mère de Miss Vanhomrigh mourut; elle accourut en Irlande avec sa sœur, et le supplice mérité de Swift commença. Il n'eut jamais le courage de lui enlever tout espoir, et la désespéra lentement par une froideur inexplicable pour elle, par les brusques changements de son humeur. II restait souvent longtemps sans aller lavoir, et les lettres de Vanessa nous apprennent combien ses visites étaient souvent cruelles : « Je vous prie de me voir et de me parler avec douceur, car vous ne condamneriez personne à souffrir ce que j'endure ; puissicz-vous seulement le savoir. Je vous écris cela parce que je ne pourrais vous le dire si je vous voyais ; car lorsque je commence à me plaindre, vous vous fâchez, et il y a alors dans vos regards quelque chose de terrible qui m'impose silence. r> De son côté, Stella, se sentant une rivale sans la connaître, se mourait, et en 1716, Swift, vaincu par sa douleur, l'épousa secrètement. Sans oser avouer cette union à Vanessa, il se conduisit de telle sorte avec elle^

(1) Five thousand guineas in her pur^e.

The docior luigbt bave faucied worse. .

Qu'elle M retira à GeUbridge, prêt de DuMéDi touloon «imante, toojônrs efllnif ée et «coabiée de la eoBduitede

Svrift. Elle lui éerifaU en 1720 : « Dix mortelles semaines se soot écoulées depuis que je vous ai vu, et pas une lettre.... Vous voulez à force de rigueur me détacher de vous.... Je vous conjure par Dieu mèiue, de me dire oe qui a pu eauser l'exiréane cbangament q«e J9 troim ea fous. » OepeDdaot elitteut eDCpre k Gellbridge quelques Jours Jieaieux* On meiitrait, longtenps après eette faneste Mstolre, le berceau ontoaré de fleurs, et rafrateM par un ruisseau, où Swift et Vanesha venaient souvent s'asseoir avec des livres et passaient de longues heures , toujours trop courtes pour l'amante délaissée. Swift l'eucourageait dans ses lettres à vivre au Jour le Jour, et à ne rien désker au-delà du préseot. « JLes sagas de tons les tao^ (5 juillet ITSl) ont pensé que la meilleure .métliode est de prendre les minutes oomnpe eUes voient, et défaire un plaisir de toute action innocente.... Écrivezmoi gatment, sans plaintes et sans prières; autrement Cadenus le saura et vous punira. » Un an plus tard (13 Juillet 1722), il écrivait : « Montez à cheïal, faites-vous fiiim de deux domestiqueSt et allas voir vos voisina, les plus petits de préC^renee ; Il y a du pisisir à être respecté» et vous le pouvex toidoura par votre esprit et votre fortune. l.a meilleure raétiiode que je connaisse en oette vie^ est de prendre son café quand on peut, et de s en passer gatment quand on ne le peut pas ; tant que vous aurez le spleen, vous pouvez être sûre que je vous prêcherai. » Il n*eut pas à lui faire longtemps ces injustes et inutiles re^ proches. ;Avant la fin do cette année même, Vanessa» qui avait perdu s» senir et qui était livrée, sans consolation» au sentiment de son abandon, se décida i chercher le véritable secret de la conduite de Swift. Elle écrivit à Stella

ellui demanda la vérité. Celle-ci répondit à son infortunée

rivale qu'elle était la femme de Swiil, et elle envoya à ce dernier la lettre de Vanessa, en quittant Dublin. Aussitôt Swift partit avec cette lettre pour Cellbridge, entra chez Vanessa. jeta cette lettre sur la table, et sortit sans lui dire un seul mot. Il ne revit plus celle qu'il avait frappée de ce coup mortel. Trois semaines après, elle mourait, révoquant le testament qu'elle avait fait en faveur de Swift, et léguant une partie de sa fortune au docteur Berkeley. Swift alla errer deux mois dans le sud de Tirlande, laissant ses amis dans l'inquiétude, et revint à Dublin, où de nouvelles luttes politiques et des efforts su* prémes d'ambition devaient effacer pour un temps de son esprit Timage vengeresse de Vanessa. • ' ' • ' •

