LES QUATRE É V A NG É L I S TE S
(Musée du Louvre.)
JORDAENS. lo
production de tableaux, Jordaens, à diverses époques de sa carrière, se montra grand peintre à la détrempe. Disons même tout de suite en quoi consistaient ces travaux. Tantôt, semble-t-il, les toiles ainsi peintes décoraient les maisons telles quelles, et c'est ainsi qu'en 16441e maître s'engagea avec divers marchands à fournir, au prix de huit florins l'aune, « une tapisserie historiée représentant certains proverbes que lui, signor Jordaens, trouvera convenir à cet effet ». Tantôt encore ces toiles n'étaient que des cartons de tapisseries. Dès 1620, d'après une note de Mois, Jordaens peignait des modèles pour les liciers de Bruxelles qui les traduisaient somptueusement. On admirait à Anvers, dans le palais de signor Carlo Vinck, de grandes tapisseries, à fils d'or, où caracolaient des chevaux tissés d'après les modèles du maître. Un marchand anversois, Jean de Baeker, jaloux de ces merveilles, en voulut posséder de pareilles et, Le 18 novembre 1654, commanda aux tapissiers bruxellois Henry Reydams et Evrard Leyniers u une chambre de fines tapisseries, de sept pièces, larges de six aunes, représentant de grands chevaux, d'après les cartons de Jordaens ». Ajoutons que l'on conserve au palais de Vienne deux séries de tapisseries exécutées d'après Jordaens : une suite de huit pièces représentant les Leçons d'équitation de Lotus XIII, achetées en 1666 par l'Empereur au tapissier bruxellois déjà nommé Henry Reydams, — et un autre ensemble de huit tentures où le maître, aidé du grand animalier Fyt, dépensa sa verve généreuse dans des sujets bucoliques et des scènes de chasse.
Il est donc permis de supposer que Jordaens débuta assez modestement et qu'à l'occasion il redevint volontiers le water-schilder de la vingt-cinquième année. D'autres points de son entrée dans la vie artistique sont moins bien définis. Je ne parle pas de ses rapports avec Rubens. Tout ici semble clair. Quelques chroniqueurs du xvme siècle — qu'il faut lire, parce qu'ils sont pittoresques, mais non consulter, parce qu'ils ont l'imagination perfide : Houbraken, Descamps, Campo Weyerman et tutti quanti — ont raconté que Jordaens quitta l'atelier de van Noort pour entrer dans celui de Rubens. Houbraken assure que ce dernier, jaloux de Jordaens, lui conseilla de renoncer à la peinture à l'huile et de se vouer à l'exécution lucrative des cartons de tapisserie. Il semblait étrange à cet annaliste (jue Jordaens eût débuté comme water-schilder et il imagina d'expliquer cette singularité par un conte de sa façon, qu'il mit d'ailleurs à l'actif de Sandrart. Mais celui-ci dit au contraire avec insistance combien le chef de l'école estimait Jordaens et admirait son talent. Nous savons aussi, à n'en pas douter, que le gendre de van Noort ne fut point l'élève proprement dit de Rubens. Il est permis toutefois de le considérer comme un disciple du peintre de la Descente de Croix. Jordaens a copié des œuvres du maître souverain; dans les pages religieuses et mythologiques, son inspiration, sa composition sont tributaires — souvent pour la part la plus belle — de la manière de Rubens.
Une circonstance fameuse associa même étroitement le
Cliché Delœil.