‹ Jongkind, raconté par lui-mêmeChapitre 35 sur 58 · LES DESTINÉES DE L'ŒUVRE JUSQU’A NOS JOURS · texte numérisé non relu

LES DESTINÉES DE L'ŒUVRE JUSQU’A NOS JOURS

® La maison dans laquelle Jongkind est invité à abriter son repos pendant l'automne de 1878 occupe une situation intermédiaire entre le bourg de la Côte-Saint-Andréet la campagne qui l’environne. C’est un petit pavillon de deux étages, surmonté d'une tourelle formant belvédère (Fig. 139 et 141). Il est bâti au milieu d’un enclos planté de jeunes arbres, en bordure de Ia grande route de Lyon et au coin d’un chemin qui mène au village voisin de Balbins. De cette habitation, qui est la dernière de l’agglomération à laquelle elle appartient, la vue découvre toute la petite ville, étagée, comme son nom l'indique, sur le flanc d'un coteau qui descend en pente douce vers la plaine. Les Alpes du Dauphiné se dressent à l'horizon et, par un temps

clair, une chaîne de cimes neigeuses compose le fond du tableau. Le site est des plus séduisants. Le peintre auquel il s’offrait s'empressait d'en traduire les charmes dans une aquarelle lestement enlevée pendant l'après-midi du 28 octobre, dont le motif passait ensuite sur une toile datée rétrospectivement du même jour (Fig. 140).

Je ne connais pas d’autres œuvres remontant à ce premier séjour de Jongkind dans la coquette villa côtoise. À l'entrée de l'hiver, 1l a regagné son domicile parisien. La saison est rigoureuse. D’abondantes chutes de neige ont couvert la ville d’un épais manteau blanc. L’évocateur habituel des frimas hollandais et des canaux peuplés de patineurs s'attaque pour la première fois, je crois, au paysage hivernal de Paris. Tantôt boulevard de Port-Royal, tantôt boulevard de l'Hôpital, tantôt encore dans le faubourg Saint-Jacques, il peint la chaussée neigeuse, où de rares équipages se hasardent à pas lents, où une armée de balayeurs s'attaque aux amoncellements glacés qui encombrent la voirie et se dépêche de rendre aux Parisiens des chemins praticables (Fig. r42et 143). Pris sur le vif par l’aquarelliste, ces sujets subissent en chambre la transcription sur la toile. C’est, si l’on veut, de l’impressionnisme à deux degrés ; mais, de là aux impressions directes qui s’exhibent depuis quelque temps, dans des expositions privées, sous la signature de Monet, de Sisley et de Pissarro, il n’y avait qu'un pas. Jongkind est l’initiateur de cette jeune phalange qui s'engage avec éclat dans les sentiers frayés par lui. Ce n’est pas sans raison que Zola saluait naguère en ses productions la fine fleur du naturalisme dans le paysage. Les éloges donnés par Zola aux vues de Paris admirées par lui rue de Chevreuse ne furent peut-être pas étrangers à la production des nouveaux tableaux de cette espèce qui se sont succédé depuis son article de Za Cloche. Avant ses neiges parisiennes, Jongkind s’est contenté d’aspects plus courants de la

maison de Jongkind à la Côte-Saint-André (1879).

# AA Ah 79

As F4

Fig. 142. — La neige rue St-Jacques (1879).

Fig. 143. — La neige boulevard de Port-Royal (1879).

Fig. 145. — Le corbillard de l'hôpital Cochin (1876).

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