L'accablement où Swift avait langui pendant les premières années de son exil en Irlande, ne pouvait durer toujours. L'état déplorable de ce pays, l'oppression politique et industrielle de ces populations misérables, l'indignèrent et lui offrirent une nouvelle occasion de jouer un grand rôle dans le monde. Dès 1720, son court pamphlet exhortant l'Irlande a ne consommer que ses produits manufacturiers, à l'exclusion de ceux de l'Angleterre (1), avait excité l'esprit public et éveillé les inquiétudes de l'administration anglaise. Swift affirmait que Tétat des Irlandais a était devenu pire que celui des paysans de France, des serfs d'Allemagne et de Pologne. » a Quiconque, disait-il, voyage dans cepays et y considère l'aspect de la nature, l'aspect, Textérieur et les habitations des hommes, ne se croira pas dans une contrée où la loi, la religion, où la plus vulgaire humanité soient respectées. » L'imprimeur de cet écrit fut accusé. Whitshed,

(1) A proposai for the uoiversal use of Irish manufacture. *• ;

^kitfjtutkfi, TtAM le jury il heira el le lenfoyi % feto

dans le lieu de ses délibératlonii, sans obtenir la condamnation désirée. On désespéra de i accusatioa, et ia pour<^ fuite fat abandonnée.

. âwirt conoaissait maiotenaut l'Irlaede et taveM qoèl peint di aïK^ui oe ppiifait tiooTer daes les mflkeMa et depi m pwtlm» Oaeire eei «prèa eetle tentative. Il saf» «imt af eo.vne aedaee ioonie et an art admlrablB ro(Ma«» alOD de la tonlever teul «itière. La monnaie de cuivre faisait défaut en Irlande et le petit commerce s y faisait difficilement; les oavriers y étaient payés en bom représentant des fractions du sbelling et écbangeabies. Parmi laa diverses offk-es faites aa geafememant AogtaÉa, eeHe da WilUaai Wood« éfiji fimlw de toatai'lei mtnaa de la cenrenne, perat la |ii«a amtaganse. Une petenle Inl Ait aeoordée pour frapper 108,000 Hvraa st. de moenaie de cuivre et pour les écouler en Irlande dans fespace de 14 ans. Il était aisé de rendre difficile l'exécution d'une mesure si simple et si nécessaire. La jalousie du Parlement d'Irlande, (pii n'avait pas ete consulté, la défiance nata"* eeUedet popnlatfeena pour toute monnaie nouvelle et snr* 4eat pour une monaaie vanent d'Anglalarre^ offadem lea il^mânla d'une rMitanee que le talent pouvait vendre insurmontable. Les deox GhambraB du Pariameet d'klanie avaient commencé contre cette mesure une opposition peu redoutable en eUe^mâoie; e^ce a Swift, elia allait deve* jnir invincible.

Avec aa BMrv^euse facilité à prendre tous les f^loi et Àtoa Jouer, attoattwai, ëvtCt aa fit drapier (1) pour étn mieux eoltndu ^ eomneacanla et du peniile, et Janais

(1) Eo anglaia Dr^» nais Swift écrivait DrtifUt. ^ Thf

la crédulité populaire, la peur, Tinlérêt n'ont été mis en œuvre avec plus de chaleur et d*habiletéque dans ces célèbres Lettres. « Ce que je vais vous dire est, après votre devoir envers Dieu et le soin de votre salut, du plus grand Inlérôt pour vous et pour vos enfants; votre pain, votre habillement, toutes les nécessités de la vie en dépendent. Je vous supplie donc comme hommes, comme chrétiens, comme pères, comme amis de voire pays, de lire cette feuille, avec la plus grande attention, ou de vous la faire lire par d'autres; et afin que vous le puissiez faire à moins de frais, j'ai ordonné à l'imprimeur de le vendre au plus bas prix. » Après ce début admirable, il transforme audacieusement Wood en un aventurier, et déclare que la valeur intrinsèque de sa monnaie ne vaut pas un huitième de sa valeur nominale. Il affirme encore que Wood dépassera l'émission fixée par sa patente, qu'il remplacera tout l'or et tout Targent de l'Irlande par sa fausse monnaie. Mais Wood est appuyé par les Anglais, il veut imposer cette monnaie ; il la fera donner en solde à l'armée et alors il croira son affaire faite « et ce sera pour vous, dit Swift, une grande difficulté, car le soldat ira offrir cette monnaie au marché et au cabaret, et si on la refuse, il menacera de tout ravager, de battre le boucher et la cabaretière, et prendra les marchandises en vous jetant la pièce fausse. Voici alors ce qu'il suffira de faire. Que le boutiquier, que le marchand de comestibles, que tout autre commerçant demande dix fois la valeur de sa marchandise, si on veut le payer en monnaie de Wood. Par exemple, 20 deniers pour un quart d'ale (au lieu de 2) (1), etc.... Pour moi qui ai une bonne boutique pleine de drap, j'échangerai

