LA SAINTE FAMILLE
La Sainte Famille. — La Suinte Famille du Musée de Schleissheim appartient sans doute à la première période de Jordaens. La Sainte Vierge, une toute jeune femme, est accroupie et tient à deux mains l’Enfant Jésus, lequel a levé sa menotte en coulant un regard espiègle de côté; la chevelure de Marie est ramenée en arrière; elle est entièrement drapée dans un manteau rouge. A gauche on voit Saint Jean Baptiste avec son agneau, et Sainte Anne assise sur un escabeau d’osier. Saint Joseph est assis sur une chaise de bois, la main droite appuyée au dessus du siège de Sainte Anne. Tous contemplent la mère et l’enfant. La peinture révèle la période de début de Jordaens; la robe rouge de Marie présente des couleurs polies aux chatoîments très prononcés. L’enfant et le mouchoir blanc, enveloppant la tête de Sainte Anne, sont peints de même. La draperie bleu-clair de Joseph, le mur jauneclair cà gauche contribuent à renforcer la dominante fraîcheur et clarté du tableau.
La Sainte Famille du Musée de New-York est étroitement apparentée à celle du Musée de Schleissheim. Le groupe de Marie et l’enfant, Saint Joseph et Sainte Anne sont les mêmes dans les deux tableaux. Dans le second on a ajouté une Sainte Elisabeth soutenant le petit Saint Jean juché sur son agneau, et à gauche deux figures d’hommes, Saint Joachim et Saint Zacharie. L’Enfant Jésus foule aux pieds un serpent enlacé autour du globe terrestre. Sous ce globe, une cartouche portant cette inscription: Radix Sancta et Rami. Rom II. 16.
Non seulement la composition s’est enrichie de personnages nouveaux mais le groupement est plus artistique et plus réussi. 11 s’agit tout bonnement d’une touchante scène de famille. Les grandes personnes prennent un plaisir vraiment familial et bourgeois à voir jouer les enfants. Le petit Jésus, la chemise retroussée, n’est même pas traité avec beaucoup de respect, mais il s’agit d’une de ces familiarités volontaires ou involontaires que Jordaens prendra plus d’une fois, et qui n’est pas rachetée ici par le piédestal assez mal choisi sur lequel il a placé l’Enfant Dieu. Néanmoins un tel sentiment de ferveur se dégage de la tendre attention que tous témoignent au petiot, que ce petit cercle de famille en contracte une certaine sainteté qui l’élève au dessus de la vie journalière.
La figure de Saint Joseph, peinte dans les deux tableaux d’après le même modèle, prouve qu’ils sont de la même époque: dans l’un comme dans l’autre le saint est un vieillard à la barbe pleine, le crâne dénudé, le nez pointu.
Jordaens peignit encore nombre de Sainte Famille lesquelles, pour autant qu’elles nous sont connues, appartiennent à la même période de sa carrière, et dans lesquelles les figures, si elles ne concordent pas toujours avec celles décrites plus haut, témoignent toutefois de la même conception. Telle est la Sainte Famille du Musée de Dublin, où l’Enfant Jésus est couronné de fleurs et tient dans sa main un collier de perles en forme de chapelet. Marie porte son enfant sur le bras et derrière elle sont Saint Joseph, Sainte Anne et un grand ange. Un tableau de la même composition appartenant à S. Flood Page fut exposé à la Winter Exhibition de Londres en 1892; un autre exemplaire vint à la vente Anguiot (Paris, 1875) et nous fut proposé par M. L. Souillié de Paris; un troisième se trouvait à la vente Verellen (Anvers, 1856); un quatrième appartient au Musée de Lille.
La Sainte Famille. Brunswick. — Un tableau du Musée de Brunswick comporte une toute autre conception de la Sainte Famille. La Vierge est accroupie dans un paysage, un genou en terre, tenant son enfant debout sous les bras. Saint Joseph, un lis à la main, se tient à droite et prend le petit par le bras comme s’il l’engageait à se promener avec lui. Au dessus de l’enfant plane le Saint Esprit; au dessus de la tête de Saint Joseph quatre anges tendent une couronne et une palme. Au sommet Dieu le Père trône dans les nuées