‹ Jongkind, raconté par lui-mêmeChapitre 20 sur 58 · PA LE · texte numérisé non relu

PA LE

autre à des agapes de famille assaisonnées de bonne humeur et de la plus franche cordialité. Quand ils ne pouvaient se rencontrer, les deux amis s’écrivaient. La reconnaissance de Jongkind pour la sollicitude dont il était l’objet s'épanchait dans ses lettres avec une candeur touchante, à travers les amphigouris de son baragouin exotique. Donnons-en quelques exemples.

Madame, c’est pour moi une circonstance heureux de pouvoir dire que je suis reconnaissante à vous quand je pense à tant des preuves d'affection et bienveillance depuis le jour que j’ai fait votre connaissance chez mon bon Martin. C’est pour votre bonté de vouloir venir me voir et de vouloir m'écouter que j'ai les sentiments le plus reconnaissante; et par votre bonne lettre vous avez bien voulu m'’assuré, de surplus, que vous voulez me porter de l'intérêt le plus sincère. J'ai de l'espérance et je ferai mon possible, quand ma santé sera revenu, en faisant des bons et des beaux tableaux, de mérité vos bons conseilles et toutes vos bontés... (Lettre du 14 juillet 1860.)

… Je n’oublierai pas tant des bontés et des preuves de bienveillances dont vous avez la bonté de vouloir me donner encore l’assurance par votre lettre de hier. J'ai manger de vos confiture; je n’ai pas voulu les manger tous, pour que j'en aurai encore quand vous viendrez.….. Je vous prie de dire bonjour à Jules (c'est le fils de M" Fesser), et je serai toujours heureux quand vous voudrez venir chez moi. (Lettre du 14 août 1860.)

.. Je vous remercie de tout cœur pour votre bonne lettre. Je suis bien reconnaissante pour les conseilles et pour toutes [vos] bontés. Je ferai mon possible de mérité tant des preuves de bienveillance, et je prendrai la liberté de venir vous voir bientôt. J'espers alors de jouéune partie de billes avec Jules. (Lettre du 13 octobre 1860.)

Ayez la bonté de me croire que je suis heureux quand je pense à tous vos bontés. En relisant votre bonne lettre, j'ai l'assurance que vous voulez bien me dire la vérité en rapport à mon bien. Tant que vous voulez me permettre, je n’oublierai jamais tous les preuves de bienveillance... (Lettre du 27 octobre 1860.)

Votre bonté si noble et généreuse pour moi me feront toujours penser à vous. J'écrit maintenant parce que j'étais heureux de vous voir et que je pense encore au déjeûner et bon petit dîner de hier, si supérieure.

LS

Je ne sais pas combien je voudrais [me] montré digne et reconnaissante envers vous. J’ose vous prier de me pardonner quand j'ai fait des plaints à à vous... Je prie le bon Dieu pour vous, que vous êtes heureux chez vous avec votre fils aimé, ainsi que vous avez quelques bons amis depuis des années, pour aller les voir ou ils viennent chez vous. Moi, je n’ai jamais reçu de bienveillance aussi généreuse que de vous. C’est que vous avez me vu souffrant. Ayez la bonté de croire que je vous serai toujours reconnaissante. (Lettre du 7 novembre 1860.)

Je suis heureux de toutes les bontés et la manière dont vous voulez me parler pour mon bonheur, pour mes affaires et pour mon avenir. Je penserai toujours à vous avec les sentiments le plus reconnaissante et je me souviendrai toujours quand je suis venu chez vous, pour le bon déjeuner et le bon petit dîner, où il y avait du vin, du café et même du cognac. Je serai toujours heureux quand je pourrai montré de mérité tant de preuves de bienveillances... (Lettre du 25 novembre 1860.)

.… Je suis malade parce que mon esprit soufre par des contrariété; mais vous seul a eu la bonté de comprendre tous et d’avoir été bon et généreuse pour moi. (Lettre du 3 décembre 1860.)

Une fois, la plume de Jongkind s'est servie de sa langue maternelle pour exprimer ses sentiments, et 1l dit avec une bonhomie touchante : « J'ai appris à tant vous aimer que, lorsque j'ai le plaisir de vous voir, c'est pour moi comme si mon père et ma mère ensemble venaient à moi). » Dans le même billet, il écrit encore : « Si je pouvais agir suivant mon désir, je prendrais certainement un meilleur logis et une vieille femme pour me servir et me soigner. >» Au moment de son retour à Paris, Martin l'avait d’abord installé dans un garni, au 8 de la rue Saint-Nicolas-d’'Antin, portant le nom d'Hôtel de l'oncle Tom. I] y avait passé un mois. Après cela, le marchand de tableaux lui avait loué, à raison de 62 fr. 50 par trimestre, une chambre dans une « maison communale », sise au 69 de la même rue Saint-Nicolas, qu'il avait meublée, pour la somme de

(1) Lettre du frere 1860.