(1) For cxample 20 d. of (bat nioney fort a quart of aie and so in ail ihings else. * 'V-

«fcc mes votsÉM nMfcliftiidtse» pour onrcbandisMi, ploibAl qoe de prendre le navvaiseoivre de M> Wood.... Nos mut'

diantâ aiénie seront ruinés par son projet ; leur dernier un denri-penny, cela apaise leur soif ou les aide à remplir leur ventre, mais leur donner un demi-penny qui vaut le 12*d'QB demi-penny, c'est comme si j'ôtais trois épingles de m qiMMiie poar les leur donner... « Bn on mot, ce deatt> penny 6*esl c la efaoae mandite » qoe selon rÊeiitore « Il est intsidil au enbnts d*IsfiSl de toneher. s

Encouragé par le sneoès de eette première lettre, il est plus hardi dans la seconde. Mais la monnaie de "Wood a été essayée, disait-on. « J'ai entendu parier d'un homme, dit Swift, qui, voulant vendre sa maison, portait «n moroean de briqnedaas sapœbe el le asontrait comme Mantillon poar eneoniager les acheteon. s Mais, disaiton encore, la monnaie de Wood ne passe que comme appoint ; on ne pent en oflHr pins de Sdeniers if2 à la fols (i ) . « Bon Dieu, s'ecrie Swift, quels sont les conseillers de ce misérable ! que sont ses soutiens, ses complices, ses excitateurs, ses associés? M. Wood m'obligerait à recevoir 5 deniers ifi de son cui v re dans cbaquepaiement ; et moi Je brft* lerai la eervdle à M* Wood et à ses agenli eomme à des Tolenfs de grands cbemÉ» s'Ua osent m'obilger à recevoir on Uard de lenr monnaie sar «n paiemeni de lOD liv» (f). Il n'y a point dédommage pour rhonnenr à se soumettre à un lion ; mais quel est l'être a figure humaine qui se laissera manger vivant par un rai? Cet homme a mis une taie de 17 sb. par livre, smr le peuple d'Irlande; une taxe

(1) Ls pièce de sit pence est en attgenl.

(V IiriU shoot lïiWead aad hisdspnties thieugh ihe hesd Ufc^highnaïaHn or h sn s s to esksw ifthsj dsre lo force one ht^ tblng of Iheir coin on me in tbe payment of IM 1.

qui frappe non-seulement les terres, mais l'intérêt de l'argent, les marchandises, les manufactures, le salaire des luanœuvres, des domestiques.... Boutiquiers, prenez garde à vous (1). Si le fameux Hampden aima mieux aller en prison que de payer quelques shellings au roi Charles I*^ sans l'autorisation du Parlement, j'aime mieux être pendu que de payer sur tout mon bien une taxe de 17 s. par liy. selon le bon plaisir du vénérable M. Wood. r>

Que pouvait la raison contre ces éloquents mensonges? £n vain le gouvernement fit-il publier l'excellent rapport des Lordi du conseil privé sur TafTaire de Wood (2), réfutation plus que suffisante des lettres du Drapier. On avait, disait ce rapport, engagé le Parlement d'Irlande et en général les opposants au privilège de Wood, à porter devant le comité leurs arguments et leurs griefs. Après T universelle clameur de l'Irlande, personne n'avait osé comparaître pour une pareille cause, quoique le gouvernement offrit les frais du voyage et les indemnités des témoins. Devant ce silence, le comité fit son enquête. L'essai de la monnaie déjà frappé fut largement fait par sir Isaac Newton, sir Southwell et J. Sorope: l'épreuve avait été décisive et le contrôle devait être permanent; la monnaie de Wood était plutôt supérieure qu'inférieure à la monnaie anglaise et aux stipulations de sa patente, que Newton avait rédigée. Le droit du gouvernement d'assurer l'exactitude d'un contrat fait selon la loi était parfaitement établi ; et cepen<daot. avec une sagesse vraiment anglaise, le conseil privé, considérant que Wood n'avait encore frappé que 17,000 liy.

