‹ Jongkind, raconté par lui-mêmeChapitre 37 sur 58 · Partie de boules à la Côte-Saint-André · texte numérisé non relu

Partie de boules à la Côte-Saint-André

Fig. 155.

son pinceau, véridique avec une pointe d'hümour, la plus éloquente synthèse de ce bal populaire (Fig. 154).

Les froids de novembre arrêtent un instant le paysagiste dans ses évolutions. Il se console en feuilletant d'anciens numéros du Monde illustré et en griffonnant d’après leurs images. IT boit de la « tisane d’orti »; puis, ayant consulté un médecin de Champier, d’après l'avis de cet Esculape campagnard, il s'applique sur l’épaule droite « deux mouses (lisez: mouches) de Milan ». La médication, que le patient a consignée pour mémoire sur un feuillet d'album, fut sans doute efficace ; car, bientôt, les pages de ce confident se chargent de nouveaux croquis. Et c’est la neige que ceux-ci reproduisent (Fig. 152). Cela se passe sur la fin de janvier 1880. Un épais manteau blanc recouvre la campagne. Captivé par un spectacle que ses yeux savourent comme une nouveauté, car c'est la première fois qu'il passe un hiver à la campagne depuis qu'il habite la France, Jongkind multiplie fiévreusement les notes traduisant ses impressions. Son pinceau oppose, avec la subtile délicatesse qui le caractérise, à la blancheur ouateuse du sol et des toits l’ossature noire des arbres, le gris plombé du ciel et les colorations térnes des habitations éparses dans le faubourg de la Côte qui s'appelle le Chuzeau (Fig. 156). Loin de se refuser le secours de la gouache, cet aquarelliste incomparable en a fait de tout temps un des éléments essentiels de sa palette. Seulement, son talent consiste à proscrire l’opacité de cette matière dans les surfaces lumineuses et à l’introduire uniquement dans les teintes sourdes, pour en varier la gamme et l’enrichir. Ses neiges ne doivent leur éclat qu'au blanc de papier, opposé, dans sa nudité, à des voisinages colorés capables de le faire valoir. Aussi bien, rien de moins compliqué que les moyens dont 1l se sert pour faire parler la couleur sur ses dessins. De grandes oppositions de valeurs très tranchées ; de larges coups de pinceau, des tons

francs et franchement posés. Aucun artifice en dehors d’un raffinement des plus rares dans le mélange des tons et dans la gradation de leur intensité. D'ailleurs, une palette des plus simples. En dehors de la gouache, la boîte de ce coloriste ne contient que onze couleurs, qui sont:

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