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145 francs, d’un lit, de quatre chaises, d’une « table anglaise », d'une « table avec toile cirée », d’une glace et... d'un crachoir ! achetés chez un menuisier du voisinage. Jongkind mangeait à la table du ménage Martin, qui payaït, en outre, toutes ses dépenses, quelles qu'elles fussent. De prime abord, cette abdication de son indépendance ne lui avait pas trop coûté. Mais, au bout de quelques mois, ce régime le lassait. Il pensait à déménager et à se procurer uu autre logement « plus avantageux » en même temps que « plus indépendant G). » Il s’en ouvrait à M"° Fesser et, dans une seconde lettre en français écrite le même jour que celle en hollandais dont j'ai cité quelques lignes, il lui disait 6): « Je vous assure [que], si j'avais de l’argent, je quitterais bien vite la rue Saint-Nicolas. Quand j'aurai placé quelques tableaux, ce qui me donnera de l'argent en main, je trouverai bien vite une autré demeure pour être plus convenable et plus heureux. » Il ajoutait : « Quand je suis heureux de vous voir, je me sens fort; mais, positivement, je me sens malade. Il me fallu d’abord (lisez : il me faudrait d’abord) un logis meilleure. Car même d'entendre parler devant ma fenêtre me donne des ennuyes... » |

his PACS qui souffrait pour le pauvre diable d’une site tion comme celle-là, le poussait à travailler de toutes ses forces pour s’en dégager le plus vite possible. Elle le lui écrivait, et lui de répondre G)

J'ai la certitude de la vérité de tous ce que vous voulez bien me dire dans votre lettre. Seulement, je prend la liberté pour vous dire que je suis bien souffrant, sans peut-être d’avoir l’apparance. Sans cela, j'aurais pu faire plus de tableaux depuis mon retour en France et sortir pour voir du monde

de mes connaissances, que j'aurais pu avoir de l'argent en main; et puis, suivant mes idées [et] mes sentiment, trouver un autre logement...

(1) Lettre à M"° Fesser, du 20 octobre 1860.

(2) Lettre à Me Fesser, du 29 octobre 1860.

(3) Lettre à M"° Fesser, du 20 octobre 1860.

Dar pee

Le peintre avait invité sa dévouée amie à venir peindre auprès de lui, rue Saint-Nicolas. Elle y produisait sous ses yeux de petites toiles inspirées de ses conseils; elle l’aidait aussi dans” l’'ébauche des siennes. Parlant, dans une deses lettres, d'un grand tableau dont il n'avait pas encore « arrêté le dessin et l’effet », 1l lui disait : « Je serai heureux quand il vous plaira de venir brosser du couleur sur mon toiles pendant que j'espers de faire des petits. » Ces séances de travail en commun se continuaient rue Saint-Nicolas pendant les premiers mois de l’année 1861: Mais un jour venait bientôt où, poussé par sa compagne, Jongkind se décidait à secouer le joug du « bon Martin », à se faire rendre des comptes, à déménager et à quitter son voisinage pour s'installer sur l’autre rive de la Seine. M" Fesser lui avait trouvé un abri dans les parages de la rue Notre-Dame-des- Champs et du boulevard Montparnasse. II se transportait, le 15 juin, dans un logement au 1* étage d’une maison faisant le coin de ce boulevard et de la rue de Chevreuse, qui portait le - n°9 de cette dernière. Il ne faisait point acte d’ingrat et ne se brouillait pas avec son bienfaiteur; mais il rompait sa chaîne en changeant de quartier et en traversant l’eau, qu'il mettait dorénavant entre Martin et lui. |

Plusieurs aquarelles lavées par lui sur un album qui l’accompagnait dans ses promenades rappellent cette heure marquante de sa carrière. Certaines sont des vues de son nouveau quartier : d’humbles bicoques comme celle où lui-même allait se loger, mêlées aux cheminées d'usines et à la maigre verdure de ce faubourg parisien de la rive gauche (Fig. 40). Une autre est une réminiscence d’une partie de campagne dans la banlieue (Fig. 41). Jongkind s’y est représenté lui-même, promenant sa flânerie amusée aux côtés de la femme associée désormais à sa destinée, tandis que le petit Jules court derrière le couple en s'amusant des papillons. La main qui a tracé ce cro-

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quis a écrit au bas : « Souvenir d’une promenade à Clamart et retour par Issy à Paris, le 24 maï 1861. » Au mois d'août de la même année, M" Fesser entraînait son ami à la campagne. Ils partaient ensemble pour le Nivernais. Ils passaient quelques jours au Chautay, à proximité du château où Alexandre Fesser exerçait son métier de cuisinier et où le petit Jules était admis à passer les vacances avec son père. Jongkind esquissait à l’aquarelle une rue du village (Fig. 42). M" Fesser prenait, de son côté, une vue de la place du lieu, dont, avec l'aide de l’homme qu'elle avait choisi pour maître, elle devait composer un tableau animé d’un chariot traîné par des bœufs, d’un cavalier et d’une fileuse : œuvre nullement indigne de figurer en regard des toiles du peintre dont les conseils l'ont inspirée (Fig. 43).

Après cette visite au Chautay, le couple se fixait, le 20 août, dans le village de Saint-Parize-le-Châtel, à une quinzaine de kilomètres au sud de Nevers. Ils y étaient hébergés par un gardechasse du nom de Randier, ami de Fesser et de son épouse, qui les gardait un grand mois sous son toit. Le pays abondait en motifs pittoresques, différents de ceux qui, jusque-là, avaient sollicité le talent de l'artiste, habitué à exploiter surtout Paris ou la Hollande. Pour la première fois, 1l se mettait à peindre des maisons basses à larges toits de tuiles, une campagne aux vallonnements sinueux, parsemée de bâtiments rustiques se détachant sur de lointains horizons boisés. Les attelages d’animaux accouplés sous le joug, les troupeaux de moutons, de chèvres ou de dindons paissant sous la garde d’une paysanne à chapeau de paille et à cotillon de bure généralement armée d'une quenouille fournissaient à son pinceau autant de nouveaux sujets à traiter, auxquels ils’adonnait avec plaisir (Fig. 45).

Un jour, une excursion dans le voisinage l’avait conduit auprès du vieux manoir en ruine de Rosemont. C'était un site

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