(1) Shopkôepers look to yourselves. i

(2) The report of the commiltee of the lords of his Majesty's most bonourable privy council, io rtlation (o M'Wood's halfpence and farthings.

de sa monnaie, ei n'a vait encore préparé du cuivre que pour

23.000 liv. proposait de limiter Téitiission de cette monnaie à 40,000 liv., et cette concession une fois faite, d'asfurer TeiéeutiOB de la loi. Gela même allait être impos-

Sirlll, dam ttoe IrolBlèiiie lellr«, «ifllla rfoA H 9itMmm d'Iitade ediilM le km domliiatettr tfa wmû ptffé : « Appeler dâwuwr (1) les adresses des devi Cbam-^ bres du Parlement d'Irlande ; si Ton pariait dans ce style au Parlement d'Angleterre, je voudrais savoir combien de mises en accûsatioos en seraient la suite. & Sans a^ia qu i éte r ée répoodie ad eofneil, Swifl eoBtlDoe d*a^ ihinar, sur raulorilft « dTane pemniie trèft-tabile, » qaé ii flMHHiiia de WeiMl art de mamto aioi , et à dépleter rMfÉTflueifieiit dt la «atieii Hvrte à u» f^leiir. « If eat inutile d'argumenter plus longtemps. Sa Majesté, selon la loi, à laissé le champ libre à Wood et au royaume d'Irlande. Wood peut offrir sa monnaie, et nous avons pour le reftar» la lei, la raiioii,- la liberté et 1» néeesslté. Je sees Mbd que 1# tiefteqae f ai eatrepriM demeaderaît aae mell* iem plaine, neH qaaad vae malion eit attMiiiée per des veleiin, il arrffe aevr^nt que e^ le plus Mble de le fa*mille qu i c 0 u r L 1 e pre mier fermer e t soutenir la porte ... . Hors d'état de porter l'armure de Saûl, J'aime mieux attaquer ce Philistin incifooncis (2), ce Wood, avec ma pierre et ma fireode,... ceMiath qui était, eomme M. Wood, loutee»* mt de bfonaeei défiait ^les armées du Meu flnet. ta eoodilieas deCMMA imr son eoHdiel sont esilesqii» iMtW. Woed: « 811 nom vatoe, nous serons tontses serviteurs. » Mais b'il arrive que je triomplie de lui, je renoaca

^i) A iHilTerMl clamouFi

(3) This ttQcircumdsed PhilisUne.

à Tavantagc que me fait cette coodition ; il ne sera jamais inon serviteur ; je ne crois pas bon de lui coolier la boutique d'aucun hounète bomme. »

Cepeadant legouTernement anglais penittait Le duc de GraftoD fot remplacé dans le goaTernement de l'Irlande par lordCanerettOiom d'instructions plnsiéTères. La quatrième lettre do drapier élevait le débat jusqu'aux proportions d'une lutte entre Tlrlande et TAngle terre , limitait le pouvoir royal, prêtait à Wood l'odieuse vanterie de réduire les irlandais à a manger leurs salK>ts (1)» » et absoâ- ?ail Walpole de toute oomplicité, parctfparagnpbeàdoo- Meentente: «Je démontre aa*d^ de toute eontradielioii que M. Walpole est contre le projet Wood ami de rirlande par cet unique et invincible argument. L'opinion universelle est que c'est un homme sage, un ministre habile, cherchant le véritable intérêt du roi dans toutes ses actions, au-dessus de toute corruption par son intégrité» et de toMte tentation par sa fortune, i» Sida 4e la Cbam- Ue des cpounanes le 17 Juin 1711, pour concossIoQ notoire dans Tedministration de la gaem, rentré en ,1713 dans la vie publique , doTenu le chef du gouvernement de George I*' , diffamant ceux qu'il ne pouvail pas acheter en les faisant passer pour vendus, Walpole supporta impatiemment le cruel éloge de Swift. 300 livres furent inutilement o^ertes par une proclamation au dénondateor de l*àateiir de la. quatiidpie lettre du dnfiier, paffaiteoient connu de tout le monde. H dllat se contenter de poursuivre limprimeur, etMfiTint lui-même reprocher a Carleret celte poursuite contre un honnête

(1) That wc mnst cilliar take thcse hallipeace ereat onr bfognes.

commerçant* ami de soopays, lui demandant s ii espérai! iioe fllatoe de cwiore pour ce sernee rendu à Wood (1) :

Ret dnne et regnt novitas me ttlia- cogunt Moliri....

répondit spirltadlement Gartoret. Non-aenlement le grand- Jury reftisa de mettre l'imprimeur en accusation , mais

il rédigea une fiolente remontrance contre le projet de Wood. Le gouvernement se sentit vaincu, résilia le contrat conclu avec Wood, lui paya une indemnité considérable. Swift avait fait reculer de 15 années rémission indispensable d'une monnaie de cuitre en Irlande, mais il était apparu de nouveau sur la soènei plus important et plus redouté que jamais.

