TRES
Saint-Germain, il s'était placé en province. Il avait servi, à Nevers, le baron Humann, alors trésorier-général de la Nièvre; ensuite, sans quitter les parages du Nivernais, il était passé chez le comte de Montsaulnin, en son château du Chautay, près de la Guerche-sur-l’'Aubois. À Nevers, M" Fesser avait connu une sœur de M" Martin, la femme du « bon Martin » de Jongkind. Ses affaires la rappelant à Paris, elle se chargeait d’une commission pour le ménage de la rue Mogador. Comme elle n'était pas étrangère à la peinture, elle s’intéressait aux tableaux du magasin. Ceux de Jongkind avaient le don de lui plaire. Le personnage, avec lequel elle ne tardait pas à se rencontrer, ne la touchait pas moins que ses œuvres. Elle devinait un sauvetage à opérer. Elle se jurait de s’y consacrer.
Sous prétexte de recevoir les conseils artistiques du peintre, elle se faisait admettre dans son modeste logis de la rue Saint- Nicolas. Elle s’efforçait de l’y retenir; elle combattait les mauvais errements qui avaient altéré sa constitution physique et dérangeaient parfois la lucidité de son esprit. Peu à peu, sous cette influence bienfaisante, il se rangeait; sa santé s’améliorait. Pour l’arracher au café et à ses pernicieux attraits, elle tâchait de lui rendre son intérieur agréable ; elle flattait son goût pour la bonne chère et lui apportait des friandises, qu'elle partageait -Hicalement avec lui. Et puis, ellé l’attirait. chez elle. Elle habitait, rue Servandoni, 23, un petit logement à l’ombre des tours de Saint-Sulpice, que son mari avait loué pour elle et qu’elle partageait avec un garçonnet d’une dizaine d'années né de leur union. Jongkind prenait plaisir à jouer avec cet enfant autant qu’à causer avec sa mère. Pour le distraire, celle-ci l’emmenait chez ses amis et connaissances. Elle le présentait à un frère de son mari, occupé à Pantin, dans un atelier pour la construction des wagons de chemins de fer. Dans cette maison, où il avait été accueilli à bras ouverts, 1l était invité de temps à