‹ JordaensChapitre 10 sur 11 · GODEFROID JEAN VAN ZURPELE, PENSIONNAIRE DE DIEST, ET SA FEMME · texte numérisé non relu

GODEFROID JEAN VAN ZURPELE, PENSIONNAIRE DE DIEST, ET SA FEMME

MARIE DUYNEN.

(Collection Devonshire-Chatsworth.)

où son art rivalise de sobriété avec celui de van Dyck et Corneille de Vos. Sa famille très accrue et lui-même plus âgé se retrouvent dans une toile brillante de l'Ermitage qui passait à tort pour représenter la famille de Rubens. On se trompe en reconnaissant Jordaens et les siens dans une autre Réunion de famille de l'Ermitage (d'un maniérisme lourd et niais où le maître par bonbeur est tombé rarement) et on commet la même erreur pour son Groupe du musée de Cassel, dont les figures n'ont aucune ressemblance avec les acteurs de ses Banquets et Concerts. J'ai signalé déjà la toile des Offices, incontestablement de la main de Jordaens, mais que certains cessent de tenir pour l'effigie du maître. A vrai dire, l'artiste se montre sous des aspects sensiblement variés dans ses différents portraits. De même Catberine change beaucoup d'une toile a l'autre; la Fille au Perroquet de la collection Darnlev nous la montre exubérante, fraîche, ensoleillée ; c'est la plus belle image que Jordaens ait laissée de sa femme, et la collection Fitz Williams en possède une excellente réplique. Le maître a peint aussi le portrait d'une de ses filles qui est à l'Académie de Vienne et il s'est encore représenté lui-même, très âgé, dans une toile qui est au inusée de Pesth.

Quelques chefs-d'œuvre de Jordaens font vivre avec intensité des types remarquables du patriciat flamand du xvne siècle, enrichi par le négoce, lourd encore de sang populaire. Les deux Portraits de la collection Devonshire sont à cet égard d'une éloquence spéciale. On y voyait

jadis Guillaume le Taciturne et sa femme ; la désignation actuelle, Le Bourgmestre de Diest et sa femmey est encore imparfaite. M. van Bastelaer, le conservateur des Estampes de Bruxelles, a pu me renseigner exactement : il s'agit de Godefroid Jean van Zurpele, pensionnaire de Diest, conseiller du roi d'Angleterre Guillaume III, auteur des lois et coutumes de Diest, et de sa femme, Marie Duynen. C'est un couple représentatif; lui, grand, énergique, presque élégant avec sa haute canne, son baudrier, son écharpe à dentelles, fait penser à quelque personnage de Franz Hais qui aurait cessé de rire pour méditer ; elle, l'idéal de la matrone flamande, a gardé toute sa fraîcheur et toute sa bonne grâce dans l'énormité de ses contours. Les deux vieux époux robustes et rubiconds du musée de Cologne éternisent aussi des physionomies caractéristiques, mais j'ai peine à croire qu'ils représentent, comme le propose M. Hymans, Anne-Catherine, fille de Jordaens, et son mari, Jean Wierts, président du conseil du Brabant à La Haye. L'opulent portrait de Vieille dame du musée de Bruxelles, où s'accordent si franchement la tenture pourpre, la palatine fauve, le chaperon clair et le corsage de satin broché, — et son pendant, Un vieillard^ en calotte noire et en pourpoint de soie, de la collection Huybrechts (aujourd'hui en Angleterre), achèvent, avec le Vieillard de l'Ermitage (excellente réplique du précédent), de nous introduire dans le beau monde d'Anvers. Ces trois derniers portraits sont de l'année 1641, celle où Jordaens posait le millésime sur son palais ; il était dans

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