En 17^ , Il alla Jouir de son triomphe i Londres et eut avec Walpole une entrevue qui fit croire à un marché entre rhoiiinic d'Etal et Tpcrivain qui venait de prouver ce que valait son influence. Malgré la hienveiUance aiïectée de sir Walpole et réloge comprometUint quMI faisait de Swift dans le monde, celui-ci ne derenant pas évéque et ne pouvant même réussir à échanger son doyennédeSaint- PliMck contre une position équivalente en Angleterre, donna peu de prise à cette accusation. En mémo temps, Swift noua des relations étroites et entretint de grandes espérances du côté du futur roi d'Angleterre. Le prince de Galles, sa femme Caroline, sa favorite Miss Howard, attirèrent Swift dans leur petite cour et lui firent un accueil qui semblait devoir r^rer toutes les déceptions antérieures du doyen de Saint-Patrick. Hais au milieu de ceà àucccs et de ces laaiiiiarités roj^ales, Swift fut rappelé

U) Ea^françaiséotii

en Irlande par les plus trïsles nouvelles de la aàMàe de Stella. Elle approcfaait de sa fii el ne Toulaift pts momir loin de lui ; elle espérait mourir pabliquemeiil sa femme. Swift refiai eu Irlande au mois d'août 1196, et f fut reçu avec plus d*acc1amatioDS et d'iiouneors que D*eo eût ob» tenu le souverain. Au commencement du mois de novembre, Gulliver {'clalail à Londres (1).

« Il y a environ dix jours, écrivait Gay à Swift, le 17 novembre 1726, fut publié ici un livre sur les voyages d'un certain Gulliver, qui depuis fait Tentretien de toute la ville ; tonte Tédltion fut vendue en une semaine , et rien n'est plus divertissant cpie d'entendre les opinions diflé> rentes de tout le monde sur ce livre, que tout le monde cependant s'accorde à goûter au dernier point. On dit généralement que vous en êtes Tauteur, mais le libraire déclare qu*il ne sait pas de quelle main il Ta reçu* Du haut en bas de la société* tout le monde le lit , du cabinet des ministres Jusqu'à la chambre de la nourrice. Vous voyei qu'on ne vous fait pas injure en vous l'attribuant. S'il est de vous, vous avez désobligé deux ou trois de vos meilleurs amis, en ne leur donnant pas le moindre soupçon. Peut-être que, pendant tout ce temps, je vous parle d*un livre que vous n'avez jamais vu , et qui n'a pas eocore touché rirlande. S'il en est ainsi, je crois que ce que feu ai dit suffit pour vous donner l'envie de le lire et que vous me prières de vous renvoyer... »

« .... Gulliver ira aussi loin que John Bunyan, » lui écrivait Àrbuthnot. Pope félicitait Swift sans détour : « Je prédis, écrivait-il, que ce livre fera désormais l'admiration

(i) Travels in té several remote oatioiis o( tho world by Lemuel Gulliver, flrsl a surgeon and tbea a capUûn of several ships, in four parts.

iIb tom leiboMiM* » Swift, lui-même, avait le sentiment de la grandeur de son œavre, lorsqu*au mois d août 1727, répondant à une lettre où l'abbé Desfontaines s'excusait d'avoir altéré Gulliver pour le rapprocher du goût de la France , il écriuit aa timide traducteur : « Si les livres 4ii siesr GalUi:er ne aoot caleolés que poor toa lies bil»tannlqiiM, ce Tûfagiar Mi ptwer fNmr mi très-fiiftoyable éeriTaiD. Les fntane viees et lea mêmes folies régnent partout; du moins dans tous les pays civilisés d Europe ; etrauteur qui n écrit que pour uoe ville , une province» un royaume ou même un siècle , mérite si peu d'être traduit qu'il ne mérite pas d'être lu. Les partisans de ce Giillirer, qui œ laicseot pet que d'être en fort grand nombre eliei nooi, aontîennent que aon H? re durera autant q«B notie lUngue, parée qa*il te tire son mérite de certaiMe nrodes ou manlèrea de penser et de dife , mite* d'une suite d observations sur les imperfections, les folies et les vices de Tbomme »

