Une petite marine
Je crois que c’est là tout ce que j'ai à la maison à toi. S'il y en a d’au- Pres) cest à revoir.
Mon ami, comprends bien ce que je te dis. Les premières toiles que tu m'envoyais de Hollande me coûtaient 150 francs. C’est moi qui, satisfait de ma vente et. du bénéfice que je réalisais sur tes tableaux, en ai augmenté le prix de 50 francs. Pendant tout le temps de ton absence, les affaires allant, j'ai vendu les bons, et les inférieurs sont restés. Je les fais partir quand je peux et pour le mieux. À ton retour, j'en avais bien une douzaine. I1 ne m'en reste que quatre à présent, j'approche donc du moment où je serai complètement débarrassé de toiles que j'ai depuis plusieurs années. C'est pourquoi je t'ai dit d'en mettre à droite et à gauche. Si tu peux en vendre de temps en temps, dans ces différentes maisons, au chiffre de 200 francs, tu auras pu garder tes prix. Ce calcul est simple comme bonjour.
J'ai vendu, à la vente, un de tes tableaux, 200 francs dans un cadre de 50 francs. En défalquant 20 francs de frais, il reste pour la toile 130 francs. Elle me coûtait 200 francs. Je ne me plains pas; j'ai eu assez de bénéfice sur ceux que j'ai vendus aux bons clients pour supporter cette liquidation. Seulement, il faut que cela se liquide et, quand cela sera fait, si je peux les payer 200 francs, cela sera avec plaisir. J'aimerais mieux les augmenter que les diminuer. Mais, comme nous sommes de bons amis, nous nous entendrons toujours pour nos prix ; et quand tu auras besoin de 100 francs, si je les ai, ils seront à ton service; et si je ne les ai pas, nous partagerons la poire en deux. Ainsi, travaille avec courage; tu ne manqueras jamais du nécessaire et, les temps devenant meilleurs, tu pourras te donner un peu de superflu, tel que voyages, etc.; enfin, tout ce qui convient à un grand peintre et à un honnête homme.
Je te serre la main en attendant le plaisir de te voir.