VERSAILLES
— Le soir est descendu sur les eaux et les marbres, Sur les arbres perclus est descendu le soir ; Massifs, ors verts pétris en tombes colossales Que décharné la rouille rousse, arbres sans voix;
Verdure qu'on croirait devoir
Ne reverdir jamais plus,
Bassins, étangs, eau verte, eau noire,
Glaces du soir, marbres perclus ;
Eau verte, eau noire à force d'être froide, Canaux, eau morte, ombres géométriques,
Arbres, marbres, gazons perclus,
0 Versaille, ô bois, ô portiques !
Le soir est descendu vous tistre des linceuls Avec ses brumes irisées,
L'améthyste et l'opale aux caresses filleules, Sur vous aïeules Se sont posées ;
Une bise gémit comme un cœur délaissé
Sans éveiller même un écho.
Sans émouvoir même une feuille :
Le soir est descendu comme un dernier baiser.
Le soir est descendu figer les pièces deau,
Les statues, les gazons, les terrasses plus seules.
L air se fait gris, 1 eau se fait noire.
Plus de feuilles et plus d écho ;
Statues, socles grandis en tombes colossales Et verts massifs sombrent sans bruit, Lair se fait gris. 1 eau se fait noire,
Et le château tout plein de bruissante histoire Se désagrège dans la nuit.