C'est à l'homme, en effet, qu'en veut Gulliver et à tout ee que Ton voit de plus excellent en lui-même et dans le monde il domine. La politique, rabaissée dans le yoyage de Lilliput «ui débats d'une fburmfHére, dtopmtf. devant la calme sagesse des babitants db Brobdingftag et de ce roi philosophe qui , prenant dans sa main et caressant doucement le panégyriste éloquent des institutions et des mœurs de l'Angleterre, lui dit , sans émotion , que d'après ses propre» peintures, «i. la plupart de ses compalrioteaaont-la plus pernicieuse vermine à qui la nature ail Jamais peraus de ramper aqr la surface de la terre. )»• Laputa est te théâtre décourageant et ridicule de noe sdenees, de nos intentions, de noe eflbrts pour rendre le s^our de la terre plus supportable, et abaisse les plus nobles occupations de l'esprit humain. Mais ïiie des>

Houyhnhnms est l'abîme où l'humaDité s'engloutit tout entière ; les arts, les lois, les mœurs, la religion, la raison même, tout succombe ; la beauté s'avilit, Tamour Tait horreur, et après cette universelle dégradation de tout ce qui peut occuper, charmer, élever Thomme sur la terre, on n*est plus surpris de voir le voyageur qui est rejeté parmi le genre humain, au sortir d'une telle épreuve, se voiler la face et refuser de voir des hommes.

L'art profond de Swilt, pour prendre et soutenir un personnage, apparaît ici consommé et arrivé à sa dernière perfection. L'astrologue Bickerstaff, qui, en 1708, prédisait comme « une bagatelle (1) »la mort de son rival Partridge, et soutenait, au point d'embarrasser le vivant luimême, que sa prédiction s'était accomplie ; le valet-secrétaire de Prior, qui, en 1715, racontait avec tant de naturel le voyage de Prior en France et ses entretiens avec Madame de Mainlenon (2) ; le drapier, enfin, qui voulait échanger marchandises contre marchandises et qui n'eiit pas voulu de Wood pour garçon de boutique : tous ces

(1) My first prédiction is a trifle, yet I will meotion it to show how ignorant those sottish pretenders to astrology are in their own coDcerns; it relates to Pardridge ihe almanack-maker. I bave ooosulted the star of bis nativity by my own rules and Ûnd he will iofallibly die upon the 29'^ of march oext, about eleven at night of a raging fever; therefore I advise him to consider of it and setile bis affairs in lime. (Prédictions for theyear 1708). — Et peu après il publia : The accomplishment of the first of M' BickerstafTs prédictions, being an accouot of the dealh of M' Partridge the almanack-maker, etc.

(2) A new journey to Paris, together with some secret transac tions between the french king and an English gentleman, by the sieur du Baudrier, translated from the french.

^Aqbs imaginaires , si vivants et si réels , le cèdent encore «a {Mirfait naturel et à la véracité ingénue de Gulliver. Le «oiiile aù il nous conduit est bon du nôtre, mais, c'est un monde animé où nous nous qentons mou? oir et respirer. C*6st une autre vie que la nôtre, c'est encore la fie. En un mot, la raison nous défend seule contre des récits auxquels rimagination se rend sans efforts, et, sélon le langage des philosophes, c'est à priori que nous refusons d'y croire.

« Ifœ mis^pes mêmes qui sont le fond de ce livre, y sont moins eiagécées que séparées de tout ce qui , dans le ^monde, les atténue au point de lef faire parfois oublier. Ce que Lucrèce appelle les PattKinia vitœ, Tolli le tbéétre

où Swift nous conduit et nous enferme, et la vue prolongée de celte moitié de la réalité nous remplit d horreur et de pitié sur nous-mêmes. C'est en ce sens qu'une de ces fillesd'honneur, si maltraitées par Swift, se plaignant de cet a? ilissement de la femme et de Tamour, a pu dire « qu'il était Impie de déprécier ainsi les csuvres du Créateur. »

Swift re?int en Angleterre en 1727. Toujours désireux de s'y établir et d'échanger son doyenné, il avait cependant rompu ouvertement avec Walpole, qui , traité froidement par le prmce de Galles , semblait disgracié d'àvance à l'avènement du nouveau souverain. Aussi, lorsque la mort de George I*' (11 juin 1727) Ailannoncée à Londres , les amis de Swift l^exhortèrent à y attendre les Inenfaits du règne qui commençait. Il avait été question d'une union des Whigs et des Tories contre Walpole; le prince y semblait disposé, et c ( st ce que Swift avait indiqué en donnantà l'héritier du trône de l.iiliputun talon haut et un bas taloo. Mais Walpole fut plus puissant sous Geonge li que sous George l"* Le roi d'Angleterre, sa

Temme , sa mattresse , oublièrent parfaitement le bon accueil que Swilt avait reçu du prince de Galles, et ce Tut la dernière déception du doyen de saint Patrick. Il avait écrit à Pope en 1726 : « Aller en Angleterre, serait une chose excellente , si elle n'était toujours accompagnée de cette vilaine circonstance qu'il faut retourner en Irlande. • Il retourna dans cette terre d'exil, en 1727, pour n'en plus sortir.

En 1728, Stella mourut. Les deux récits qui nous sont laissés de sa mort sont tous deux aussi déchirants et aussi accablants l'un que l'autre pour la mémoire de Swift. Que, selon Sheridan, Swift, supplié par cette mourante dq| la déclarer publiquement sa femme, soit sorti sans rien dire et ne l'ait plus revue, que, selon Madame Whiteaway, il ait fini par céder, et qu'elle ait répondu : a il est trop tard, » Swift n'en reste pas moins chargé de la plus cruelle et de la plus inexplicable conduite.

Cette mort, le livrant tout à fait à lui-même, augmenta sa disposition à la folie et assombrit encore à ses yeux l'aspect des choses humaines. Deux années après, il écrivait ces petits poèmes de la Toilette d'une Dame (1), de Cassinut et Peter, de Strepkon et Chloé, qui ne sont qu'un triste développement de ces vers de Lucrèce :

Et miserarn tetris se suffit odoribus îpsa

Qusm famuls longe fugitant fartimque cachinnant.

Rien ne serait plus propre que cette tendance de Swift, dans les dernières de ses œuvres, à confirmer l'opinion d'une infirmité naturelle, qui aurait aigri son esprit et qui

(1) The Lady*s dressiog room.

raurail attiré vers les inageales plus captes d^émouaier ses regrets et de Te» eonsoler.

Quelques éclairs traTersaient encore cette intelligenoe qui, bientôt, allait complètement s^obscurcir. La fannille royale et Walpole furent impitoyablement raillés dans cette RhaptodU iwr lapoém (1), qui eut été poursuivie , *si les Jorisoonsiiltesiie reaasent jugée inattaquable. La Terre de Swift s'épanche encçre dans cette briHanle satire, écrite sar sa propre mort (2) ; amer déTeloppement de cette maxime de La Rochefoucanlt : « Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous déplaît pas. » Il met en scène, avec une vivacité admirable, ses amis, ses ennemis, les indifférents parlant sur sa mort» et Jamais comédie n'eut plus de vraisemblance ni une plus sombre gatté. Jusqu^au bout, enfin , il s'indfgna des atteintes portées par le Parlement dlrlande aux intérêts de l'Eglise, et une série de pièces satiriques atteste son inutile ressentiment.

Vers 4756, il se sentit, avec désespoir, survivre à sa raison ; il ne la recouvra plusqu*à de rares intervalles. Il se bfouillalt et se réconciliait sans cesse avec ceux qui Tentouraient, et perdait par degrés, a?ec le' commerce du monde, les consolations qui se tlieut de la mémoire et de la pensée. Cette longue agonie , dont ses meilleurs amis souhaitaient la fln, se prolongea jusqu'au 19 octobre 1745. Il consacrait, par son testament, toute sa fortune a la fondation d'un hôpital pour les aliénés et les idiots. Il fut enterré dans la catbédrale de Saint-Patrick, et sur une plaque de marbre noir tat gravée cette inscription qu'il aTait lui<-même composée :

(1) On poetry/a Rhapsody.

(2) On Iho death of D' Swift.

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